Outreau : le mea culpa de France 3

le 14 mars 2006 à 20h37 , mis à jour le 14 mars 2006 à 22h54

Entendus mardi par la commission Outreau, un ancien rédacteur en chef et des journalistes de France 3 Nord-Pas-de-Calais ont reconnu les erreurs commises lors de la couverture de l'affaire de la "tour du Renard".

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Un ancien rédacteur en chef de France 3 Nord-Pas-de-Calais a présenté mardi "au nom de la chaîne" ses "regrets" et ses "excuses" à ceux dont l'honneur et la réputation ont pu être salis dans l'affaire d'Outreau, devant la commission d'enquête parlementaire. "J'ai conscience de certains dysfonctionnements, dans certains reportages on a omis le conditionnel, des images ont été floutées à un moment et pas à d'autres, certains visionnages (avant diffusion, ndlr) n'ont pas été effectués avec la rigueur nécessaire", a reconnu Michel Chiche. Il a précisé que depuis l'affaire d'Outreau, il y avait des consignes "pour que rien ne passe à travers du visionnage".

"Des avancées ont été faites mais il faut rester vigilants", a nuancé un cameraman de la chaîne Bernard Seitz, évoquant la pression de l'information au quotidien "quand il faut aller au feu". "Malgré des erreurs commises et admises, vous n'avez pas affaire à des journalistes sans scrupules ou des justiciers", a souligné Michel Chiche. Un journaliste de la rédaction, Hervé Arduin, a rappelé qu'en novembre 2001 au moment de la deuxième vague des arrestations, celles des "notables", un terme qu'il regrette aujourd'hui, "toutes les sources étaient unanimes, les enfants étaient tellement précis qu'ils ne pouvaient pas avoir inventé". "Longtemps, le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer nous a affirmé qu'il y avait bien une piste belge, un sex-shop et qu'il appartenait bien aux Legrand", a-t-il affirmé.

"J'ai appris à faire très attention à l'émotion aveugle"

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Jusqu'en février 2002, "il n'y avait pas de source contradictoire", a renchéri une autre journaliste de la rédaction, Corinne Pehau. A cette époque (novembre 2001), "il aurait fallu être extralucide pour penser que ces accusations ne tenaient pas", a-t-elle ajouté. C'est au procès de Saint-Omer en 2004, que l'on découvre que la principale accusatrice Myriam Badaoui n'est "pas fiable" et que les enfants avaient des contacts entre eux. Depuis l'affaire d'Outreau, "j'ai appris à faire très attention à l'émotion aveugle", a-t-elle confié.

Interrogé sur la diffusion par la chaîne d'une lettre de Daniel Legrand fils "révélant" le meurtre d'une petite fille qu'il avait inventé dans le but de confondre Myriam Badaoui, Hervé Arduin a assuré qu'il "n'avait jamais été guidé par l'idée du scoop à tout prix". "Nous ne la révélons que 58 heures plus tard" après avoir appris d'"une source très proche du dossier" que Myriam Badaoui avait "confirmé" le meurtre au juge d'instruction Fabrice Burgaud qui lui avait lu le contenu de la lettre avant de l'interroger, une méthode qui a surpris le reporter. Un enquêteur de la police judiciaire de Lille avait demandé à la chaîne de ne pas diffuser la lettre qui a provoqué un emballement médiatique de l'affaire.

Le dossier Outreau, "du sable qui s'échappait des mains"

Un journaliste belge de la RTBF Georges Huercano-Hidalgo a suscité l'étonnement des députés en déclarant que "la médiatisation avait aussi été organisée par certains magistrats et enquêteurs". "Ça permettait que les enfants placés dans des familles puissent entendre ces informations et puissent les reprendre. Nous aurons six versions du meurtre données par les enfants, voilà l'instrumentalisation", a-t-il lancé. "Vous voulez dire que des magistrats ou des enquêteurs livraient des informations précisément pour qu'elles soient reprises", l'interroge un peu interloqué le rapporteur Philippe Houillon (UMP). "Bien sûr, notamment quand les magistrats disent aux journalistes, 'vas-y, c'est béton', ils savent ce qu'ils font", a-t-il répondu.

Interrogée plus tard dans la soirée, Florence Aubenas qui a couvert les deux procès d'assises pour Libération, a estimé qu'avant le procès de Saint-Omer en 2004, la question qui se posait c'est "comment la justice allait-elle faire le tri avec un dossier en sable, du sable qui s'échappait des mains". Et d'ajouter : "je ne pensais pas aller couvrir une erreur judiciaire". Il n'y a pas eu de revirement de la presse, a-t-elle insisté, évoquant les "chocs" successifs des rétractations de la principale accusatrice Myriam Badaoui et du témoignage des enfants "sujet à caution" lors du premier procès.

Photo d'ouverture : la commission Outreau - archives

le 14 mars 2006 à 20:37
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3 Commentaires

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  • Alain, le 15/03/2006 à 09h32

    Le procureur nous avait dit que.... Et le secret de l'instruction dans tout ça ? Sur que le CSM, si prompt à museler les acteurs devant la commission d'enquête parlementaire, va sévir ?

  • BRIGITTE, le 15/03/2006 à 09h23

    Les Français n'ont plus confiance en la justice, maintenant ils sont la confirmation de ces doutes. C'EST GRAVE CE DOSSIER.. BB

  • PIERRE MARIE VALLEZ, le 14/03/2006 à 21h09

    Cette commission d'enquête et cette auto-flagellation collective .... tout ce remue-ménage .. ça leur fait une belle jambe à ceux qui ont passés 3 ans en "tôle" - moi la justice de mon pays m'a toujours fait peur et je suis loin d'être rassuré !!! et vous ???

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