150.000 euros d'amende requis contre le "roi du Beaujolais"

le 04 avril 2006 à 22h36 , mis à jour le 04 avril 2006 à 22h45

Cette amende record a été requise mardi contre la SA Vins Georges Duboeuf, représentée par son PDG Georges Duboeuf, qui se présente volontiers lui-même comme le "roi du Beaujolais". La société était jugée pour "tromperie et tentative de tromperie sur l'origine et la qualité des vins", sur fond de crise du secteur viticole.

Justice Picto Vignette bleue © INTERNE

Une amende de 150.000 euros a été requise mardi à l'encontre de la SA Vins Georges Duboeuf, poursuivie pour "tromperie et tentative de tromperie sur l'origine et la qualité des vins", par le procureur de la République de Villefranche-sur-Saône. A l'encontre de l'ancien directeur du site de vinification de Lancié (Rhône), Sylvain Dory, le procureur a requis six mois de prison avec sursis et une amende de 40.000 euros. Le tribunal correctionnel a mis sa décision en délibéré au 4 juillet.

Dans une salle d'audience bondée, on pouvait apercevoir dans le public les chefs étoilés Paul Bocuse et Pierre Troigros, ainsi que de nombreux viticulteurs locaux. Parmi les faits reprochés, la présidente a rappelé par exemple qu'en 2004 des raisins issus de parcelles de Juliénas ont été vinifiés pour une partie en Juliénas, mais également en Saint-Amour et en Morgon, d'autres crus du Beaujolais. Ces pratiques, dénoncées dans un rapport de la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF), ont été qualifiées de "choquantes" par l'Institut national des appellations d'origine contrôlée (INAO), partie civile dans ce procès.

Bernard Pivot "témoin de moralité"

Première personne entendue, présentée par la défense comme "témoin de moralité", le journaliste Bernard Pivot a affirmé qu'il était "impossible que son ami Georges Duboeuf soit un tricheur". "J'en ai la conviction profonde", a-t-il assuré. Questionné par le tribunal, Sylvain Dory, qui a gardé tout l'après-midi un visage fermé, comme dépassé par l'enjeu, a reconnu "en partie" ces "glissages" d'appellations, s'abritant derrière le contexte : le millésime 2004 est mauvais - il a beaucoup plu -, les écarts de production sont importants. Il a souligné également ses lourdes charges de travail, "des journées qui finissaient à 5-6 heures du matin", des effectifs supplémentaires demandés mais pas accordés. "Avec la fatigue, j'ai peut-être commis des erreurs", reconnaît-il.

La crise du Beaujolais était très présente en filigrane. Des pratiques ont été évoquées, comme l'écoulement de surproduction de certains vignerons pour compenser le manque de raisins d'autres. "Cela n'a jamais été dans mon intention de tricher", a affirmé Sylvain Dory, parlant de son "souci qualitatif" pour expliquer ces mélanges d'appellations. Une fois l'erreur constatée, aucune bouteille n'avait d'ailleurs été commercialisée, avait assuré fin août 2005 Georges Duboeuf.

Ce dernier, d'une voix douce, a maintenu, des mois après, que son ancien maître de chai, à qui il avait délégué certains pouvoirs, "a du talent". "A aucun moment, je ne me suis douté que ce genre de pratiques ait pu exister", a déclaré cependant le négociant, en soulignant qu'il se rendait à Lancié "tous les soirs". "Est-ce qu'à 73 ans, on commet un délit pour 0,5% de son négoce ?", ce que représente les 2.000 hl concernés par les mélanges, s'est interrogé Me André Soulier, plaidant la relaxe de la société Duboeuf. "La SA n'a tiré aucun intérêt de ce qu'a fait M. Dory", a renchéri Me Andrea Lindner, évoquant par ailleurs la complexité de la réglementation française. "Pratiquement chaque jour on est en mesure de commettre une infraction".

le 04 avril 2006 à 22:36
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3 Commentaires

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  • Jacques, le 05/04/2006 à 02h02

    En Colombie Britannique le vin est surtout vendu dans des magasins gérés par la gouvernement de la province (ne rigolez pas) Que 2 Beaujolais y sont vendus, Mommessin et Duboeuf, hé bien je vous garanti que ce n'est pas la ruée, normal que les vins français se vendent mal à l'étranger. 16$ca la bouteille soit une douzaine d'€.

  • Sourt, le 05/04/2006 à 00h50

    L'amende ne sera jamais assez élevée pour dissuader vraiment les tricheurs il est souhaitable pour la sante publique de ne plus boire ce vin trop souventfrelaté . Le vin est cher et trop souvent mauvais et indigeste.

  • Christian, le 04/04/2006 à 22h57

    Franchement, cette amende demandee de 150000 Euros est faible. C'est toute une appellation qui a ete ainsi touchee. Ce producteur n'a pas fait preuve de grand civisme et d'ethique vis a vis de la profession et de la contribution de ce secteur vinicole a l'economie francaise toute entiere! Une amende plus "exemplaire" aurait peut etre servie d'exemple, non?

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