
Un contrôleur aérien et cinq anciens cadres de l'Aviation civile, d'Air Inter et d'Airbus Industrie sont jugés à partir de mardi pour leur responsabilité supposée dans la catastrophe aérienne du Mont Sainte-Odile qui avait fait 87 morts et 9 survivants le 20 janvier 1992. Attendu depuis plus de 14 ans par les survivants et les familles des victimes, le procès devant le tribunal correctionnel de Colmar se déroule jusqu'à fin juin dans une salle spécialement aménagée pour la circonstance au Parc des expositions de la ville. 349 parties civiles défendues par 63 avocats ont annoncé leur présence.
Les six anciens responsables comparaissent tous pour "homicides et blessures involontaires". Ils encourent une peine maximale de deux ans de prison et 30.000 francs (4.573 euros) d'amende. Pour Alvaro Rendon, le président de l'association Echo qui rassemble des rescapés et des familles de victimes, l'issue du procès ne fait pas de doute : "Nous attendons des condamnations de responsables. Nous pensons que ce n'est pas la fatalité qui est à l'origine de l'accident, mais une série de dysfonctionnements qui ont conduit à la catastrophe". L'A320 qui reliait Lyon à Strasbourg descendait trop vite et s'était écarté de sa trajectoire, lorsqu'il s'est écrasé sur le Mont Sainte-Odile à l'approche de l'aéroport de Strasbourg-Entzheim.
Les hypothèses sur les circonstances du crash
Précédé d'une instruction d'une longueur record, susceptible de faire condamner la France pour durée excessive de la procédure par la Cour européenne des droits de l'homme, le procès tentera de retracer, plus de 14 ans après, l'enchaînement précis des événements ayant conduit au drame. La tâche sera d'autant plus difficile que les expertises et contre-expertises se sont multipliées au fil des années sans parvenir à s'accorder, notamment sur la responsabilité d'Airbus. Parmi les hypothèses qui seront développées devant le tribunal figure notamment l'inexpérience des pilotes, tous deux décédés, qui ne connaissaient pas bien l'appareil, lancé en 1988. Ils n'auraient pas respecté certaines procédures et auraient confondu deux modes de descente en raison de la mauvaise ergonomie d'un écran du poste de pilotage, corrigée depuis par Airbus. Ils auraient de surcroît été mal guidés par le contrôleur aérien alors présent à l'aéroport de Strasbourg-Entzheim, Eric Lammari.
Ce dernier sera jugé à Colmar, tout comme Daniel Cauvin, à l'époque directeur général d'Air Inter (aujourd'hui Air France) et deux responsables de l'Aviation civile, l'ex-directeur général Pierre-Henri Gourgeon et l'ex-chef du contrôle technique Claude Frantzen à qui la justice reproche l'absence d'"avertisseur de proximité au sol" (GPWS en anglais) à bord de l'avion. Cet avertisseur qui aurait pu alerter les pilotes à 17 secondes de l'impact, équipait à l'époque les appareils de la plupart des autres compagnies, conformément à une norme internationale, mais pas ceux d'Air Inter qui le jugeait peu fiable en raison du risque d'alarmes intempestives.
L'ancien directeur technique d'Airbus Bernard Ziegler comparaîtra pour l'ergonomie du poste de pilotage et un éventuel dysfonctionnement du DME (distance measuring equipment), un appareil permettant d'évaluer la distance de l'avion jusqu'à l'entrée de la piste. Airbus conteste ce dysfonctionnement et se déclare prêt à se retourner contre le fabriquant du DME, l'Américain Collins "si la justice retient cette piste", précise Michel Guérard, un responsable opérationnel de la sécurité des produits de la compagnie. L'ancien directeur d'exploitation d'Air Inter Jacques Rantet devra pour sa part répondre de l'inexpérience des pilotes sur un appareil très novateur à l'époque, par son recours notamment aux commandes de vol électriques.
Photo d'ouverture : les familles avant l'ouverture du procès mardi à Colmar. TF1/LCI
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