Pourquoi des CRS inefficaces face aux casseurs ?

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 27 mars 2006 à 15h54 , mis à jour le 28 mars 2006 à 14h31

Pour Alain Bauer, criminologue et spécialiste des questions de sécurité, les forces de l'ordre doivent revoir leur stratégie pour immobiliser les casseurs. "Une charge classique causerait de nombreux blessés" explique-t-il.

Bauer

LCI.fr : Aujourd'hui, on se retrouve face à plusieurs types de casseurs ? 

Alain Bauer : Oui, il y a les groupes composés d'anarchistes et de militants radicaux qui existent depuis toujours. Leur objectif est classique : s'attaquer aux institutions et à leurs symboles. Ils ne s'en prennent pas aux manifestants mais veulent " casser du flic ". Ce sont ceux qui étaient à l'œuvre lors des occupations de la Sorbonne et de l'EHESS. Mais aujourd'hui, on est confronté à d'autres groupes de casseurs venues des banlieues et dont les motifs sont purement crapuleux : dégradations, vols de matériels, et violences aux personnes.

Comment expliquez-vous la polémique sur l'inaction des forces de l'ordre lors de la manifestation de jeudi dernier, notamment lors de la dispersion place des Invalides ? 

La bataille du cpe
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Nous avons assisté au même phénomène que lors des émeutes de novembre en banlieue. Les forces de l'ordre sont dans la situation de la bataille d'Azincourt (défaite des Français face aux Anglais en 1415) : un face à face entre un escadron lourd et blindé et des petits groupes d'archers très mobiles. La technique policière est donc inadaptée. Au début des années 80, la réponse aux nouvelles violences avait été la création de Pelotons Voltigeurs Motorisés équipés de gros bâtons. Mais la plupart d'entre eux n'étaient pas des professionnels et avaient du mal à se maîtriser. Cela s'est terminé par la mort de Malik Oussekine en décembre 1986. Après ce drame, ce dispositif a été supprimé et non remplacé.

On est revenu à une situation où les CRS ne savent gérer que des affrontements classiques. S'ils chargeaient des groupes mobiles dans une manifestation, on pourrait se retrouver avec plusieurs dizaines de blessés. Et si, par malheur, on déplorait un mort parmi les casseurs, il deviendrait le lendemain un martyr, avec pour conséquence une probable explosion de violences dans le quartier où il habite. Depuis le traumatisme Malik Oussekine, la consigne est donc : mieux vaut beaucoup de casses qu'un blessé ou un mort.

Des images ont toutefois montré des casseurs s'en prenant très violemment à des jeunes jeudi soir sous les yeux des CRS ? 

Oui, mais c'est toujours le même dilemme : charger ou ne pas charger ? Puisque le ministre de l'Intérieur a donné des consignes de prudence, et on peut le comprendre, les CRS n'ont pas chargé. Pour revenir sur la situation place des Invalides jeudi soir, il faisait sombre au moment de la dispersion de la manif. Les forces de l'ordre ont donc du gérer en même temps cette dispersion et les casseurs qui se sont mis en action de manière très mobile. Les courser aurait pu provoquer des victimes plus ou moins graves. Or l'opinion n'est pas capable d'assumer un gamin blessé ou tué, même si c'est un casseur. La mort est devenue dans nos sociétés quelque chose d'inacceptable alors que des victimes lors de manifestations dans le tiers-monde ne provoquent pas une telle émotion chez nous. Il faut faire avec cette donnée.

Il faut donner aujourd'hui aux forces de l'ordre les moyens d'intervenir dans ces situations, c'est-à-dire recréer des petites unités de police très rapides et professionnalisées. Comme pour la brigade anti-criminalité (la BAC), une formation psychologique est indispensable.

