
Les critiques des sarkozystes ont monté en puissance depuis mardi soir. Selon Le Parisien, Nicolas Sarkozy ne comprend pas la stratégie réaffirmée par le Premier ministre devant les députés UMP. Dans une interview à Paris-Match, il commence à prendre ses distances, et pourrait le faire un peu plus ce week-end (lire : "Sarkozy va faire entendre sa différence"). Mercredi en pleine Assemblée, son regard fermé, pendant que Dominique de Villepin défendait une nouvelle fois le CPE, n'a pas manqué d'être aussitôt commenté par François Hollande : "même dans votre majorité, au sein même de votre gouvernement, à côté de vous, Monsieur le Premier ministre, certains expriment des doutes". Le matin même sur Europe 1, François Hollande s'était ouvertement demandé si le Premier ministre était "un dirigeant responsable"... Mais Nicolas Sarkozy n'est pas le seul au sein du gouvernement à se démarquer de la ligne dure du Premier ministre : "la preuve la plus éminente de la bonne foi serait d'essayer le CPE et de faire un bilan six mois après son lancement", estime ainsi Gilles de Robien dans le quotidien le Progrès.
Villepin tente de corriger le tir
Le Premier ministre a toutefois tenté mercredi de corriger l'impression d'absolue fermeté de son discours de la veille devant les parlementaires UMP en souhaitant à l'Assemblée "avancer avec les partenaires sociaux sans a priori". Faisant l'exégèse des propos du chef du gouvernement, Jean-Louis Borloo (Affaires sociales) a affirmé que "sans a priori veut bien dire en abordant tous les sujets, y compris (...) les conditions de la séparation et la durée" de la période d'essai de deux ans, les dispositions les plus explosives du CPE.
Matignon a affirmé dans la soirée que la déclaration de Dominique de Villepin constitue "un tournant important dans la crise" et fait suite à "un certain nombre de contacts" gouvernement-syndicats. Hasard ou pas, Jacques Chirac, pourtant intervenu à plusieurs reprises ces derniers jours, ne s'est pas exprimé mercredi sur la crise en Conseil des ministres. Mais deux de ses plus proches conseillers, Frédéric Salat-Baroux et Marie-Claire Carrère-Gée, se sont rendus à Matignon dans la journée.
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"Villepin", se désole pourtant un élu UMP, "ce n'est même plus Néron", surnom dont l'avait affublé Bernadette Chirac, "c'est Caligula". La députée Nadine Morano est allée jusqu'à demander la "suspension" du CPE, tandis que son collègue Yves Jégo assénait : "Il ne suffit pas d'affirmer que l'on est ouvert au dialogue, il faut dire comment". Hervé de Charette a précisé mardi soir : "j'avais demandé qu'on suspende le CPE le temps d'ouvrir des négociations avec les partenaires sociaux. Ce n'est pas ce qu'on a fait. On n'a rien appris (...) C'était un déplacement pour rien.
Jusqu'ici discret sur le Contrat première embauche, Lionel Jospin a critiqué Dominique de Villepin en se demandant si le Premier ministre savait ce que voulait dire "inflexible en démocratie". "Le fond du CPE, c'est qu'il introduit dans le droit du travail, dans notre société, l'idée d'arbitraire", selon lui. "Le médecin justifie ses ordonnances, le professeur ses annotations, le juge ses arrêts", a fait valoir sur France Inter Lionel Jospin. "Pourquoi faudrait-il qu'un chef d'entreprise qui a embauché des salariés, puisse les licencier sans motif, sans justification ?" "L'idée que l'on puisse peser sur la vie des gens, les priver de leur travail, sans avoir à justifier sa décision", soit "par une faute s'il s'agit d'un licenciement individuel", soit "par des besoins économiques s'il s'agit d'un licenciement collectif", c'est "une idée d'ancien régime, pas une idée de démocratie. C'est l'esprit de la lettre de cachet", à ses yeux. "Les jeunes font ce qu'ils ont à faire", a conclu l'ancien chef de gouvernement.
Image LCI. François Hollande interpellant Dominique de Villepin sur le CPE à l'Assemblée, mercredi
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