
Dans quelques minutes, le chef de l'Etat va s'exprimer sur la crise du CPE. Jacques Chirac devrait annoncer une promulgation de la loi sur l'Egalité des chances et pourrait proposer une grande négociation avec les partenaires sociaux pour combattre l'emploi des jeunes. Dans l'entre-deux, la conclusion de contrats première embaûche par les entreprises pourrait être "suspendue".
De leur côté, les anti-CPE ont mis la pression jusqu'au bout. L'Unef, les coordinations étudiantes régionales, les syndicats lycéens Fidl et UNL ont appelé vendredi "l'ensemble des lycéens de France" à "rejoindre les principales places des grandes villes" à 19H30, soit une demi-heure avant l'intervention télévisée de Jacques Chirac sur le CPE.
Anticipant le rendez-vous général prévu place de la Bastille, une centaine de lycéens anti-CPE organisaient déjà dans l'après-midi un sit-in place de la Bastille. Accompagné par Yves Contassot, adjoint (Verts) au maire de Paris, "présent par solidarité", les lycéens bloquaient la circulation au niveau de la rue du Faubourg Saint-Antoine. Parmi les slogans scandés par les jeunes manifestants : "Sarkozy, Villepin : mêmes racailles", "une seule solution: qu'ils s'en aillent!"
Deux blessés légers
Comme la veille, les actions des étudiants et lycéens opposés au CPE se sont multipliées en France. Deux initiatives ont été dirigées directement contre le chef de l'Etat. Une centaine d'étudiants ont occupé pendant une heure et demie le musée Jacques Chirac à Sarran (Corrèze) et quelque 200 étudiants anti-CPE de Montpellier ont posté 2.000 lettres notifiant symboliquement son licenciement au président "pour faute grave". La missive comportait la mention "ne correspond plus aux attentes du contrat".
A Marseille, où 200 étudiants et professeurs avaient mis sur pied depuis 6H00 un barrage filtrant à un rond point menant à la Faculté de Luminy et à l'école de commerce Euromed, deux étudiants ont été légèrement blessés par une voiture qui a tenté de forcer le barrage anti-CPE. A Nice, environ 200 manifestants ont occupé la salle du conseil municipal puis manifesté devant la mairie UMP.
En Midi-Pyrénées, des groupes de 100 à 500 lycéens anti-CPE, parfois suivis par des collégiens, ont bloqué également vendredi matin des ronds-points ou manifesté à Toulouse, Cahors, Mazamet, Montauban (Tarn-et-Garonne), Foix et Pamiers (Ariège).
A Strasbourg, environ 200 lycéens ont bloqué la circulation des tramways dans le centre-ville pendant une quarantaine de minutes. En Ile-de-France, des jeunes, majoritairement lycéens, ont bloqué divers axes routiers et ferroviaires dans la matinée, au sud de Paris. Peu avant 9h00, plusieurs centaines d'élèves du lycée Vilgénis de Massy (Essonne) s'étaient installés sur les voies du RER B à la gare de la ville.
"Votre période d'essai, elle est finie"
La RATP a précisé que le trafic sur le RER B a été interrompu entre Palaiseau et Fontaine-Michalon durant deux heures, à partir de 8h40. Vers 10H15, les forces de l'ordre ont entrepris de dégager les voies.
Les manifestants sont alors partis dans les rues de Massy aux cris de "Chirac, Villepin et Sarkozy, votre période d'essai, elle est finie". Ils ont bloqué momentanément la RN 188, provoquant parfois la colère d'automobilistes. En fin de matinée, 200 à 300 étaient à Palaiseau, devant la préfecture dont les grilles avaient été fermées.
Dans la matinée, environ 400 autres bloquaient la circulation sur la RN 20 à la hauteur d'Arpajon (Essonne). La RN 20 a également été coupée à hauteur d'Etampes par 200 à 300 jeunes, selon la préfecture, qui précisait que la gare d'Orsay était aussi envahie. Le trafic était interrompu entre Le Guichet et Bures-sur-Yvette. En fin de matinée, de 400 à 500 lycéens, selon la préfecture, se sont brièvement installés sur la Francilienne (RN 104), à hauteur de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne).
(Sit-in place de la Bastille vendredi après-midi/AFP/JACK GUEZ)
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