 

Un nouveau dispositif pour mardi 

Contrôler préventivement les personnes susceptibles de se livrer à des actes de violence. Comme lors des matchs du PSG. Tel est le dispositif élaboré lors d'une réunion dimanche entre le préfet de police de Paris, les préfets des départements d'Ile-de-France ainsi que des représentants de la SNCF et de la RATP, et qui sera mis en vigueur mardi lors de la grande manifestation anti-CPE. Concrètement, l'opération consistera à "bloquer" à l'extérieur de Paris les fauteurs de troubles potentiels pour les empêcher de rejoindre la manifestation. Le réseau des transports francilien fera aussi l'objet d'une surveillance accrue. Vendredi, Nicolas Sarkozy déclarait : "S'il le faut, il faut rentrer à l'intérieur (des cortèges) pour faire notre travail et aller chercher ceux qu'on doit aller chercher". Responsables des syndicats étudiants et ouvriers s'étaient "opposés" à cette méthode, acceptant en revanche, qu'outre une présence policière en avant et à l'arrière de la manifestation, les forces de l'ordre soient présentes "dans les rues latérales", à condition qu'elles ne soient "pas visibles". Dans les cortèges, étudiants et lycéens formeront des chaînes entourant les manifestants. AG (avec afp)


Photo : Alain Bauer, LCI
Par Propos recueillis par Renaud PILA le 27 mars 2006 à 15:54
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6 Commentaires

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  • Manu, le 27/03/2006 à 17h59

    Les medias ont une enorme responsabilité dans la médiatisation et desinformation qui fait que l'opinion publique n'accepte pas qu'un casseur soit gravement blesser. Si ceux-ci trouvaient normal que la police tape sur les casseurs (ce que je trouve normal)cela resoudrait pas mal de probleme (entre autre la montee des extremistes)...

  • Ingrid, le 27/03/2006 à 17h56

    J'ai deux choses que je voudrais dire : Premièrement,récement j'ai entendu un représentant étudiand dire "ça y'est on voit que les jeunes de banlieues nous on rejoint!". Pffff... Ok y'en a qui viennent que pour casser, mais ne croyez pas qu'ils sont tous comme ça. Vivant en banlieue, je peut vous dire qu'il y en a qui vont aux manifs vraiment contre le CPE et pas pour casser, donc faut arrêter les amalgames qui font que les jeunes de banlieues se renferment encore plus dans une sorte de communautarisme entre "français d'en bas". Deuxièmement, pour moi si les flics ne bougent aps c'est voulu, c'est pour faire pourrir la situation, et discréditer le mouvement. J'étais l'année dernière dans les manifs contre la loi Fillon, et je peut vous dire que j'ai vu un jeune la bouche en sang, se faire tabasser par des casseurs, sans que les flics qui étaient à 4m ne bougent le petit doigt! Ils avait reçu l'ordre de ne rien faire face aux casseurs, comme ça le mouvement ne parait pas crédible, les manifestants de plus ont peur, et à la manif suivante y'a bcp moins de monde! Voilà comment ça se passe. Et je vous dis ça en toute neutralité parce que je suis pour le CPE.

  • Bob, le 27/03/2006 à 17h29

    On a l'impression, en lisant cet article, de lire un argumentaire expliquant pourquoi les troupes US ont du mal face aux "insurgés" irakiens, force difficile à déployer d'un côté, petits groupes mobiles et connaissant bien le terrain de l'autre. Ce parallèle fait un peu peur...

  • L'esquimau, le 27/03/2006 à 17h25

    Il ne faut pas oublier que les responsables des manifestations avaient eux-mêmes demandé que les forces de l'ordre se tiennent éloignées:tout policier,même en civil serait considéré comme provocateur! On a l'impression d'être dans une cour d'école;quand on veut jouer aux grands,on assume où alors on reste dans la cour de la maternelle. Pour ma part,celà me rappelle RONCEVAUX bien avant AZINCOURT! Et si on envisageait d'interdire les manifestations dans PARIS mais qu'on les déplace sur SAINT DENIS? MONTJOIE...

  • David, le 27/03/2006 à 17h17

    Parceque médiatiquement tapper sur des jeunes ça n'aide pas à être élu...

  • Eds, le 27/03/2006 à 16h49

    Les gens bien élévé evitent de se trouver en face des CRS et rentrent chez eux

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