
Neuf heures mercredi devant l'université de Jussieu, à Paris. Comme chaque matin depuis quatre semaines, Audrey et Sandra, étudiantes en deuxième année de japonais, se sont donné rendez-vous avec l'espoir de retourner en cours. Mais comme chaque matin depuis un mois, leur fac est bloquée par les anti-CPE et aucun cours n'est prévu. " On est dans le noir total, on a aucune information, alors on vient. On se dit qu'ils ont peut-être oublié de nous prévenir de la reprise. Deux fois, on a réussi à accéder aux locaux et à récupérer les feuilles de cours " explique Audrey, 22 ans.
Des cours sur Internet
En attendant que les cours reprennent, les deux jeunes-filles peuvent suivre quelques modules sur Internet. Une situation qui ne les réjouit pas. " Avec ce système, on a aucun travail à l'oral pour mettre à profit nos connaissances " déplore Sandra, 20 ans. " On se doit de travailler seul mais c'est difficile de suivre les cours sur Internet " ajoute Audrey. Dans dix jours, ce sera les vacances de Pâques de Paris, un temps habituellement consacré aux révisions des partiels du mois de Mai. Là encore, aucun calendrier n'est fixé. " On avance à l'aveuglette, il y a des rumeurs qui circulent mais on ne sait rien sur les exams. On se demande vraiment à quelle sauce on va être mangé ".
" Extrêmement pénalisé "
Autant d'incertitudes souvent synonyme d'inquiétude. Sandra confie travailler " beaucoup plus qu'en temps normal " par peur de rater son année. Audrey, elle, est dubitative. " Une année ne se résume pas à quatre semaines, mais ça va être limite quand même " ajoute-t-elle.
Roch-Marie, étudiant en maîtrise d'Histoire à la Sorbonne partage ce sentiment. Depuis un mois, il ne peut plus accéder à la bibliothèque de sa fac. " Ca me ralenti énormément. Je suis obligé d'aller dans d'autres bibliothèques. Je me sens extrêmement pénalisé " explique-t-il. Lui non plus ne sait pas quand ses cours vont reprendre. Il craint que les examens aient lieu en juin ou juillet alors qu'il s'est déjà engagé pour travailler à cette période-là. Pour certains, il faudra alors repousser le stage de fin d'année ou payer un mois de loyer supplémentaire. Cliquez ici pour lire notre dossier.
![]() |
Audrey, Stéphane et Sandra |
Quand on leur demande ce qu'ils pensent des blocages, les étudiants se disent déçus ou exaspérés. " Je trouve vraiment regrettable qu'on nous empêche de travailler. Bloquer une fac, ça n'a rien de démocratique " regrette Sandra. Stéphane, 23 ans, en licence de japonais, est plus catégorique. " C'est du foutage de gueule! ". La plupart des manifestants qui bloquent Jussieu " ne mettent pas leurs études en jeux ". " Ce sont en majorité des étudiants de première et deuxième année alors ils s'en foutent, ils ne passent pas le Capès ou l'Agreg à la fin de l'année ".
Roch-Marie, lui, estime seulement " demander le droit de pouvoir étudier ". Cette situation l'insupporte et pour le faire savoir, il s'est engagé auprès du mouvement " Halte au blocage " en tant que responsable à la Sorbonne. François, étudiant en Maîtrise de Droit à l'université Pierre Mendès France de Grenoble se dit aussi exaspéré. Il ne comprend pas que le blocage perdure. Le président de son université a pourtant gagné en référé au Tribunal Administratif le droit de rouvrir la fac mais il refuse d'envoyer les CRS pour déloger les bloqueurs.
Tuer le temps... et réviser
Pendant ces longues journées sans cours, tous s'organisent. François, qui peine à se motiver pour travailler son Droit, accepte plus de gardes de pompier volontaire. Stéphane, lui, s'ennuie. Quand il ne travaille pas en tant que surveillant dans une école pour gagner de l'argent, il se repose, joue à la console, relit ses cours. Optimiste, il espère que Jussieu ouvrira vendredi, au lendemain de l'examen du texte par le Conseil Constitutionnel. Roch-Marie prépare, quant à lui, les prochains rassemblements du collectif " Halte au blocage ". Audrey et Sandra patientent, en révisant. Elles reviendront demain matin à Jussieu, pour tenter une nouvelle fois, d'entrer dans la fac pour étudier le japonais.
Les mouvements anti-blocage |
Les mouvements Stop-blocage, Halte au blocage, SOS facs bloquées ont organisé une manifestation le 26 mars sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris. Plusieurs centaines de personnes, des étudiants en majorité, ont répondu à l'appel. Le collectif d'association anti-blocage a décidé de manifester tant que les facultés ne seront pas rouvertes. Un nouveau rendez-vous est déjà pris pour dimanche à 15h00 toujours sur le parvis de l'Hôtel de ville.
Les étudiants interrogés affirment tous être beaucoup plus nombreux que les bloqueurs mais il est difficile de donner une estimation exacte des chiffres, chacun essayant de gonfler les statistiques de son propre camp.
Retour MYTF1

Chargement en cours...



