
Deux membres présumés du "gang des barbares", soupçonné de l'enlèvement et de la mort d'Ilan Halimi, se sont livrés à la police, lundi à Bobigny et mardi à Paris. Tous deux pourraient être des "lieutenants" du chef de bande Youssouf Fofana.
Le premier, Jean-Christophe S., dit "Marc", "Crim" ou "Craps", est considéré par la police comme une "pièce maîtresse" du gang, selon une source policière. Ce jeune homme de 20 ans, d'origine africaine, s'est présenté spontanément au commissariat de police de Bobigny (Seine-Saint-Denis) lundi, avant d'être transféré dans les locaux de la brigade criminelle à Paris.
Il se savait recherché
Jean-Christophe S. réside à Bobigny où la police, selon elle, a exercé une pression sur son entourage afin qu'il se rende. Sa garde à vue peut durer jusqu'à quatre jours, ce qui "laisse du temps pour l'interroger sur son rôle, celui du chef" et déterminer les conditions exactes, "encore imprécises et controversées par les suspects", de l'enlèvement et de la mort d'Ilan Halimi, selon la même source.
En l'état des auditions, "Craps" semble "vouloir charger Fofana", a précisé cette source, ce dernier l'ayant aussi mis en cause. C'est "parole contre parole", d'après cette source, "il faut affiner les témoignages". "Craps" se savait recherché. Il s'est livré lundi après-midi à l'hôtel de police de Bobigny, selon une source judiciaire, confirmant une information révélée par Le Monde dans son édition en ligne, en raison "de l'étau se resserrant sur lui".
Le deuxième homme s'est présenté spontanément, mardi peu avant 17H00, au siège de la brigade criminelle à Paris, où il a été placé en garde à vue. Il ne resterait plus mardi qu'un seul membre du gang encore en cavale. Ces interpellations sont considérées comme importantes pour "boucler la boucle", selon la source policière, concernant les présumés "gros bras" du "gang des barbares", "très actifs" aux côtés de Fofana.
22 personnes poursuivies
Ilan Halimi, 23 ans, avait été retrouvé agonisant le 13 février, après plus de trois semaines de séquestration dans une cité de Bagneux (Hauts-de-Seine). Lors de sa première audition, la semaine dernière, par la juge Corinne Goetzmann, Youssouf Fofana a reconnu un "rôle de meneur" mais a contesté le "caractère antisémite" de l'enlèvement.
Interpellé en Côte d'Ivoire en février, il avait indiqué sur place à la police ivoirienne avoir "donné des coups" de poignard à Ilan à l'issue de l'enlèvement, tout en mettant en cause des complices dans sa mort. Il avait précisé avoir "mûri cette idée (d'enlèvement) depuis le mois de décembre 2005 avec un ami à lui", "Craps", rencontré durant un "séjour en prison". "Notre stratégie, a dit Fofana, a consisté à attirer nos victimes au moyen de jeunes filles chargées de séduire les personnes ciblées vers nous pour qu'on procède à leur arrachage (enlèvement)".
A propos de la fin de l'enlèvement, il a raconté avoir "demandé aux geôliers d'Ilan de mettre" le jeune homme "en sang car ne pouvant plus le garder". Concernant la mort d'Ilan, il avait chargé ses complices et affirmé que "Craps" lui avait "dit qu'ils avaient abandonné le corps après l'avoir cramé et que l'affaire avait mal tourné". Au total, avec Youssouf Fofana, 22 personnes sont poursuivies à ce jour dans ce dossier, dont 18 ont été placées en détention provisoire.
(Ilan Halimi/DR)
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