© INTERNEUne amende de 150.000 euros a été requise mardi à l'encontre de la SA Vins Georges Duboeuf, poursuivie pour "tromperie et tentative de tromperie sur l'origine et la qualité des vins", par le procureur de la République de Villefranche-sur-Saône. A l'encontre de l'ancien directeur du site de vinification de Lancié (Rhône), Sylvain Dory, le procureur a requis six mois de prison avec sursis et une amende de 40.000 euros. Le tribunal correctionnel a mis sa décision en délibéré au 4 juillet.
Dans une salle d'audience bondée, on pouvait apercevoir dans le public les chefs étoilés Paul Bocuse et Pierre Troigros, ainsi que de nombreux viticulteurs locaux. Parmi les faits reprochés, la présidente a rappelé par exemple qu'en 2004 des raisins issus de parcelles de Juliénas ont été vinifiés pour une partie en Juliénas, mais également en Saint-Amour et en Morgon, d'autres crus du Beaujolais. Ces pratiques, dénoncées dans un rapport de la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF), ont été qualifiées de "choquantes" par l'Institut national des appellations d'origine contrôlée (INAO), partie civile dans ce procès.
Bernard Pivot "témoin de moralité"
Première personne entendue, présentée par la défense comme "témoin de moralité", le journaliste Bernard Pivot a affirmé qu'il était "impossible que son ami Georges Duboeuf soit un tricheur". "J'en ai la conviction profonde", a-t-il assuré. Questionné par le tribunal, Sylvain Dory, qui a gardé tout l'après-midi un visage fermé, comme dépassé par l'enjeu, a reconnu "en partie" ces "glissages" d'appellations, s'abritant derrière le contexte : le millésime 2004 est mauvais - il a beaucoup plu -, les écarts de production sont importants. Il a souligné également ses lourdes charges de travail, "des journées qui finissaient à 5-6 heures du matin", des effectifs supplémentaires demandés mais pas accordés. "Avec la fatigue, j'ai peut-être commis des erreurs", reconnaît-il.
La crise du Beaujolais était très présente en filigrane. Des pratiques ont été évoquées, comme l'écoulement de surproduction de certains vignerons pour compenser le manque de raisins d'autres. "Cela n'a jamais été dans mon intention de tricher", a affirmé Sylvain Dory, parlant de son "souci qualitatif" pour expliquer ces mélanges d'appellations. Une fois l'erreur constatée, aucune bouteille n'avait d'ailleurs été commercialisée, avait assuré fin août 2005 Georges Duboeuf.
Ce dernier, d'une voix douce, a maintenu, des mois après, que son ancien maître de chai, à qui il avait délégué certains pouvoirs, "a du talent". "A aucun moment, je ne me suis douté que ce genre de pratiques ait pu exister", a déclaré cependant le négociant, en soulignant qu'il se rendait à Lancié "tous les soirs". "Est-ce qu'à 73 ans, on commet un délit pour 0,5% de son négoce ?", ce que représente les 2.000 hl concernés par les mélanges, s'est interrogé Me André Soulier, plaidant la relaxe de la société Duboeuf. "La SA n'a tiré aucun intérêt de ce qu'a fait M. Dory", a renchéri Me Andrea Lindner, évoquant par ailleurs la complexité de la réglementation française. "Pratiquement chaque jour on est en mesure de commettre une infraction".
Retour MYTF1
Chargement en cours...



