
On ne connaît pas encore la forme de son intervention mais l'entourage de Jacques Chirac a fait savoir dans la matinée de mercredi qu'il allait s'exprimer " dans les prochains jours " sur la crise du CPE, très probablement après la décision du Conseil constitutionnel attendue jeudi soir ou vendredi. Depuis le week-end dernier, de plus en plus de voix en appelaient au chef de l'Etat pour dénouer la crise. Cependant, ceux qui comptent sur un recul, ou sur un nouvel examen de la loi Egalité des Chances, risquent d'en être pour leurs frais, s'il faut en croire l'entourage du chef de l'Etat. Après les premières rumeurs d'une intervention prochaine, d'autres "indiscrétions" ont en effet laissé entendre mercredi soir que Jacques Chirac pourrait en fait hâter le processus...
S'agissant du moment de l'intervention présidentielle, ces proches du chef de l'Etat, qui ne doutent pas d'une validation du CPE par le Conseil constitutionnel (lire : "Les "Sages" devraient valider"), ont souligné que Jacques Chirac pourrait intervenir dès jeudi soir pour annoncer une promulgation de la loi "d'ici la fin de la semaine". Ils mettaient toutefois une réserve, si le Conseil rendait sa décision tard jeudi. Comme les députés villepinistes, ces chiraquiens excluaient une nouvelle délibération demandée au Parlement par le chef de l'Etat, comme le lui permet l'article 10 de la Constitution. A leurs yeux, cette nouvelle délibération aurait l'inconvénient majeur de raviver la crise, avec des débats houleux entre la gauche et la droite.
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En outre, ces proches du chef de l'Etat ont expliqué que, lors d'une rencontre avec Jacques Chirac le week-end dernier, Dominique de Villepin s'était dit prêt à lui remettre sa démission s'il le désirait. Manière pour le chef du gouvernement d'affirmer, selon eux, sa liberté mais également sa fidélité au chef de l'Etat qui l'a nommé. Et possible explication au lapsus du Premier ministre en pleine Assemblée (lire : "Le lapsus de Villepin à l'Assemblée"). Cependant, le couple exécutif serait "totalement à l'unisson" dans cette affaire et n'entendrait pas "céder à la pression de la rue". Une appréciation confirmée par des parlementaires proches de Dominique de Villepin.
Plus prudent dans son pronostic, le ministre délégué aux Relations avec le Parlement, Henri Cuq, s'exprimant dans les colonnes des Echos, confirme que le chef de l'Etat "parlera très prochainement en se fondant sur la décision qu'aura prise le Conseil Constitutionnel d'une part, tout en étant attentif aux inquiétudes qui se sont exprimées d'autre part" sur le contrat première embauche. "Nul doute qu'il saura apporter une réponse conforme aux attentes de ces jeunes, dans le respect des institutions", estime-t-il. Henri Cuq rejette par ailleurs la proposition de Nicolas Sarkozy d'une "non-application du CPE" durant les négociations avec les partenaires sociaux pour rechercher "un compromis".
Les communistes appellent Villepin à "se soumettre ou se démettre"
Après la manifestation qui a rassemblé mardi plus d'un million de personnes en France selon la police, trois millions selon la CGT, les syndicats, le Parti socialiste, l'UDF ainsi qu'une partie de l'UMP ont appelé Jacques Chirac à parler. Quant au Parti communiste français il a, pour la première fois depuis le début du mouvement social, appelé le gouvernement à "se soumettre et à retirer le CPE, ou à se démettre". Mais pour l'heure, aucun signe ne laisse prévoir la fin du conflit, alors que nombre de facultés restent bloquées (lire : "Des étudiants inquiets veulent retourner à la fac") et que le ministre de l'Education nationale tente de faire rouvrir les lycées touchés par le mouvement (lire : "Robien veut débloquer les lycées")... Mardi, les secrétaires généraux des cinq confédérations syndicales avaient également adressé une lettre commune au président de la République pour lui demander le vote par le Parlement d'"une nouvelle délibération de la loi égalité des chances excluant l'article relatif au CPE".
En attendant cette intervention du chef de l'Etat, qu'elle vienne dénouer... ou approfondir la crise, l'intersyndicale rassemblant les douze organisations engagées dans la lutte contre le CPE s'est réunie mercredi après-midi pour décider d'une nouvelle journée nationale d'actions (lire : "Nouvelle journée d'actions contre le CPE mardi"). Elle aura lieu mardi prochain. "Les liens entre les syndicats sont très forts, fondés sur un échange permanent d'informations, nous sommes très déterminés à mener cette bataille ensemble jusqu'au succès", a souligné un responsable syndical relatant le climat inédit de douce euphorie unitaire qui imprègne en ce moment les relations syndicales. Il faut dire que dans ce contexte de crise sociale mais aussi désormais politique, l'isolement grandissant du Premier ministre, tend, paradoxalement, à valoriser le rôle des confédérations syndicales, interlocuteurs incontournables entre une base souvent juvénile, où percent des signes d'exaspération, et un exécutif en quête d'une porte de sortie.
| Villepin : "je ne baisserai pas les bras" |
Dominique de Villepin a prononcé mercredi soir une brève allocution dans la cour de Matignon, à l'issue d'une réunion avec trois organisations étudiantes, la Fage, l'UNI et PDE : "Notre pays est inquiet. Je mesure tout particulièrement l'anxiété des jeunes face à l'avenir. Dans cette situation, nous avons besoin de dialogue plus que jamais, de dialogue et d'ouverture. La réunion que nous venons de tenir avec les organisations étudiantes a été constructive. Il y a des préoccupations, j'ai marqué ma totale disponibilité à améliorer nos propositions sur les deux points qui posent le plus problème : la durée de la période d'essai de deux ans, et les modalités de rupture du contrat. Il y a des inquiétudes, nous y répondrons. Face au chômage des jeunes, je ne baisserai pas les bras". |
Photo d'ouverture : Jacques Chirac - archives
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