
Place de la Bastille, à Paris. Les premiers rayons d'un beau soleil d'avril lèchent les marches de l'Opéra. A quelques mètres de là, Jean-Paul Fantou s'extirpe lentement de son duvet. Il y a un mois, il a élu domicile sous un abribus. Avec vue imprenable sur la colonne de Juillet, "symbole de la Révolution", lance-t-il en brandissant sa béquille vers le monument. "C'est le meilleur endroit pour mener la mienne", poursuit-il. Une révolution sociale, celle de la lutte contre l'indifférence envers les sdf.
En solidarité avec ses camarades d'infortune, il a quitté l'hôtel où il était logé tout l'hiver pour venir s'installer là le 15 mars, date de la fermeture estivale de tous les foyers pour sdf. Deux jours plus tard, il entamait une grève de la faim... C'était il y a 36 jours.
Mort-vivant l'hiver, fantôme l'été
![]() |
| Le nouveau domicile de Clocheman |
C'est Clocheman, du nom du livre* qu'il a publié en octobre dernier sur ses 30 ans d'errance ... "Drogue, alcool, violence de la rue, divorce, j'ai touché à toutes les extrémités de la vie", résume-t-il. Sur les 10 000 exemplaires édités, 80% ont été vendus. "Lisez-le, prie-t-il. Je l'ai écrit pour changer le regard des gens sur les sdf. S'il change, le mal sera résolu à 30%". Clocheman est aussi branché techno. Il a un téléphone portable à carte. Et un site Internet que gère Mauro, un Italien du quartier. "T'as reçu 2000 visites mercredi", annonce-t-il fièrement à Jean-Paul ce matin là.
"Ils décident de tout pour nous, mais c'est nous qui crevons !"
Aujourd'hui, s'il fait la grève de la faim, c'est pour qu'enfin on l"'écoute", qu'on entende ses solutions pour éradiquer la misère des sans-abri. "J'ai un 'bac + 30' dans la rue. La rue, c'est ma vie. J'ai eu le temps d'observer, martèle-t-il. Combien de fois ai-je dit aux associations : 'je peux vous amener mon expérience'. Mais on ne nous écoute jamais. Ils veulent nous rééduquer, nous insérer... Ils décident de tout pour nous, mais c'est nous qui crevons ! " Ils veulent nous tasser dans des foyers faits pour des bestiaux, à 12 par pièce. Ca pète, ça boit, ça se bagarre. Il y a aussi les poux, les maladies. On reçoit que des claques dans ces endroits".
![]() |
| Clocheman et des camarades d'infortunes devant des articles de presse |
"J'accuse, mais je propose"
Jean-Paul sort une cigarette, l'allume, tire une taffe. Puis reprend. "Attention, j'accuse mais je propose". "En quelques petites années on peut absorber 50% de la rue. Et pour trois fois moins cher que maintenant, assène-t-il. Mais pour cela, prévient-il, il faut travailler en tripartite, avec l'argent de l'Etat, le regard des associations ET les exclus". Tous les détails de son "plan" sont dans le dernier chapitre de son livre.
A jeun depuis cinq semaines, Jean-Paul faiblit, mais derrière ses lunettes rafistolées avec du gros scotch brun, son regard reste vif. "Je connais la pluie, le froid, la faim, j'ai de l'endurance, dit-il d'une moue souriante. Tant que j'ai des gens derrière moi qui m'apportent de l'eau et des clopes, je ne me casse pas la gueule. Et puis, depuis mercredi, j'ai deux médecins particuliers, dont l'ancien médecin de l'abbé Pierre, lâche-t-il en rigolant. Ils passent me voir deux fois par jour".
Borloo ou Villepin, sinon rien
![]() |
| Mur d'articles pour Clocheman |
Jean-Paul a la foi. Il croit au miracle. Et son combat vient d'en produire un inattendu. Son livre a récemment atterri dans les mains de sa fille, dont il avait été séparé il y a plus de 20 ans.... "Je ne savais même pas si elle était morte ou vivante. Elle s'est mariée, elle m'a cherché, un de ses enfants porte mon prénom. Elle m'a dit qu'elle m'aimait, que j'étais son héros". Bientôt, ils vont se revoir.
*Clocheman, Témoignage sur 30 ans de vie d'errance, Presses de la Renaissance)
Retour MYTF1



Chargement en cours...



