
Xavier Bertrand a annoncé dimanche la création d'une commission d'évaluation du système de veille sanitaire, pour déterminer si celui-ci peut être amélioré, après les critiques adressées au gouvernement sur sa gestion de la crise sanitaire à La Réunion. Et alors que le tourisme chute dans l'île et que des voyageurs réunionnais ont pu éprouver des difficultés à trouver un hébergement en France par peur de la maladie (lire : "Réunionnais indésirables... par peur du chikungunya"), le ministre a indiqué ne pas vouloir déconseiller le tourisme à La Réunion, tout en relevant qu'il fallait y prendre des précautions contre les moustiques comme dans toute autre île tropicale.
"Nous avons besoin de savoir si nous pouvons avoir les informations nécessaires plus rapidement encore", a indiqué le ministre de la Santé, invité du "Grand jury RTL-Le Figaro-LCI", en allusion aux retards de la réponse des pouvoirs publics à l'explosion des cas de chikungunya dans le département d'outre-mer. "Il faut reconnaître que notre système de veille n'est pas assez tourné sur la prévision", a-t-il dit, tout en soulignant qu'il figurait parmi "les meilleurs du monde". Aucun système de veille sanitaire dans le monde n'est d'ailleurs très performant en la matière, a relevé le ministre. Aussi, même si "ce n'est pas facile", le gouvernement souhaite disposer de prévisions "à quelques jours" pour mieux orienter ses réponses en cas de crise sanitaire.
"Personne n'avait prévu une telle explosion"
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Xavier Bertrand a souligné que personne n'avait vu venir la multiplication exponentielle des cas de chikungunya à La Réunion. Sur l'ensemble de 2005, 12.000 cas y ont été recensés. Depuis le début de l'année, il y en a eu plus de 170.000. "Personne n'avait prévu une telle explosion. Aucun acteur n'avait prévu ce qui allait se passer". Un bémol toutefois : pour le ministre, les chiffres en sa possession "semblent montrer - il faut rester prudent - qu'il y a moins de nouveaux cas".
Concernant le traitement, Xavier Bertrand a démenti des rumeurs qu'un vaccin américain serait efficace contre la maladie, qui a causé 93 décès directs et indirects alors qu'elle était jusqu'alors décrite comme non mortelle dans la littérature médicale. "En 2000, a-t-il expliqué, l'Université du Maryland a décrit des travaux de l'armée américaine" sur le sujet. Cette documentation, de 1.500 à 2.000 pages, a été transmise aux autorités françaises il y a une dizaine de jours et pourrait faire gagner du temps aux chercheurs travaillant à un vaccin.
Pour Xavier Bertrand, qui doit également gérer le dossier de la grippe aviaire, les maladies infectieuses doivent devenir une priorité de santé publique. Il s'est dit persuadé que celles-ci allaient devenir à l'avenir plus nombreuses ou présenter des formes atypiques jamais constatées, comme pour le chikungunya. "Peut-on accepter dans un pays comme le nôtre d'avoir des maladies qui frappent année après année et de ne pas avoir de traitement ? La réponse est non", a souligné le ministre. Xavier Bertrand a par ailleurs annoncé qu'une opération de démoustication allait être engagée dans la frange du littoral méditerranéen, de Nice à Menton, où le moustique vecteur du chikungunya a été répéré. Le ministre s'est aussi dit "très attentif à la recrudescence de la dengue" dans les départements d'outre-mer, avec un plus grand nombre de cas que les années précédentes et l'apparition de formes sévères de la maladie.
Première confirmation d'un décès direct dû au chikungunya La fillette de 10 ans dont le décès à la Réunion le mois dernier avait été attribué au chikungunya, a succombé à une méningo-encéphalite due au virus qui est donc "la cause directe" de la mort, a indiqué dimanche l'Agence régionale de l'hospitalisation (ARH). La petite fille était décédée à l'hôpital de Saint-Denis, le 20 février, une semaine après avoir contracté le chikungunya, alors qu'elle avait pu retourner à l'école. En janvier, un garçon de 10 ans était décédé à Sainte-Suzanne dans des conditions similaires et le chikungunya avait été également considéré comme une "cause directe" de la mort. Mais dans le cas de ce jeune garçon, "on ne saura jamais" réellement les causes de la mort, faute d'autopsie.
Photo d'ouverture : Xavier Bertrand au Grand jury RTL-Le Figaro-LCI - DR
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