CPE : Sarkozy va faire entendre sa différence

Par Par Renaud PILA, le 22 mars 2006 à 13h11 , mis à jour le 22 mars 2006 à 23h07

Plutôt silencieux depuis le début de la crise, le patron de l'UMP devrait avancer des propositions samedi prochain. Dans une interview à Paris-Match, il affirme qu'il ne quittera pas maintenant le gouvernement. Mais le camp sarkozyste s'interroge et critique l'obstination de Dominique de Villepin.

TF1/LCI CPE NDominique de Villepin Nicolas Sarkozy Assemblée nationale

Deux mois après le début du conflit sur le CPE, pour beaucoup de députés UMP, la question n'est plus : " comment sauver ce projet ?"  mais plutôt :  "comment sortir la majorité de cette crise ?" Si la très grande majorité des parlementaires hésite encore entre la solidarité gouvernementale et le peu d'enthousiasme pour le dispositif du Premier ministre, les proches de Nicolas Sarkozy font désormais ouvertement entendre leur différence et leurs critiques. Ils n'entendent pas sombrer avec celui qu'un élu a comparé mardi au " commandant du Titanic ". Mardi soir, alors que la réunion de la majorité à Matignon  était à peine terminée, les critiques de certains fusaient.

Premier à avoir tiré la sonnette d'alarme sur les dangers du CPE, Hervé de Charette a jugé que "c'était un déplacement pour rien". "C'était un discours très fermé" a regretté Roselyne Bachelot en affirmant qu'il y avait "beaucoup d'inquiétude" chez les parlementaires. "Villepin, c'est " droit dans mes bottes ", c'est 1995 + 1997", a ajouté un autre élu, en allusion à Alain Juppé, puis à la dissolution ratée de 1997. "On a retrouvé ce soir le guerrier", ont commenté des parlementaires en s'étonnant de son langage. Certains l'ont comparé "au chef de l'Ordre du Temple solaire", ou bien encore "au joueur de flûte qui conduit les rats hors de la ville pour les noyer".

En déplacement mercredi en Allemagne pour une réunion des ministres de l'Intérieur du G6, Nicolas Sarkozy est resté silencieux. Mais plus pour longtemps. " Personne ne comprendrait que le président du parti majoritaire ne joue pas son rôle dans une situation de crise politique" a expliqué un proche du patron de l'UMP. Recevant samedi à Paris 1500 nouveaux adhérents de l'UMP, il devrait exposer " librement ses propositions pour une sortie de crise ". Des propositions qu'il a exposées dès dimanche dernier au Premier ministre lors d'un long tête-à-tête mais ce dernier est resté campé depuis sur sa stratégie de fermeté et d'essoufflement du mouvement.

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" Une cause qui ne vaut pas une telle crise "

Mais sous couvert de l'anonymat, un député sarkozyste affirme que " l'on ne peut plus s'entêter de cette façon avec un million de personnes dans les rues, et surtout pour une cause qui ne vaut pas une telle crise. Le CPE n'est qu'un dispositif auquel beaucoup d'employeurs ne croient pas, ce n'est tout de même pas une réforme globale du marché du travail ". Nicolas Sarkozy est donc engagé dans un numéro d'équilibrisme délicat : d'un côté, le président de l'UMP charge ses proches, notamment Brice Hortefeux, secrétaire général délégué, de réitérer la "solidarité et loyauté" du parti à l'égard du Premier ministre. De l'autre, le ministre de l'Intérieur déclare " qu'un éventuel retrait du CPE relève du seul Premier ministre " comme il l'a répondu lundi à Ajaccio aux journalistes qui l'interrogeaient.

