
L'occupation de l'université de la Sorbonne à Paris par des étudiants anti-CPE a précipité le retour en métropole de Nicolas Sarkozy. "Le programme officiel était terminé. Personne n'aurait compris que je prenne une matinée de repos quand il y a des choses à faire à Paris", a-t-il expliqué. Le ministre de l'Intérieur a effectué jeudi et vendredi une visite au pas de charge en Martinique et en Guadeloupe. Rencontres avec Aimé Césaire, des gendarmes, policiers ou acteurs économiques, projet de création de pôle de compétitivité et de zones franches:
Il y a trois mois, le ministre de l'Intérieur avait dû annuler un voyage en raison de l'émotion suscitée chez les Antillais, descendants pour la plupart d'esclaves, par un texte reconnaissant le rôle positif de la colonisation. Des mots d'ordre de manifestations avaient été lancés pour la venue d'un ministre à qui les Antillais reprochaient également son vocabulaire sur les banlieues ("racaille" et "nettoyer au Kärker").
"Sarkozy président"
Rien de tel cette fois-ci. Au contraire. Même si les "claques" et les "Sarkozy président" qui l'accueillaient à chaque arrivée ou départ de bâtiments de la République émanaient surtout de militants UMP. Seule une vingtaine d'écologistes l'attendait vendredi matin à son arrivée au conseil régional, mais c'était pour lui demander d'intervenir auprès des autorités locales dans une affaire de pompage de rivière accordé à des Blancs de Martinique. Il y avait également quelques manifestants, à peine plus nombreux, devant la mairie de Fort-de-France, toutefois refoulés de manière rapide et ferme par de nombreux policiers.
Et surtout Aimé Césaire, poète et grande figure de la Martinique, à qui tous les politiques se font un devoir de rendre visite -il a reçu dernièrement Laurent Fabius et François Bayrou, Dieudonné M'Bala M'Bala l'an dernier- qui l'a reçu près d'une heure. Monsieur Césaire avait pourtant dit en décembre qu'il ne recevrait pas Nicolas Sarkozy s'il venait. Changement de ton aujourd'hui. Nicolas Sarkozy est "un homme de la nouvelle génération", a affirmé Aimé Césaire après leur entretien. "On sent en lui une force, une volonté, mais c'est surtout cette base-là que nous jugerons", a-t-il ajouté.
Au long de ces deux journées aux Antilles, le ministre a cherché à "poser les bases d'une nouvelle politique pour l'outremer". "Il faut une politique pour chaque département, chaque territoire" d'outremer, et ces politiques doivent être "moins qu'avant fondées sur l'assistanat et plus qu'avant fondées sur la possibilité de créer des richesses, porter une croissance, viser l'excellence", a-t-il dit.
La lutte contre l'immigration illégale
Dans sa besace, Nicolas Sarkozy avait apporté avec lui plusieurs idées, dont l'une qu'il a qualifiée de "révolutionnaire": la création de deux "zones franches globales", en Guadeloupe et Martinique.
Autre projet: la mise en place d'un pôle de compétitivité en Guadeloupe, la mise au même niveau qu'en métropole pour le haut débit, le règlement de "continuité territoriale aérienne (réouverture de lignes aériennes au départ du hub de Roissy)...
La lutte contre l'immigration illégale, (surtout à la Guadeloupe en provenance de Haïti via la République Dominicaine) a également été largement abordée par le numéro deux du gouvernement, avec annonce de renfort de fonctionnaires de la police aux frontières.
A treize mois de l'élection présidentielle à laquelle il y a de fortes chances qu'il soit candidat, Nicolas Sarkozy a été rattrapé aux Antilles par les événements hexagonaux: la prise d'otages dans un collège de la Sarthe qui avait suspendu quelques heures son voyage jeudi, et l'affaire du contrat première embauche dans laquelle il a apporté un soutien mesuré au premier ministre. (AFP)
(Sarkozy avec Aimé Césaire/DR)
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