Première audience au "nouveau procès Outreau"Des gens humbles d'Outreau, qui n'auraient jamais touché des enfants qu'ils aiment : deux des sept accusés au procès pour inceste sur leurs enfants ont clamé mercredi leur innocence devant les assises du Pas-de-Calais et décrit leur vie en vase clos. Patrick D., 37 ans et sa compagne Madeleine V., 33 ans, habitaient le quartier de la Tour du Renard à Outreau avec leurs quatre enfants. En novembre 2001, alors que le quartier est traumatisé par les vagues de dénonciations dans le dossier de "l'affaire d'Outreau", jugée en 2004-2005, ils sont arrêtés et incarcérés, accusés par certains de leurs neveux et nièces de viols et d'attouchements.
Outreau : Myriam Badaoui libérée aux 2/3 de sa peine
Myriam Badaoui, figure clé du procès d'Outreau par ses mensonges successifs, a été libérée en septembre alors qu'elle avait été condamnée à 15 ans de détention en 2004 pour viols d'enfants et qu'elle était détenue depuis 2001.
Publié le 07/11/2011
"J'ai jamais rien fait à mes enfants, je les adore, ils sont tout pour moi", explique Patrick D., poursuivi notamment pour viols sur huit enfants, dont trois des siens. Cet homme rond au crâne dégarni pense être "gentil", "serviable" et "n'a jamais eu affaire avec la justice, même pour un procès". Entre contrats précaires et chômage, il joue du tambour et regarde la télévision. "J'ai plus de 3.000 cassettes chez moi, je suis un grand fan de cinéma", raconte-t-il, une main sur la hanche. Sans compter ses cinq apparitions au Bigdil, un jeu télévisé dont il vante devant la cour les mérites de l'animateur.
"Jamais rien remarqué de suspect"
D'un niveau intellectuel proche de la débilité mentale légère selon les experts, il reconnaît avoir "fait un peu le malin en disant à (sa) femme qu'elle était belle-mère": si l'état civil lui reconnaît quatre enfants, deux autres sont nés d'une liaison avec sa belle-soeur, également dans le box des accusés. Sa compagne Madeleine, accusée notamment de viols sur trois de ses enfants et une nièce, reconnaît à l'audience avoir alors été "un peu jalouse", malgré ses propres liaisons avec ses deux beaux-frères, Sylvain et Didier D., également jugés devant la cour pour les mêmes faits dans cette affaire.
Madeleine, décrite par son concubin comme "pas débile" mais qui "comprend pas grand chose", s'insurge de son côté que sa belle famille la traite de mauvaise mère, incapable de couper une tranche de jambon à un enfant de deux ans. "C'était pas une mère pour élever un enfant, mais dire qu'elle faisait des choses sur ses enfants, non", juge Josette, une de ses belles-soeurs. Comme elle, les témoins entendus sont très favorables aux accusés, trois frères concubins de trois soeurs. Le cas de la grand-mère maternelle, également poursuivie, n'est pas évoqué. Le pharmacien du quartier confie ainsi qu'il a "franchement le sentiment que ces gens sont innocents". Le médecin de famille dit lui qu'il n'avait "jamais rien remarqué de suspect" chez leurs enfants. "Je n'ai jamais eu de doute, jamais, je pense qu'ils s'occupaient bien de leurs enfants", explique le Dr Frédéric Leclerc.
Le médecin n'a jamais été entendu par les enquêteurs, s'insurge Me Frank Berton, avocat de Patrick, dénonçant les manquements de l'instruction. Habitant le voisinage, Myriam Badaoui, la mère incestueuse et dénonciatrice de l'affaire d'Outreau dans laquelle elle a été condamnée à 15 ans de réclusion, avait de son côté mis en cause Patrick et Madeleine. "Badaoui, vous la connaissiez?", demande Me Berton à sa cliente. "Je lui ai jamais causé, je suis jamais allée chez elle". "Et on nous explique qu'il n'y a aucun lien entre les deux affaires!", lance l'avocat sur le ton de l'irritation.
Le procès doit durer jusqu'au 14 avril.
Photo d'ouverture : les prévenus du "nouveau procès Outreau" - DR
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