
Un ancien rédacteur en chef de France 3 Nord-Pas-de-Calais a présenté mardi "au nom de la chaîne" ses "regrets" et ses "excuses" à ceux dont l'honneur et la réputation ont pu être salis dans l'affaire d'Outreau, devant la commission d'enquête parlementaire. "J'ai conscience de certains dysfonctionnements, dans certains reportages on a omis le conditionnel, des images ont été floutées à un moment et pas à d'autres, certains visionnages (avant diffusion, ndlr) n'ont pas été effectués avec la rigueur nécessaire", a reconnu Michel Chiche. Il a précisé que depuis l'affaire d'Outreau, il y avait des consignes "pour que rien ne passe à travers du visionnage".
"Des avancées ont été faites mais il faut rester vigilants", a nuancé un cameraman de la chaîne Bernard Seitz, évoquant la pression de l'information au quotidien "quand il faut aller au feu". "Malgré des erreurs commises et admises, vous n'avez pas affaire à des journalistes sans scrupules ou des justiciers", a souligné Michel Chiche. Un journaliste de la rédaction, Hervé Arduin, a rappelé qu'en novembre 2001 au moment de la deuxième vague des arrestations, celles des "notables", un terme qu'il regrette aujourd'hui, "toutes les sources étaient unanimes, les enfants étaient tellement précis qu'ils ne pouvaient pas avoir inventé". "Longtemps, le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer nous a affirmé qu'il y avait bien une piste belge, un sex-shop et qu'il appartenait bien aux Legrand", a-t-il affirmé.
"J'ai appris à faire très attention à l'émotion aveugle"
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Interrogé sur la diffusion par la chaîne d'une lettre de Daniel Legrand fils "révélant" le meurtre d'une petite fille qu'il avait inventé dans le but de confondre Myriam Badaoui, Hervé Arduin a assuré qu'il "n'avait jamais été guidé par l'idée du scoop à tout prix". "Nous ne la révélons que 58 heures plus tard" après avoir appris d'"une source très proche du dossier" que Myriam Badaoui avait "confirmé" le meurtre au juge d'instruction Fabrice Burgaud qui lui avait lu le contenu de la lettre avant de l'interroger, une méthode qui a surpris le reporter. Un enquêteur de la police judiciaire de Lille avait demandé à la chaîne de ne pas diffuser la lettre qui a provoqué un emballement médiatique de l'affaire.
Le dossier Outreau, "du sable qui s'échappait des mains"
Un journaliste belge de la RTBF Georges Huercano-Hidalgo a suscité l'étonnement des députés en déclarant que "la médiatisation avait aussi été organisée par certains magistrats et enquêteurs". "Ça permettait que les enfants placés dans des familles puissent entendre ces informations et puissent les reprendre. Nous aurons six versions du meurtre données par les enfants, voilà l'instrumentalisation", a-t-il lancé. "Vous voulez dire que des magistrats ou des enquêteurs livraient des informations précisément pour qu'elles soient reprises", l'interroge un peu interloqué le rapporteur Philippe Houillon (UMP). "Bien sûr, notamment quand les magistrats disent aux journalistes, 'vas-y, c'est béton', ils savent ce qu'ils font", a-t-il répondu.
Interrogée plus tard dans la soirée, Florence Aubenas qui a couvert les deux procès d'assises pour Libération, a estimé qu'avant le procès de Saint-Omer en 2004, la question qui se posait c'est "comment la justice allait-elle faire le tri avec un dossier en sable, du sable qui s'échappait des mains". Et d'ajouter : "je ne pensais pas aller couvrir une erreur judiciaire". Il n'y a pas eu de revirement de la presse, a-t-elle insisté, évoquant les "chocs" successifs des rétractations de la principale accusatrice Myriam Badaoui et du témoignage des enfants "sujet à caution" lors du premier procès.
Photo d'ouverture : la commission Outreau - archives
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