
Cette nouvelle journée d'audition devant la commission d'enquête parlementaire d'Outreau était un peu "insolite". En effet, tous les magistrats reçus mercredi avaient demandé eux-mêmes à être entendus en février pour sensibiliser les députés à "la réalité judiciaire", au delà de "l'affaire hors normes" d'Outreau, a souligné Simone Gaboriau, présidente de chambre à la cour d'appel de Versailles, initiatrice d'une pétition qui a recueilli 675 signatures (10 % de la profession). Elle a appelé les députés à "prendre conscience" des moyens dont a besoin une justice "en cessation de paiement ou les experts, les jurés ne sont plus payés", souhaitant "une mise à plat" du système afin de "rendre une justice où les citoyens se reconnaissent".
Appel à une "pause dans les réformes"
Cette ancienne présidente du Syndicat de la magistrature (gauche) a aussi salué "ce moment trop rare de dialogue avec le législateur" car "nous ne sommes plus du tout consultés sur les projets de loi". Parmi la dizaine de magistrats auditionnés, Anne Caron-Déglise, présidente du tribunal d'instance à Besançon, a affirmé que la justice civile était au "bord de l'étranglement", rappelant que 20 % des postes de greffiers étaient vacants. Face à une "avalanche de réformes" qui "n'ont pas de fil conducteur", elle a appelé à une pause.
Affectée au parquet de Nancy, Clarisse Taron, a raconté les décisions prises "dans l'urgence", les téléphones qui sonnent en permanence, rappelant qu'un parquetier gérait en moyenne plus de 1.000 dossiers par an. Elle a dénoncé "un cumul des priorités ingérables", fixées par la Chancellerie, qui vont de la sécurité routière aux violences intrafamiliales en passant par la prévention de la récidive, la criminalité organisée, les stupéfiants et les trafics divers.
"L'impartialité du juge après 20H00, c'est plus difficile"
Vanessa Lepeu, jeune juge d'instruction sortie de l'école il y a six mois, a regretté que lors de sa prise de poste "il n'y avait eu aucune transmission d'informations" sur l'état du cabinet, les dossiers prioritaires avec son prédécesseur. "Dès le premier jour, j'ai été assaillie par le quotidien, les enquêteurs, les demandes d'actes. Il y a une dizaine de dossiers (sur une centaine) que je n'ai toujours pas ouverts", a-t-elle confié.
Présidente de chambre correctionnelle à Rennes, Dominique Legrand a raconté des audiences qui se terminent à 21HOO, 23H00, où l'on prend connaissance des dossiers à juger "la veille" et dont le tiers concerne des faits de plus de trois ans. "Une audience nocturne c'est un petit Outreau en puissance. L'impartialité du juge après 20H00, c'est plus difficile", a-t-elle reconnu.....
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