Douloureux témoignages de deux amies de Sohane

le 05 avril 2006 à 16h24 , mis à jour le 06 avril 2006 à 08h47

Des amies de Sohane qui ont assisté à l'embrasement de la jeune fille, brûlée vive en 2002, ont raconté mercredi devant les assises du Val-de-Marne comment Jamal Derrar l'avait arrosée d'essence pour lui faire peur et pour qu'elle ne revienne plus à la cité Balzac de Vitry-sur-Seine.

hommage sohane © INTERNE

Mercredi, deux amies de la jeune fille morte brûlée vive à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), témoins directs du drame, ont raconté devant la cour d'assises ces instants d'octobre 2002 où tout s'est précipité. Monia, 21 ans, et Isabelle, 22 ans, habitaient toutes deux cité Balzac à Vitry. Elles étaient toutes deux des amies proches de Sohane Benziane, mais aussi des amies de son agresseur. Ce 4 octobre 2002, elles étaient aux côtés de Sohane quand Jamal Derrar, 22 ans, l'a arrosée d'essence dans un local à poubelles. Elles ont vu la jeune fille de 17 ans prendre feu.

Une vision qui "aurait marqué n'importe qui. La cité entière a été marquée. Tout Vitry a été marqué", a dit mercredi Monia aux jurés de la cour d'assises du Val-de-Marne, qui juge Jamal Derrar pour actes de torture ou de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner. A ses côtés dans le box, Tony Rocca, 23 ans, est accusé de complicité pour avoir surveillé la porte du local.

Les regrets de l'agresseur

"J'étais là, j'ai tout vu", commence d'emblée Isabelle, conduite au local par l'accusé, comme Monia. Jamal Derrar "voulait lui faire peur (à Sohane) pour qu'elle ne revienne plus (à Balzac). Il était énervé", raconte la jeune femme. Sohane disait qu'elle "n'allait plus revenir, mais il l'a arrosée d'essence. Elle a voulu s'enfuir, elle disait : pitié, arrête. Elle criait. Elle pleurait. Il lui a fait une balayette. Elle s'est relevée, m'a agrippée. C'est là qu'il a sorti le briquet". Jamal Derrar, que tout le monde appelait "Nono", "approchait et reculait la flamme, il disait : t'as peur, t'as peur. Et puis Sohane a pris feu d'un coup", termine Isabelle, qui aura besoin de s'asseoir pour poursuivre sa déposition. Des sanglots dans la voix, Monia se souvient comment "d'un coup ça a dégénéré. Il l'a giflée. Il a ouvert la bouteille, il l'a versée sur sa tête. On a senti l'odeur, c'est là qu'on a réalisé, qu'on a tous eu peur. Elle l'a supplié...".

Tout au long des dépositions des deux jeunes femmes, Jamal Derrar garde obstinément la tête baissée. Selon elles, Sohane, qui n'a "jamais" été la petite amie de Jamal Derrar - ce que lui affirme - était interdite de cité Balzac par l'accusé. "Dès qu'il la voyait, il la tapait", a raconté Isabelle. Quand la présidente Janine Drai évoque une "dispute d'amoureux", Monia réplique aussitôt : "ça, c'est n'importe quoi", puis regarde l'accusé et lui lance "t'as raison de baisser la tête". Dans le box, quand "Nono" relève la tête, c'est pour affirmer qu'Isabelle et Monia mentent. "Quand Monia dit que Sohane était interdite de cité?", demande la présidente. "Elle ment", répond-il. "Quand elle dit que vous n'avez jamais eu d'histoire avec Sohane?" "Elle ment". "Quand elle dit que vous approchez la flamme?" "Elle dit vrai", dit-il avant de présenter à Monia ses "regrets. C'était ton amie". "Quand on demande pardon, on dit déjà la vérité", lui lance-t-elle.

Image de l'hommage à Sohane en 2003. DR.

(D'après AFP)

le 05 avril 2006 à 16:24
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