Dans le Paris-Mach de ce jeudi, il glisse déjà une mise en garde qui lui permet de se positionner en retrait du CPE : il existe un "danger" que l'"effervescence lycéenne et étudiante réveille l'agitation dans les banlieues", prévient le ministre de l'Intérieur. Et il propose "une expérimentation de six mois" du CPE, au bout de laquelle ce nouveau contrat serait soumis à évaluation avec les organisations syndicales et étudiantes. Proposition reprise par Gilles de Robien dans un entretien au Progrès. Par ailleurs, selon le Figaro daté du 21 mars, Nicolas Sarkozy aurait préconisé une " suspension du CPE pour un mois, le temps de négocier des aménagements.

Nicolas Sarkozy va-t-il quitter le gouvernement à l'occasion de cette crise sur le CPE ?  Dans Paris-Match, il assure que non. Tous ses amis s'accordent en effet à penser qu'"il ne peut partir maintenant. Il faut une opportunité". "Ce serait une erreur de sa part, car ce serait pris pour un coup stratégique", explique Manuel Aeschlimann, chargé de suivre l'opinion publique à l'UMP. Toutefois, selon Le Monde daté du 23 mars, la sortie du gouvernement prévue pour le début 2007 pourrait être anticipée. Après la fin de la tempête, il tirera le bilan politique de cette séquence et notamment les risques qu'il encourt à soutenir un Premier ministre qui pourrait se voir remis en selle s'il sortait victorieux de cette bataille.

(Photo : Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy à l'Assemblée nationale mercredi 22 mars - DR)

Par Par Renaud PILA le 22 mars 2006 à 13:11
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51 Commentaires

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  • Dany, le 23/03/2006 à 11h36

    CPE, c ni juste ni faux,c pas un outil pour réduir le chomage,en fait,l'Etat avait déjà fait plein de bétises avant le CPE,la France est encore très fermée,face au développement des pays en voie de dévoleppement,la France est franchement fatiguée,les entreprises mettent leur unie à l'értranger surtout dans les pays en voie de développement,c pour ça le chomage augmonte toujours,l'Etat protège trop leur citoyens,allors les français sont habitués la situation comme ça,pour l'instant,la France est au carrefour,elle a du mal de choisir la route future

  • Jef, le 23/03/2006 à 10h42

    Beaucoup de polémique effectivement ! Ce "CPE" n'en vaut pas la peine...en effet le chômage ,c'est connu du moindre économiste "sérieux", c'est l'armée de réserve de travailleurs qui permet aux entreprises de moduler les coût de production de la "ressource humaine" considérée comme matière première au sens stict (c'est à dire parfaitement exploitable). Ne pas comprendre cela est de la naîveté primaire ou... un manque de savoir (ah! léducation, si "chère" éducation!)...L'admettre par contre c'est pouvoir clairement se positionner sur le type de société que l'on souhaite. Au demeurant le chômage n'est que la partie visible de cet iceberg structurel de l'economie marchande, son amplitude des profondeurs est bien plus efficace à travers toutes ces sortes de contrats et autres stages rémunérés plus ou moins,ou non, que la banalisation linguistique nomme précarité.Ce n'est qu'une version moderne" (le mot est à la mode, surtout chez les plus archaiques qui stigmatisent ainsi leur pauvre imagination de "sens" )de cette réserve de travailleurs rendus parfaitement maléables , et ceci de manière planétaire (pour ne pas dire "internationale" n'est ce pas!ce mot qui fâche...) Donc, voyez ce minable concept de CPE (parmi d'autres)autours duquel la puissante médiatisation fait dire tout et rien à tous les protagonistes de ce misérable spectacle, et tentez de comprendre un minimum ce que cela "vaut", car n'est ce pas vous le valez bien ! non? bon réveil!

