
Jusque là, les employeurs étaient restés très discrets dans le débat sur le CPE, au grand dam de la majorité qui se sentait bien seule pour répondre aux critiques. Dans sa volonté de trouver une sortie de crise sans céder sur le fond, le Premier ministre a convié lundi matin une bonne vingtaine de patrons du CAC 40, de sociétés high tech et de PME, parmi lesquels Thierry Desmarets (Total), Maurice Lévy (Publicis), Denis Ranque (Thales), Jean-Louis Beffa (Saint-Gobain), Didier Lombard (France Telecom) et Philippe Carli (Siemens).
Matignon avait demandé aux chefs d'entreprise de ne pas dévoiler à la presse les pistes évoquées pendant la réunion de ce matin. Mais selon un participant qui a préféré garder l'anonymat, des pistes de sortie de crise ont été évoquées pendant une heure et demie. Les chefs d'entreprises se sont ainsi déclarés "pour la plupart favorables" au principe de "justifier le motif de licenciement" pour un CPE et de "réduire à un an la période d'essai". "Il y eu unanimité pour dire +il faut absolument justifier le motif du licenciement+ (...) le jeune ne doit pas être licencié sans savoir pourquoi", a dit ce chef d'entreprise qui a préféré garder l'anonymat. Matignon a demandé aux participants de ne pas dévoiler à la presse les pistes évoquées pendant la réunion, qui a duré une heure et demie.
"Un an, ça nous suffit"
S'agissant de la période d'essai, actuellement de deux ans selon le projet de loi voté, "il n'y a eu qu'une personne qui a dit qu'il fallait la maintenir à deux ans mais là aussi une quasi-unanimité pour dire +il faut l'abaisser+. On sent que cela va partir sur un an car la plupart disaient un an, ça nous suffit".
Il est cependant impossible pour le gouvernement de modifier, sans changer la loi, ces deux points les plus controversés de CPE, la durée de la période d'essai et le licenciement sans motif, aucun décret d'application n'étant nécessaire pour les mettre en oeuvre... Dans la loi sur l'égalité des chances, la durée de la période de "consolidation" de deux ans est expressément indiquée, de même que la possibilité pour un employeur de mettre fin sans motif à un CPE durant ce laps de temps. Modifier ces points supposerait donc de reprendre tout le processus législatif...
Villepin "serein et déterminé"
"Le Premier ministre semble déterminé. Je crois qu'il est dans un esprit de dialogue mais pas dans un esprit de recul", a déclaré pour sa part Bruno Van Ryb (Middlenext). Selon Charles Beigbeder (Poweo), "une très grande majorité d'entrepreneurs qui étaient là croient au CPE". "Ce contrat est un bon contrat, donc il faut le sauver, on en a besoin pour avancer et pour croître", a-t-il affirmé. Interrogé sur les aménagements auxquels réfléchissait le gouvernement, il a botté en touche, en lançant: "il y a des pistes mais on n'a pas le droit d'en parler !". C'est vrai qu'on aurait pu avoir cette réunion il y a deux mois" lors du lancement du CPE par M. de Villepin, "ça aurait pu être intéressant", a-t-il admis.
Le chef du gouvernement est apparu "serein et déterminé", a lui aussi déclaré le PDG de Schneider Electric Henri Lachmann. Dans les grandes entreprises, "la norme, c'est le CDI" et le CPE "n'aura pas de gros impact sur l'embauche dans les grandes entreprises", a-t-il estimé. Aux yeux de Claude Bébéar (Axa), "le CPE est plus favorable que le CDI pour les jeunes". "On est dans un de ces psychodrames que les Français adorent et qui n'est pas justifié", a-t-il dit.
Retour MYTF1
Chargement en cours...





