CPE : "Nos étudiants vivent dans le rêve et l'illusion"

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET, le 05 avril 2006 à 16h17 , mis à jour le 06 avril 2006 à 13h04

Jean-Robert Pitte, président de l'Université Paris-IV-Sorbonne, est en colère contre les jeunes manifestants anti-CPE. En demandant un emploi sûr à 20 ans, selon lui, ils se comportent comme des "enfants gâtés" qui croient que "tout leur est dû".

Jean-Robert Pitte, président de l'Université Paris IV sorbonne

Lci.fr : Les manifestations de mardi ont montré une mobilisation et une détermination intacte de la jeunesse contre le Contrat première embauche (CPE). Cela vous contrarie...
Jean-Robert Pitte, président de l'Université Paris-IV-Sorbonne : Nous sommes dans un pays têtu. Les Français sont pleins de préjugés et, malheureusement, nos étudiants, comme une partie de l'opinion publique française, vivent dans le rêve et dans l'illusion. Ils croient que tout leur est dû. C'est un caprice d'enfant gâté. Certains sont manipulés, d'autres ont décidé d'en découdre. Ce qui est sûr c'est qu'une partie des jeunes estime avoir droit à un emploi, qui plus est stable. Je trouve cela triste d'avoir 60 ans d'âge mental quand on en a 20 à l'état civil. Surtout, la réalité, c'est que dans le secteur public, et encore plus dans le secteur privé, on ne crée pas des emplois pour faire plaisir aux gens mais pour répondre à un besoin. Et il se trouve que beaucoup de diplômés de l'enseignement supérieur ne sont pas à même d'occuper immédiatement un emploi de façon efficace dans une entreprise.

Lci.fr : Si les jeunes ne sont pas opérationnels en sortant de la fac, comme vous le dites vous-même, n'est-ce pas vos formations qui sont aussi à revoir ?
J-R. P. : Nous sommes dans un pays où il y a un énorme problème de relation entre la formation des jeunes et les besoins du marché de l'emploi. Le problème vient à la base du fait que les lycéens ne sont pas ou mal orientés vers les études supérieures. Les meilleurs sont envoyés en classes préparatoires pour les grandes écoles, ceux qui viennent du secteur technique vont dans des BTS ou des IUT où ils réussissent bien. Le reste, une large majorité, se débrouille et va n'importe où. Cela aboutit à des catastrophes. Ce problème, on ne le regarde pas en face. Et on le paie très cher. De nombreux jeunes sont dans la détresse. Ils ont besoin d'acquérir un métier et l'université ne sait pas le leur donner. Avoir une licence de philosophie, c'est un très bon diplôme, mais avec lequel il est impossible d'être opérationnel tout de suite dans une entreprise. En recrutant un jeune comme cela, l'entreprise aussi prend un risque.

Lci.fr : Vous semblez un peu isolé dans votre positionnement contre la jeunesse qui manifeste ?

La bataille du cpe
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J-R.P. : Je suis seul ! Un certain nombre de mes collègues essaient de temporiser, de minimiser les dégâts, et ne s'expriment pas sur le fond et en particulier sur l'occupation. Moi je dis clairement que c'est illégal et scandaleux ! C'est une atteinte aux droits de l'Homme, aux libertés fondamentales. Il y a des universités, des institutions, un gouvernement, un Parlement, et je ne supporte pas l'idée que le pouvoir soit dans la rue, et qu'une minorité d'étudiants excités et sans véritable objectif raisonnable par rapport à ce qu'est une université, empêche la transmission du savoir. Je suis choqué, scandalisé et je regrette d'être le seul à le dire.

Deuxièmement, je ne suis pas contre un débat politique à l'université, mais un certain nombre de présidents ont mis de l'huile sur le feu en encourageant les étudiants à tenir des assemblées générales et en les laissant occuper les établissements la nuit. On sait très bien que cela dérive toujours très rapidement. Moi, je suis devant le fait accompli puisque c'est le préfet de police qui a fermé la Sorbonne, pour des raisons de sécurité. Mais le devoir d'un président est de faire régner l'ordre et de permettre à tous, enseignants et étudiants, d'entrer dans les sites.