  • Come, le 23/03/2006 à 10h25

    Témoignage d'une étudiante parisienne (une vraie) "Je sais que pour la plupart vous n'en avez rien à faire et vous ne vous sentez pas concernés mais c'est important pour nous étudiants en fac...Je vous écris pour vous demander votre soutien aux étudiants qui se trouvent pris en otage par les manifestations actuelles mais aussi pour vous exposer la réalité de notre situation bien loin de celle que les médias comme à leur habitude déforme. Je suis étudiante en master de droit des affaires à Paris X_ Nanterre et je suis révoltée face au blocus des universités. Premièrement il faut rétablir la vérité, la majorité des étudiants sont contre ce blocus sauf que nous subissons des menaces et des intimidations alors peu d'entre nous osent prendre la parole. De plus, les médias font preuve d'une véritable manipulation dans leurs reportages et oublient bien souvent de mentionner les moyens totalement anti-démocratiques utilisés par ces manifestants. Les assemblées générales qui ont été diffusées à la télévision ne sont qu'une mascarade : ainsi lorsque le résultat d'une première AG avait donné le non au blocus majoritaire, dès le lendemain une seconde AG était organisée par une minorité de manifestants pour revoter illégitimement le blocus, ne respectant pas la décision des étudiants. Mais le plus grave ce sont les intimidations et la violence de ces gens que les médias ne dénoncent pas: jeudi et vendredi lorsque des étudiants ont voulu entrer dans leur faculté des bagarres ont éclaté à coups de barres de fer, une jeune fille a été poussée dans les escaliers par des représentants de l'Unef et a été sérieusement blessée mais là encore personne ne dit rien ou ne se scandalise: non toute cette violence est légitimée par le droit de grève?!!!" ...

  • Antoine, le 23/03/2006 à 09h43

    Avant de réagir au quart de tour suite à ce résumé succès, je vous invite à lire l'interview de PAris Match de Nicolas Sarkozy disponible sur le site de l'UMP, on en ressort très satisfait. Ce que sarkozy critique c'est le manque total de dialogue , les députés ni même les ministres n'ont été tenu au courant de ce courant, construction énarchique par excellence

  • Favennec, le 23/03/2006 à 05h47

    Merci à François de seynes 30 enfin quelqu'un qui voit clair,quand on voit tout ce qui se passe en france on ne peut que voter pour Tonton <

  • Bill, le 23/03/2006 à 00h55

    Sarko une fois de plus des paroles et quand il s'agit de tenir bon, plus personne. Villepin est plus homme d'état que sarko. Pour 2007 moi c'est villepin sans aucun doute!

  • Fred, le 23/03/2006 à 00h17

    Les français sont ceux qui sont "droits dans leurs bottes", à toujours dire non d'abord à toute volonté de changement : Ok pour dire non, mais il faut des contre-propositions. Le discours politique est vide, les autres pays passent des réformes pendant que nous...RDV dans 20 ans après 4 nouvelles alternances, 5 millions de chômeurs, 30% des français à plus de 60 ans et le peu qui resteront à travailler payant pour eux, sans espoir de toucher eux-mêmes une retraite décente, et une société de services à outrance qui ne sera plus du tout compétitive.

  • Guitar, le 22/03/2006 à 23h45

    Ou est la masse des gens qui travaillent dans ce pays et en ont ras-le-bol des manifs incessantes ? Pourquoi faut-il sans cesse accepter que des minorités gouvernent la France en l'enfonçant dans l'archaisme et la médiocrité ?

  • Bernard, le 22/03/2006 à 23h11

    Je n'arrive pas à croire que N.Sarkozy va lâcher le premier ministre pour faire entendre sa différence. Il est bien, comme souvent dans son parcours, le maillon faible. Comment voulez-vous que les citoyens aient envie d'aller mettre un bulletin dans l'urne au vu de ce spectacle lamentable ! On croit que nous sommes dirigés par une équipe de choc, solide car solidaire. Et l'on voit que chacun tire ses marrons du feu dès que l'occasion est belle ! La France est déjà si difficile à gouverner ...

  • CPE, le 22/03/2006 à 20h43

    Je comprends le sentiment d'injustice des gens concernés par le CPE quand d'autres ont finalement peu de risques de perdre leur emploi. Le CPE devrait s'appliquer pour tout le monde y compris les fonctionnaires. La France y viendra de toute façon; c'est juste une question de temps.

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