CPE : tollé à gauche, rumeurs à droite

le 22 mars 2006 à 08h52 , mis à jour le 22 mars 2006 à 23h02

La tentative de Dominique de Villepin, mercredi, d'adoucir l'impression d'inflexibilité qu'il avait donnée la veille sur le CPE ne fait pas mollir les opposants à gauche, où François Hollande se demande s'il est "un dirigeant responsable". A droite, des élus regimbent, et Nicolas Sarkozy se démarque.

TF1/LCI : François Hollande interpellant Dominique de Villepin sur le CPE à l'Assemblée

Les critiques des sarkozystes ont monté en puissance depuis mardi soir. Selon Le Parisien, Nicolas Sarkozy ne comprend pas la stratégie réaffirmée par le Premier ministre devant les députés UMP. Dans une interview à Paris-Match, il commence à prendre ses distances, et pourrait le faire un peu plus ce week-end (lire : "Sarkozy va faire entendre sa différence"). Mercredi en pleine Assemblée, son regard fermé, pendant que Dominique de Villepin défendait une nouvelle fois le CPE, n'a pas manqué d'être aussitôt commenté par François Hollande : "même dans votre majorité, au sein même de votre gouvernement, à côté de vous, Monsieur le Premier ministre, certains expriment des doutes". Le matin même sur Europe 1, François Hollande s'était ouvertement demandé si le Premier ministre était "un dirigeant responsable"... Mais Nicolas Sarkozy n'est pas le seul au sein du gouvernement à se démarquer de la ligne dure du Premier ministre : "la preuve la plus éminente de la bonne foi serait d'essayer le CPE et de faire un bilan six mois après son lancement", estime ainsi Gilles de Robien dans le quotidien le Progrès.

Villepin tente de corriger le tir

Le Premier ministre a toutefois tenté mercredi de corriger l'impression d'absolue fermeté de son discours de la veille devant les parlementaires UMP en souhaitant à l'Assemblée "avancer avec les partenaires sociaux sans a priori". Faisant l'exégèse des propos du chef du gouvernement, Jean-Louis Borloo (Affaires sociales) a affirmé que "sans a priori veut bien dire en abordant tous les sujets, y compris (...) les conditions de la séparation et la durée" de la période d'essai de deux ans, les dispositions les plus explosives du CPE.

Matignon a affirmé dans la soirée que la déclaration de Dominique de Villepin constitue "un tournant important dans la crise" et fait suite à "un certain nombre de contacts" gouvernement-syndicats. Hasard ou pas, Jacques Chirac, pourtant intervenu à plusieurs reprises ces derniers jours, ne s'est pas exprimé mercredi sur la crise en Conseil des ministres. Mais deux de ses plus proches conseillers, Frédéric Salat-Baroux et Marie-Claire Carrère-Gée, se sont rendus à Matignon dans la journée.

La bataille du cpe
Cliquez ici pour accéder
à notre dossier
"L'esprit de la lettre de cachet"

"Villepin", se désole pourtant un élu UMP, "ce n'est même plus Néron", surnom dont l'avait affublé Bernadette Chirac, "c'est Caligula". La députée Nadine Morano est allée jusqu'à demander la "suspension" du CPE, tandis que son collègue Yves Jégo assénait : "Il ne suffit pas d'affirmer que l'on est ouvert au dialogue, il faut dire comment". Hervé de Charette a précisé mardi soir : "j'avais demandé qu'on suspende le CPE le temps d'ouvrir des négociations avec les partenaires sociaux. Ce n'est pas ce qu'on a fait. On n'a rien appris (...) C'était un déplacement pour rien.

Jusqu'ici discret sur le Contrat première embauche, Lionel Jospin a critiqué Dominique de Villepin en se demandant si le Premier ministre savait ce que voulait dire "inflexible en démocratie". "Le fond du CPE, c'est qu'il introduit dans le droit du travail, dans notre société, l'idée d'arbitraire", selon lui. "Le médecin justifie ses ordonnances, le professeur ses annotations, le juge ses arrêts", a fait valoir sur France Inter Lionel Jospin. "Pourquoi faudrait-il qu'un chef d'entreprise qui a embauché des salariés, puisse les licencier sans motif, sans justification ?" "L'idée que l'on puisse peser sur la vie des gens, les priver de leur travail, sans avoir à justifier sa décision", soit "par une faute s'il s'agit d'un licenciement individuel", soit "par des besoins économiques s'il s'agit d'un licenciement collectif", c'est "une idée d'ancien régime, pas une idée de démocratie. C'est l'esprit de la lettre de cachet", à ses yeux. "Les jeunes font ce qu'ils ont à faire", a conclu l'ancien chef de gouvernement.