Lci.fr : La Sorbonne est fermée et protégée par les forces de l'ordre depuis un mois. Quelle incidence cela va-t-il avoir sur les examens de fin d'année ?
J-R Pitte : Depuis un mois, la Sorbonne est protégée parce que presque tous les soirs des groupes viennent pour jeter des pavés et des cocktails molotov pour tenter de reprendre la fac. J'espère une sortie de crise rapide. Vendredi, il y aura une réunion pour prendre des décisions provisoires qui correspondront à l'hypothèse d'une reprise des cours à la rentrée des vacances de Pâques. Dans ce cas là, les enseignements du deuxième semestre seront prolongés d'un mois, jusqu'à la mi-juin, et les examens seront faits dans le cadre du contrôle continu et non pas de manière centralisée. De la sorte, on devrait pouvoir arriver à sauver le trimestre. Mais si les manifestations et les violences reprennent, je fermerai tous les sites et il n'y aura pas de deuxième semestre, un point c'est tout.

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET le 05 avril 2006 à 16:17
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68 Commentaires

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  • G, le 06/04/2006 à 10h10

    Enfin quelqu un qui ne soutient pas ces etudiants qui pleurent la bouche pleine !!... je suis francaise, et quand je vois ce qui se passe en ce moment, je dois dire que je n en suis pas fiere... du peuple francais... pas du gouvernement !! ce n est pas facile de trouver un emploi, et quand on en a un, il faut faire de son mieux pour le garder ! et il faut bosser pour ca !! ca n arrive pas sur un plateau d argent... et c est le probleme... les jeunes francais (et je ne dis pas ca de facon negative, n ayant moi meme que 27 ans) veulent tout sans rien donner !! ils veulent que les choses changent, mais ne sont prets a aucun compromis pour y parvenir !... bon sang, donnez une chance a cette loi et on verra bien !! et pourquoi avoir aussi peur de se faire virer ?! si 1 personne est competente est efficace, ou est le probleme !? biensur si on veut juste s asseoir tranquillement et ne rien faire de la journee, ca fait peur de pouvoir se faire virer sans preavis. j espere que le gouvernement tiendra bon, car avec un peuple comme ca, c est le declin assure !!

  • LEONHARDT, le 06/04/2006 à 10h07

    Que de bon sens! que de lucidité! que de claivoyance ! dans ces propos étayés par la raison. Curieusement aujourd'hui ce "parler vrai" devient rare voire suspect surrtout lorsque l'on ne gère plus au quotidien qu'au gré de la réaction épidermique de l'opinion publique.

  • Feawing, le 06/04/2006 à 09h57

    Cet individu frôle la caricature... Les étudiant feraiet bien de la fermer, et de revenir suivre des cursus dont il reconnaît lui-même (à demi-mots, certes) qu'ils ne servent pas à grand-chose. En fait si on suivait son raisonnement jusqu'au bout, les étudiants devraient être dans la rue, non pas contre le CPE, mais pour une réformé de leur formation... Ce qui ne serait pas une mauvaise idée, finalement.

  • Ci4ice, le 06/04/2006 à 09h54

    Même lui n’a pas compris ils ne veulent pas un emploi sur mais être sur d'avoir toujours un emploi. Ils ne sont pas gâtés, ils ont été trompés. On n’a cessé de leurs dires de faire des études pour assurer leur avenir a cela on ajoute le CPE qui leur donne l'impression qu'il faudrait les assistés sous prétexte que leurs diplômes n’ont peu de valeur. Ils réclament plus de cohérence et pas des solutions bidons qui leurs font perdre du temps.

  • DIDIER RIVES, le 06/04/2006 à 09h47

    Très noble déclaration dont on aimerait qu'elle encourage de nombreux responsables à s'exprimer. car enfin, on ne peut imaginer qu'ils soient tous abrutis au point d'ignorer les causes du chômage de la même façon qu'ils ne veulent pas connaître les problèmes de la retraite.

  • Serge, le 06/04/2006 à 09h39

    Bravo Monsieur le Président ! Enfin quelqu'un de responsable qui dit la vérité et qui ose s'exprimer ! J'espère que les étudiants vont vous entendre et reprendre les cours au plus tôt ! Quel gachis !

  • Quink, le 06/04/2006 à 09h30

    Bonjour; Volà un homme courageux qui dit la véritée je l'approuve. Georges Nice

  • Damien, le 06/04/2006 à 09h28

    Excellente analyse mais malheureusement, TF1 ne le diffuse pas sur son JT de 20h.

  • Marc, le 06/04/2006 à 09h28

    Tout à fait d'accord. En fait, après discussion avec des jeunes salariés, aucun n'envisage de garder le même job plus de 5 ans.

  • Fred h, le 06/04/2006 à 09h28

    C'est quoi ce vieux clou !!! Il a peut être aussi galéré pour trouver du boulot quand il était jeune ??? Quand on ne sais pas, on se tait.

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