
LCI.fr : Aujourd'hui, on se retrouve face à plusieurs types de casseurs ?
Alain Bauer : Oui, il y a les groupes composés d'anarchistes et de militants radicaux qui existent depuis toujours. Leur objectif est classique : s'attaquer aux institutions et à leurs symboles. Ils ne s'en prennent pas aux manifestants mais veulent " casser du flic ". Ce sont ceux qui étaient à l'œuvre lors des occupations de la Sorbonne et de l'EHESS. Mais aujourd'hui, on est confronté à d'autres groupes de casseurs venues des banlieues et dont les motifs sont purement crapuleux : dégradations, vols de matériels, et violences aux personnes.
Comment expliquez-vous la polémique sur l'inaction des forces de l'ordre lors de la manifestation de jeudi dernier, notamment lors de la dispersion place des Invalides ?
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On est revenu à une situation où les CRS ne savent gérer que des affrontements classiques. S'ils chargeaient des groupes mobiles dans une manifestation, on pourrait se retrouver avec plusieurs dizaines de blessés. Et si, par malheur, on déplorait un mort parmi les casseurs, il deviendrait le lendemain un martyr, avec pour conséquence une probable explosion de violences dans le quartier où il habite. Depuis le traumatisme Malik Oussekine, la consigne est donc : mieux vaut beaucoup de casses qu'un blessé ou un mort.
Des images ont toutefois montré des casseurs s'en prenant très violemment à des jeunes jeudi soir sous les yeux des CRS ?
Oui, mais c'est toujours le même dilemme : charger ou ne pas charger ? Puisque le ministre de l'Intérieur a donné des consignes de prudence, et on peut le comprendre, les CRS n'ont pas chargé. Pour revenir sur la situation place des Invalides jeudi soir, il faisait sombre au moment de la dispersion de la manif. Les forces de l'ordre ont donc du gérer en même temps cette dispersion et les casseurs qui se sont mis en action de manière très mobile. Les courser aurait pu provoquer des victimes plus ou moins graves. Or l'opinion n'est pas capable d'assumer un gamin blessé ou tué, même si c'est un casseur. La mort est devenue dans nos sociétés quelque chose d'inacceptable alors que des victimes lors de manifestations dans le tiers-monde ne provoquent pas une telle émotion chez nous. Il faut faire avec cette donnée.
Il faut donner aujourd'hui aux forces de l'ordre les moyens d'intervenir dans ces situations, c'est-à-dire recréer des petites unités de police très rapides et professionnalisées. Comme pour la brigade anti-criminalité (la BAC), une formation psychologique est indispensable.
| Un nouveau dispositif pour mardi |
Contrôler préventivement les personnes susceptibles de se livrer à des actes de violence. Comme lors des matchs du PSG. Tel est le dispositif élaboré lors d'une réunion dimanche entre le préfet de police de Paris, les préfets des départements d'Ile-de-France ainsi que des représentants de la SNCF et de la RATP, et qui sera mis en vigueur mardi lors de la grande manifestation anti-CPE. Concrètement, l'opération consistera à "bloquer" à l'extérieur de Paris les fauteurs de troubles potentiels pour les empêcher de rejoindre la manifestation. Le réseau des transports francilien fera aussi l'objet d'une surveillance accrue. Vendredi, Nicolas Sarkozy déclarait : "S'il le faut, il faut rentrer à l'intérieur (des cortèges) pour faire notre travail et aller chercher ceux qu'on doit aller chercher". Responsables des syndicats étudiants et ouvriers s'étaient "opposés" à cette méthode, acceptant en revanche, qu'outre une présence policière en avant et à l'arrière de la manifestation, les forces de l'ordre soient présentes "dans les rues latérales", à condition qu'elles ne soient "pas visibles". Dans les cortèges, étudiants et lycéens formeront des chaînes entourant les manifestants. AG (avec afp) |
Photo : Alain Bauer, LCI
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