Robert Feliciaggi assassiné à Ajaccio

le 11 mars 2006 à 07h32 , mis à jour le 11 mars 2006 à 21h59

Le conseiller territorial divers droite à l'Assemblée de Corse Robert Feliciaggi a été tué vendredi soir à Ajaccio, de plusieurs balles dans la tête, par un ou deux inconnus qui lui avaient tendu une embuscade et ont pris la fuite.

Feliciaggi

Robert Feliciaggi, 64 ans, est décédé à l'hôpital d'Ajaccio où il avait été transporté dans un état critique, a annoncé dans la nuit de vendredi à samedi le procureur de la République d'Ajaccio, José Thorel. Le procureur s'est rendu sur le parking de l'aéroport d'Ajaccio où l'élu, qui débarquait de l'avion en provenance du continent, regagnait sa voiture quand il a été abattu par les tueurs, vendredi peu avant 23h.

"Il a été atteint notamment de plusieurs balles à la tête", a précisé M. Thorel. Les agresseurs étaient au moins deux, probablement masqués, et ont pris la fuite à bord d'une voiture, a indiqué un haut responsable de la police sur place. Un dispositif de sécurité a été mis en place dans la région d'Ajaccio pour tenter de les retrouver, a ajouté le procureur, qui a confié l'enquête à la police judiciaire. Des "consignes fermes" ont été données pour faire "toute la lumière" sur l'assassinat de l'élu, a déclaré samedi le préfet de Corse Pierre-René Lemas.  

Réactions indignées des élus corses

Le député maire (PRG) de Bastia, Emile Zuccarelli, s'est dit samedi "consterné" et "horrifié" par cet assassinat. "L'assassinat de Robert Feliciaggi marque une nouvelle fois la Corse du sceau d'une violence barbare. Il suscite émotion et indignation dans la communauté insulaire", a commenté l'ancien président de l'Assemblée de Corse, José Rossi (DVD). Le président du Conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Corse (CTC), l'UMP Ange Santini, a estimé que ce meurtre jetait "le trouble (...) dans l'ensemble" de la Corse, en proie à une "violence insupportable". "C'est une tragédie pour la Corse, un assassinat des plus lâches", a fustigé pour sa part le président UMP de l'Assemblée de Corse, Camille de Rocca Serra.

Robert Feliciaggi était un homme d'affaires prospère, ami proche de Charles Pasqua, l'ancien ministre de l'Intérieur. Il avait été réélu en mars 2004 à l'Assemblée de Corse sur la liste de l'ancien ministre José Rossi, une liste dissidente de celle du l'UMP, qui lui avait refusé son investiture au profit de l'actuel président de l'Assemblée de Corse, Camille de Rocca Serra. Robert Feliciaggi présidait le groupe divers droite Union Territoriale à l'assemblée territoriale (quatre élus), et était maire du village de Pila Canale, en Corse-du-Sud, depuis 1994.

"Financement illégal de campagne électoral"

Surnommé "l'Africain", Robert Feliciaggi était né au Cap (Afrique-du-Sud) et avait bâti sa fortune grâce à plusieurs casinos et salles de jeux qu'il a ouverts au Cameroun, au Gabon et au Congo, puis à un réseau de PMU créé avec un associé en Afrique. Il avait été mis en examen en janvier 2002 pour "faux et usage de faux" et "corruption active" dans l'enquête sur les conditions d'achat et de revente, en 1994 et 1995, du casino d'Annemasse (Haute-Savoie). Ouvert en 1994, le casino d'Annemasse a été vendu moins d'un an plus tard par Robert Feliciaggi avec une confortable plus-value pour 15,3 millions d'euros environ, à l'époque où M. Pasqua était ministre de l'Intérieur.

Les juges d'instruction chargés de l'affaire à Paris et à Monaco soupçonnaient qu'une partie de ces fonds ait servi au financement de la campagne de Charles Pasqua aux élections européennes de 1999, une affaire dans laquelle l'ex-ministre de l'Intérieur a été mis examen par le juge Philippe Courroye en mai 2001, pour "financement illégal de campagne électorale". Robert Feliciaggi a toujours nié les délits qui lui étaient reprochés.

Image: Robert Feliciaggi. Archives. DR.

le 11 mars 2006 à 07:32
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