
Les opposants au Contrat Première Embauche ne comptent pas laisser refroidir la mobilisation. Dès ce lundi, les syndicats de lycéens, étudiants et salariés se retrouvent pour envisager la suite de leur mouvement - une grève n'est pas exclue - si le gouvernement ne retire pas le CPE. Les lycéens de la FIDL envisagent déjà "une grande mobilisation de la jeunesse jeudi 23 mars". "Soit le gouvernement entend raison et retire le CPE dès aujourd'hui, soit il sera obligé de le faire la semaine prochaine parce qu'on sera redescendu dans la rue", a fait savoir le président de l'Unef, Bruno Julliard. Les syndicats, qui se réunissent à 17H au siège de la CFTC, ont le vent en poupe après la mobilisation de samedi (entre 500.000 et 1,5 million de manifestants dans toute la France : lire : "L'ultimatum au gouvernement") et imputent au chef de l'Etat et au gouvernement "l'entière responsabilité des tensions sociales" (lire : "La presse souligne l'ampleur des rassemblements").
La confrontation semble inévitable. Le Premier ministre a de nouveau exclu tout retrait du CPE, même s'il "regrette" que sa "méthode" ait suscité de "l'incompréhension", dans un entretien donné au mensuel Citato (magazine pour les 15-20 ans), réalisé dimanche après les manifestations anti-CPE. Le Premier ministre devrait s'exprimer à nouveau lundi à l'occasion d'une rencontre avec des chefs d'entreprises puis en recevant des jeunes, parmi lesquels des opposants au CPE.
"Travaillons ensemble à améliorer le texte"
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Dimanche également, le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, est venu réaffirmer sur LCI la ligne gouvernementale : "travaillons ensemble à améliorer le texte", a-t-il lancé aux opposants, en assurant que le gouvernement "continuer d'avoir la main tendue". Jugeant, au vu des sondages, que "le travail d'explication n'est pas si inutile", Jean-François Copé a mis en avant son expérience de maire de Meaux, pour "témoigner qu'il y a dans le CPE des éléments qui permettent de répondre à la précarité". Et pendant que le président du groupe UMP à l'Assemblée, Bernard Accoyer, assurait de nouveau qu'il n'est pas question de ne pas appliquer le CPE, l'ultimatum syndical était dénoncé fermement comme antidémocratique et antirépublicain, tour à tour par Renaud Donnedieu de Vabres sur Europe 1, puis par le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, et par celui du Sénat, Christian Poncelet, dans deux communiqués séparés.
La crise fait désormais réagir bien au-delà de l'Hexagone. Invité dimanche soir du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a estimé que la réforme est "inéluctable"... mais qu'elle doit se faire par "le dialogue". Pourtant, les Français sont en majorité hostiles au CPE, à en croire les sondages (lire : "Les sondages accusent Villepin"). Et les appels au gouvernement prennent volontiers un ton dramatique...
"Le gouvernement crée les conditions du trouble"
"En s'entêtant, le gouvernement crée les conditions du trouble et d'un trouble (qui peut avoir) des conséquences dramatiques", a ainsi fait valoir dimanche sur radio J le porte-parole du PS, Julien Dray. "Quand les jeunes sont dans la rue, on ne sait pas ce qui peut se passer (...) il y a la possibilité de dérapages". Pour sa part, le président d'honneur du PRG, Emile Zuccarelli, a demandé par courrier à Jacques Chirac d'utiliser l'article 10 de la Constitution pour réclamer au Parlement une deuxième délibération sur le CPE afin de le modifier ou le supprimer. Quant à François Bayrou, il estime dans une interview à La Croix qu'avec le choix du gouvernement de "s'arc-bouter" sur le CPE "on va tout droit au bras de fer" et "on prend le risque d'un accident social".
Et malgré la fermeté affichée, les craintes au sein de la majorité présidentielle s'expriment aussi. L'ancien Premier ministre Alain Juppé est sorti dimanche de son silence en affirmant sur son blog suivre la crise autour du CPE "avec beaucoup d'attention" et ressentir "à la fois une grande inquiétude et beaucoup d'humilité". Plus direct, l'élu UMP Dominique Paillé demande à Jacques Chirac de ne pas signer dans l'immédiat le décret d'application du CPE et de mettre ce délai à profit pour renouer le dialogue social...
Les cortèges anti-CPE ont été souvent accompagnés de heurts violents : la seule manifestation parisienne de samedi s'est soldée par 167 interpellations, avec 34 policiers et 18 manifestants blessés, selon la préfecture de police de Paris... Une quarantaine de personnes étaient encore en garde à vue dimanche soir. Le maire socialiste de la capitale, Bertrand Delanoë, a condamné dimanche ces "dérapages violents" d'une "minorité" de casseurs, tout en appelant de nouveau le gouvernement à "entendre le message" et à "retirer son texte avant d'engager de vraies et nécessaires négociations" (lire : "Violents incidents en marge de certains défilés"). Bilan des violences en marge du défilé parisien
Photo d'ouverture : Dominique de Villepin défendant le CPE à l'Assemblée - archives
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