
Nicolas va faire entendre sa petite musique. A quatre jours de la grève interprofessionnelle prévue mardi, le numéro deux du gouvernement est d'autant plus enclin à se démarquer qu'il a reconnu vendredi que les manifestations anti-CPE étaient "en train de changer de visage", allusion aux violences des casseurs.
"Imaginons la France d'après"
Selon un élu proche de lui, M. Sarkozy plaiderait également depuis dimanche pour "une mise entre parenthèses du CPE pendant un mois, pour permettre aux syndicats de se remettre autour de la table et d'apporter leur plus-value". Samedi matin, le président de l'UMP reçoit les nouveaux adhérents de son parti à Paris, comme il a l'habitude de le faire quasiment chaque mois depuis son élection à la tête du mouvement, fin 2004.
Lors du dernier rendez-vous de ce type, le 18 février, il avait présenté son nouveau slogan: "Imaginons la France d'après". Samedi, il pourrait préciser les contours sociaux qu'il veut pour cette "France d'après".
Mais c'est surtout lundi soir, lors d'une "grande réunion publique" à Douai, qu'il prononcera un discours social, "pour une France plus juste", indique le carton d'invitation. A cette soirée, M. Sarkozy ne se présentera ni comme président de l'UMP, ni comme ministre de l'Intérieur. "Ce sera un discours personnel, avec des propositions dans le domaine de la justice sociale", affirme un proche. "Ce sera un discours de présidentiable", tranche un autre.
"Sortir du cercle vicieux"
Nicolas Sarkozy devrait exposer "des éléments pour une nouvelle organisation des relations sociales, aujourd'hui archaïques, avec des organisations syndicales peu représentatives, à qui l'on donne peu de responsabilités, ceci expliquant cela", a affirmé vendredi François Fillon, son conseiller politique. Selon ce gaulliste social, ancien ministre du travail, qui parle "tous les jours de ces questions" avec Nicolas Sarkozy, "il faut sortir de ce cercle vicieux et donner plus de responsabilités aux partenaires sociaux". "A Douai, Sarkozy abordera ces questions" pour "faire écho à la campagne de Jacques Chirac en 2002, qui s'était engagé à soumettre à la concertation tout texte ayant un impact social", ajoute M. Fillon, rappelant avoir fait voter une loi en ce sens en mai 2004.
Nicolas Sarkozy devrait aborder la question d'un code de travail unique, qu'il a suggéré en mars 2005, lors d'une convention UMP. "Il ne sera plus question de discriminer par catégories: les jeunes et les autres. Mais attention, pas question de faire comme avec le CPE. Cela reste à discuter. La gauche et les syndicats sont d'accord pour discuter d'une flexibilité plus importante. Il faut saisir cette chance. Ce qui a été mal saisi avec le CPE", dit Eric Woerth, trésorier de l'UMP. A l'instar du député de l'Oise, nombreux sont les élus UMP qui condamnent - anonymement - la méthode du Premier ministre: "méthode improvisée et malencontreuse qui pulvérise Villepin, tire vers le bas Sarkozy et la droite à la vitesse du son", dénonce l'un. "C'est là où l'on s'aperçoit qu'il manque à Villepin l'expérience d'un élu du terrain", selon un autre. Reste que "Sarkozy est dans une position très difficile. Il s'apprête à faire des propositions pour débloquer une crise majeure de laquelle il n'a aucun responsabilité, n'étant pas le numéro un du gouvernement", analyse le député sarkozyste Yves Jégo.
(Nicolas Sarkozy/archives/DR)
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