Image LCI. François Hollande interpellant Dominique de Villepin sur le CPE à l'Assemblée, mercredi

le 22 mars 2006 à 08:52
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

6 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • A, le 22/03/2006 à 12h00

    Quand les francais vont-ils comprendre que seule la flexibilite peut sauver la marche de l'emploi ?

  • Zorro, le 22/03/2006 à 11h39

    Pourquoi ne feriez vous pas un petit reportage sur les méthodes mafieuses utilisées par les syndicats lors des AG dans les FAC ou pendant les manifs. Ce serait très intéressant pour éclairer la vision des choses e tne pas avoir un sentiment de sens unique.

  • Ben, le 22/03/2006 à 11h29

    Si vous rentrez sur le site de l'UMP,la premiere phrase qui frappe est la suivante "L’UMP réaffirme sa solidarité et sa loyauté vis-à-vis du Premier ministre Dominique de Villepin, tout en rappelant son attachement à la concertation et au dialogue pour lever les inquiétudes et répondre aux interrogations qui s’expriment parmi les jeunes".sans commentaires!!!

  • Gérard, le 22/03/2006 à 10h59

    LE CPE est une monstruosité inacceptable, et ce pour au moins 3 raisons : 1 - avec un CPE, un jeune n'aura aucun moyen de se loger, aucun propriétaire n'accordera de logement en location en raison de la précarité de sa situation. 2 - il sera impossible d'acheter un bien immobilier et d'emprunter car aucune banque n'accordera de prêt si le détenteur du CPE ne pourra justifier de ses revenus à long terme (au delà de 2 ans). 3 - Outre le fait que celui qui est en CPE pourra se faire lourder du jour au lendemain s'il n'a pas dit bonjour à son patron, le fait d'être licencié sans motif sera une porte qui se ferme définitivement sur le monde du travail, car sans motif de licenciement, aucun employeur ne prendra le risque d'embaucher un jeune qui se sera fait licencier sans savoir pourquoi ! En conclusion, Le CPE n'est qu'un produit d'Enarque stupide à 4000 lieues du monde du travail, qui n'écoute que les plus basses revendications du MEDEF qui ne rêve que de la disparition du CDI, quit à faire un pays de SDF ! L'incompétence de VILLEPIN n'est donc plus à démontrer, il faut qu'il démissionne et que CHIRAC, le Président le moins crédible de l'histoire de France fasse de même, puisqu'il soutient ce projet qui fait vomir notre jeunesse !

  • Le sagard, le 22/03/2006 à 09h29

    Bruno Julliard sera un parfait politique de gauche,il ne cesse de jouer sur les mots,en evoquant la grande majorité des etudiants alors qu'il sait tres bien que si les facs voterait democratiquement pratiquement aucune ne serait fermées et les cours serait donnés,les AG font voter seulement ceux qui sont contre empechant les pour de se rendre au vote,quand aux lyceens qui manifeste ils ne savent meme pas de quoi il est question.Quand a Jospin lui qui a mis les 35heures obligatoire et detruisant par de fait des milliers d'emplois il nous fait le coup de la jeunesse;qui en passant lui ont dit non en 2002!

  • Damien, le 22/03/2006 à 09h20

    Pourquoi tout le Monde parle de Licenciement alors que le Projet de Loi parle de Période d'Essai de 2 ans et donc de Rupture de Contrat ? Et une Rupture de Contrat n'a pas à être justifié ! Continuez comme ça, les Anti-CPE, et vous allez pleurer lorsque vous verrez toutes nos entreprises se délocaliser faute de flexibilité ! La Flexibilité est aussi excellente pour les employés car ils peuvent changer de Patron quand ils veulent !

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience