
L'évacuation de quelques centaines d'étudiants qui occupaient la Sorbonne, symbole de l'université française et de Mai 68, n'a apparemment pas entamé la détermination des jeunes anti-CPE qui ont poursuivi dans le calme les occupations et blocages d'autres facs malgré le week-end. La coordination nationale des étudiants, réunie samedi soir à Poitiers, a décidé d'organiser une journée d'actions au niveau national mardi 14, avant les journées de manifestation des jeudi 16 et samedi 18. "Nous allons continuer à nous mobiliser", a indiqué Nadjet Boubekeur, attachée de presse de l'Unef, ajoutant que "si la loi sur le CPE n'est pas retirée le 18 au soir, la coordination nationale a déjà décidé d'organiser une journée de manifestation nationale le jeudi 23 mars".
"Agitation stérile"
En visite à la Sorbonne, évacuée par les forces de l'ordre, le ministre de l'Education nationale a affiché samedi en début d'après-midi sa fermeté en assurant que "celles et ceux qui ont appelé au mouvement" seront tenus pour "responsables en cas de nouveaux dérapages". Il a par ailleurs enjoint les étudiants non grévistes à "convaincre les casseurs de cesser cette agitation complètement stérile qui peut dégénérer en drame", les encourageant à "sauver" leur année universitaire.
Gilles de Robien a longuement parcouru, couvertures d'ouvrages anciens déchirés par les occupants nocturnes entre les mains, la cour d'honneur et les couloirs de la Sorbonne, s'attardant dans des bureaux d'enseignants et des salles de classe encombrés de tables et chaises empilées façon barricades, de papiers, d'extincteurs et de portes dégondées. Selon Nicolas Boudot, directeur adjoint de cabinet du recteur de Paris et chancelier des universités, Maurice Quenet, le coût et la durée du nettoyage n'ont pas encore été évalués. On ne prend "pas le chemin d'une réouverture de la Sorbonne lundi", a-t-il ajouté.
"C'est inadmissible d'avoir sorti les étudiants de la Sorbonne"
L'Unef a de son côté vivement condamné l'évacuation de la Sorbonne, où quelque 300 jeunes étaient entrés par effraction vendredi. "C'est inadmissible d'avoir sorti les étudiants de la Sorbonne : pour ramener l'ordre, il faudrait qu'il y ait désordre", a déclaré Bruno Julliard, son président, ajoutant que l'usage de la force était "illégitime et scandaleux". Le maire de Paris Bertrand Delanoë a renchéri, estimant que "la consigne donnée aux forces de l'ordre d'évacuer la Sorbonne confirme l'incapacité du gouvernement à entendre la jeunesse de notre pays". Samedi toute la journée, une trentaine de personnes ont stationné place de la Sorbonne, entourés par des cordons de CRS et gendarmes mobiles.
Ce coup d'éclat dans un lieu mythique de la mobilisation étudiante, qui n'avait pas été occupé depuis Mai 68, n'a pas empêché les autres universités en grève d'organiser blocages et occupations, dans le calme et l'attente de nouvelles assemblées générales lundi. A Toulouse II-Le Mirail, des accès étaient toujours bloqués et l'université était occupée par quelques dizaines d'étudiants. Le président de cette université, Rémy Pech, a condamné samedi les "violences policières" à la Sorbonne et dit sa solidarité avec François Resche, président de l'université de Nantes qui a demandé vendredi au Premier ministre de suspendre le CPE. Ils ont été rejoints par Olivier Audéoud, président de Paris X-Nanterre, qui a également demandé samedi la suspension du CPE car "les tensions sont extrêmement vives entre étudiants pro et anti blocage".
A Caen, des bâtiments sont occupés jusqu'à lundi, tout comme Rennes I et II, l'IUT de Lannion (Côte d'Armor), le site des Tanneurs de l'université de Tours, l'IUT de cette ville, la fac de Brest, des bâtiments de Nantes, l'université du Havre et, partiellement, Rouen. Grenoble II et III étaient toujours bloquées, de même que certains accès de Grenoble I. A Dijon, le blocus se poursuit. A La Rochelle, une dizaine d'étudiants ont passé la nuit de vendredi à samedi à la présidence de l'Université qui avait refusé de prendre position sur le CPE. Le pôle droit de Lille II et la fac de Lille III étaient toujours occupés par quelques étudiants, comme dans le sud où des étudiants occupent par roulement Montpellier III et Montpellier II.
L'UNL et la Fidl appellent les lycéens à se mobiliser L'Union nationale lycéenne (UNL) et la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (Fidl) ont appelé dimanche, dans des communiqués séparés, les lycéens à organiser des assemblées générales la semaine prochaine et à se mobiliser massivement contre le CPE. L'UNL a appelé "tous les lycéens de France à réunir les conditions d'une généralisation du mouvement anti-CPE dans les lycées", en "votant en assemblée générale la grève". De son côté, la Fidl a appelé "tous les lycéens à réunir des assemblées générales dans leurs lycées" afin de préparer la manifestation du jeudi 16 mars, organisée par le collectif d'organisations de jeunesse Stop-CPE.
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