© INTERNELe procès du tortionnaire présumé de Sohane, 17 ans, morte brûlée vive en 2002 à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), et de son complice, s'est ouvert vendredi devant la cour d'assises du Val-de-Marne sans tension particulière, avec l'examen de la personnalité des deux accusés. Le palais de justice de Créteil avait pourtant été placé sous "surveillance renforcée" par crainte de débordements de proches des accusés, très connus dans la cité Balzac où les faits ont eu lieu.
Ces derniers, Jamal, 22 ans, chemise sombre à rayures, et Tony, 23 ans, en tenue de sport, doivent répondre, le premier, d'actes de torture ou de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, le second, de complicité par aide et assistance.
"Caïd incontrôlable"
Au premier jour du procès, Jamal a tout d'abord fait montre de réserve, gardant tout au long de la matinée la tête baissée. Il s'est ensuite défendu avec aplomb face aux observations sur sa personnalité, présentée comme duale : "caïd incontrôlable, arrogant, violent" pour ses anciens professeurs, "bon fils", "grand frère" "serviable et gentil" pour sa famille et ses voisins, qui va même chercher des copines "au commissariat".
Sur les bancs des parties civiles, la famille de Sohane, son père Chérif et ses soeurs Kahina, Whaïba, Sonia, ainsi que son frère Sofiane, ont écouté la lecture des faits, pleurant parfois. Le 4 octobre 2002, en fin d'après-midi, Sohane, transformée en torche vivante, s'écroulait dans l'herbe au pied d'un bâtiment de la cité Balzac. Elle décédait deux heures plus tard. La jeune fille avait été aspergée d'essence, en présence de deux de ses amies, par Jamal, lors d'une "explication" dans un local à poubelles. Ce dernier, malgré les supplications des trois jeunes filles, avait ensuite allumé un briquet à plusieurs reprises.
Interpellé deux jours après le drame à l'hôpital, où il était soigné sous une fausse identité pour de graves brûlures, Jamal, surnommé "Nono" par ses copains, a toujours affirmé qu'il voulait juste "faire peur" à Sohane. Il a réaffirmé vendredi que la jeune fille, décrite dans des témoignages comme "très jolie", "grande sentimentale" mais "renfermée", avait été sa "petite amie", ce qui est contesté par sa famille et des témoins.
Des "conditions atroces"
Selon l'accusation, il avait décrété Sohane persona non grata à Balzac. Jamal, issu d'une famille "unie", a eu une scolarité chaotique, ses professeurs le présentant comme "insolent" et "perturbateur", tout en soulignant "de bonnes capacités intellectuelles" inexploitées. Jamal juge "exagérés" ces reproches, évoquant même un "acharnement". "Tout ce qu'il faisait était pesé. Je l'imagine capable d'assez de méchanceté pour lui faire croire (à Sohane, ndlr) que sa dernière heure était venue", déclare aux policiers l'un de ses professeurs qui ne le soupçonnait cependant pas de pouvoir commettre le pire. Jamal baisse la tête.
Physique athlétique, Tony, lui, est accusé d'avoir surveillé et maintenu fermée la porte du local à poubelles. Passionné de "sport" et "de feux d'artifice", ce qui lui vaudra son surnom de "Pyro", Tony Rocca est présenté par sa famille, plusieurs fois recomposée, comme un garçon "calme, gai, sociable", "pas capable de faire du mal". Evoquant brièvement le drame, Tony a simplement déclaré que Sohane était "morte dans des conditions atroces", ce qui "l'a marqué". Le fond de l'affaire doit être examiné lundi, le verdict est attendu vendredi.
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