© AFP/MICHEL GANGUESa souffrance était telle, selon lui, qu'il ne regardait plus les matchs de ses enfants. Ni même d'événement sportif à la télévision. Et pourtant Christophe Fauviau était obsédé par le tennis. Obsédé par la victoire de ses enfants. Une obsession telle que ce père de famille de 45 ans comparaît depuis mercredi devant la cour d'assises des Landes, accusé d'avoir drogué des joueurs de tennis pour favoriser la victoire de ses enfants. Et de provoquer la mort accidentelle d'un jeune homme en juillet 2003.
Ce militaire à la retraite doit répondre d'"administration de substances nuisibles avec préméditation ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Il encourt une peine de 20 ans de réclusion criminelle.
"Calmer" ses "tensions intérieures"
Le procès a commencé par l'examen des faits et en particulier la mort d'Alexandre Lagardère, un instituteur de 25 ans, qui s'est tué au volant de sa voiture quelques heures après un match de tennis contre le fils de l'accusé, Maxime, 15 ans. L'autopsie a révélé la présence dans son corps de Temesta, un puissant anxiolytique ayant des effets somnifères qui aurait pu provoquer l'endormissement du jeune sportif.
Christophe Fauviau, à l'allure de père de famille tranquille, de taille moyenne, le crâne dégarni et les tempes grisonnantes, a raconté dans un lourd silence comment il avait introduit avant ce match "un cachet et demi de 2,5 mg de Temesta" dans la bouteille d'eau d'Alexandre Lagardère. "A cette époque là, j'étais pas bien du tout. Chaque match était une souffrance terrible", a affirmé l'accusé qui pour "calmer" ses "tensions intérieures" avait toujours sur lui du Temesta et en prenait régulièrement avant les matchs. "J'avais l'impression d'être jugé en permanence par les résultats de mes enfants", a-t-il poursuivi en précisant suivre depuis son incarcération une psychothérapie pour comprendre son état d'esprit.
Selon son entourage, cet ancien pilote d'hélicoptère, à la carrière apparemment sans tâche, ne présentait pourtant pas de problème psychologique. Après sa retraite, il s'était totalement investi dans les activités sportives de son fils, un bon joueur de niveau régional, et surtout de sa fille, 13 ans à l'époque et l'une des meilleures de sa catégorie en France. Le père était entré en conflit avec la Fédération française de tennis, jusqu'à inscrire Valentine, promise à un avenir professionnel, dans une école privée.
"J'en ai pas souvenir"
Après la mort suspecte d'Alexandre Lagardère, les enquêteurs sont rapidement remontés jusqu'à Christophe Fauviau, connu pour son obsession pour le tennis. Deux autres tennismen, qui avaient affronté quelques jours plus tôt Maxime, avaient également déposé plainte, l'un pour avoir vu Christophe Fauviau manipuler sa bouteille qui contenait - après analyse - du Temesta, l'autre pour avoir été victime d'un malaise qui lui avait valu deux jours d'hospitalisation. Au total, Christophe Fauviau est accusé d'avoir drogué entre 2000 et 2003 six garçons et vingt-et-une filles, dont neuf mineures de moins de 15 ans entre 2000 et 2003 lors de tournois.
Si Christophe Fauviau a reconnu avoir utilisé du Temesta en 2003 pour Alexandre Lagardère et les deux autres joueurs, il s'est montré en revanche beaucoup plus évasif pour les autres joueurs, voire contradictoire. "J'en ai pas souvenir. C'est très possible", a-t-il déclaré en mettant ses doutes sur le compte de sa mémoire, avant d'ajouter "ça me paraît beaucoup".
L'accusé, qui a régulièrement répété au cours de l'audience ne pas vouloir fuir ses responsabilités, a malgré tout présenté une image troublante, dès le début de l'audience quand, s'adressant aux parents d'Alexandre Lagardère, il a demandé "pardon", tout en ajoutant "si je suis responsable de la mort de votre fils".
(PHOTO AFP/Christophe Fauviau arrive mercredi aux assises des Landes)
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