Même si les incidents sont restés limités, les arrestations se comptaient mardi soir par centaines après la dispersion du cortège des manifestants. Au total, environ 4.000 policiers et gendarmes mobiles avaient été mobilisés pour limiter les débordements. © DRA 16 ans, Ramms fait partie des dizaines de "lascars" et de "galériens", comme ils se désignent eux-mêmes, qui ont affronté les CRS mardi, en marge de l'immense manifestation parisienne contre le CPE. "C'est la foule qui gouverne", clame ce lycéen noir du 20e arrondissement, alors que les policiers reculent derrière leurs boucliers maculés de peinture. "Les immigrés ne sont pas là pour être épiciers ou exploités. On veut choisir notre avenir", explique-t-il, tandis que son ami Stéphane, venu du Blanc-Mesnil (Seine-St-Denis), se présente d'emblée comme un Antillais : "entre nous, on s'appelle les galériens, les fauchés, les frères de merde", dit-il. "A l'ANPE, il n'y a jamais aucune annonce pour nous. On tourne dans la cité, il n'y a rien". "Demandez-leur la solution pour un petit rebeu qui est musulman et qui habite la banlieue", lance un troisième garçon d'origine maghrébine.
Les trois se prennent par les épaules et scandent "Rebeu, Renoi, Antillais, tout ensemble", à quelques mètres de la statue de la République, qui domine les affrontements entre CRS et jeunes de toutes origines. "On est devant la statue de la République. Mais la liberté, l'égalité, la fraternité, elle existe peut-être dans la cité mais dès qu'on sort, elle n'existe plus", dit Stéphane, qui assure que "les arracheurs de sacs et de portable vont donner l'argent à leur mère".
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Avec son CAP restauration et son BEP hôtellerie, il enchaîne les boulots d'intérim : "avec le CPE, mon CV va ressembler à un cahier. Les gens vont nous virer et encore nous virer et jusqu'à 26 ans on va vivre chez nos parents". Il vient juste de se "faire virer" d'un grand hôtel, où il assurait la sécurité "dans un costard qui valait plus que mon salaire". Pour justifier les violences contre les CRS, il explique que "de toute façon, les gouvernants ne comprennent que le couteau ou la matraque, et la presse audiovisuelle n'aime que les faits d'arme".
"Y'a du monde et en plus y'a la télé. On fait parler de nous comme pendant les émeutes. Sarko pensait être débarrassé de nous, mais on revient. Le CPE, on sait pas bien ce que c'est, mais quand on casse, on se fait remarquer", renchérit un peu plus loin Rachid, 15 ans, qui vient de Mantes-la-Jolie (Yvelines) Il fait partie de deux bandes d'une centaine de casseurs encagoulés, avec des foulards palestiniens sur le nez, certains armés de barres de fer, qui ont déferlé boulevard de l'Hôpital (XIIIe), en début de manifestation.
"On est là pour niquer les keufs, en souvenir des "princes" qui sont morts dans un transfo. Les manifestants sont plus riches que nous, y a pas de mal à leur piquer deux-trois phones", explique Jean-Baptiste, 16 ans, Français de parents congolais, de Sarcelles, près de cinq mois après les émeutes qui ont secoué les banlieues à la suite de la mort de deux jeunes dans un transformateur EDF. "Ici, y'a de l'ambiance, y'a des meufs et des keufs, c'est la fête", résume Gérard, 17 ans, de Mantes-la-Jolie.
Photo d'ouverture : casseurs en marge de la manifestation parisienne de mardi - DR
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