© AFP / JEAN-PIERRE MULLER"L'idéologie, c'est ce qui pense à votre place", disait-il. Ou encore : "Le XXème siècle a été, au-delà de toute limite jusque-là connue, celui du vice". Voilà qui pose l'homme et le penseur. Jean-François Revel est mort dans la nuit de samedi à dimanche à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), à l'âge de 82 ans. Il avait été hospitalisé il y a environ deux semaines et est mort d'un "incident cardiaque", a précisé sa veuve, la journaliste et écrivain Claude Sarraute.
Né le 19 janvier 1924 à Marseille, celui qui s'appelait alors Jean-François Ricard, et ne devait adopter que bien plus tard légalement comme nom le pseudonyme de Jean-François Revel, raconte dans ses Mémoires ses années de collège où il devient un "artiste de la grippe affectée, un virtuose de l'embarras gastrique provoqué, un prestidigitateur du thermomètre". Cela ne l'empêchera pas d'intégrer l'Ecole normale supérieure à 19 ans et d'être reçu à l'agrégation de philosophie. Nomade, il est nommé à Tlemcen en Algérie (1947-1948) puis enseigne à partir de 1950 à Mexico, Florence, Lille et Paris.
Le combat contre le communisme "au nom de la dignité humaine"
A partir de 1963, date à laquelle il quitte l'université, la littérature et le journalisme l'occuperont entièrement. D'abord catalogué à gauche, il dirige les pages littéraires de France Observateur de 1960 à 1963, tout en étant jusqu'en 1965 conseiller littéraire aux éditions Julliard puis jusqu'en 1977 chez Robert Laffont. Il fonde et dirige la collection Libertés chez Pauvert. En 1957, son premier livre, "Pourquoi des philosophes ?", démolit joyeusement le marxisme, Heidegger et Lacan. Suivront des titres où se côtoient des essais sur Proust, l'Italie ou la cuisine, souvent d'énormes succès comme "Ni Marx ni Jésus", "La Tentation totalitaire" ou "Comment les démocraties finissent". La phrase inaugurale de cet ouvrage résume l'esprit de cette bête noire de la gauche qui a pourfendu le communisme : "La démocratie aura peut-être été dans l'histoire un accident, une parenthèse qui, sous nos yeux, se referme". Il écrira plus tard dans "La Grande Parade" : "Je n'ai pas combattu le communisme au nom des idées libérales ; je l'ai combattu au nom de la dignité humaine."
Autre passion, le journalisme. Editorialiste à L'Express, Jean-François Revel devient en 1978 directeur de l'hebdomadaire. Il le dirige pendant trois ans, signe d'innombrables articles, "connaissant à la virgule près le contenu du numéro à sortir", se rappelle l'homme de lettres Angelo Rinaldi. Cependant, Jean-François Revel démissionne de L'Express en 1981 pour marquer sa solidarité avec Olivier Todd, rédacteur en chef, licencié par Jimmy Goldsmith. Il entre ensuite au Point comme chroniqueur. En qualité d'éditorialiste, il collabore également à des stations de radio comme Europe 1 (1989-1992) et RTL (1995-1998). En juin 1997, Jean-François Revel est élu à l'Académie française au fauteuil d'Etienne Wolff.
La théorisation du "droit d'ingérence"
Marié en secondes noces à l'écrivain Claude Sarraute, fille de Nathalie Sarraute, il est le père de plusieurs enfants dont Matthieu Ricard, un bouddhiste avec lequel cet athée a dialogué dans un livre à succès, "Le Moine et le philosophe" (1997). Il est encore l'auteur de "La Grâce de l'État" (1981), "Le Rejet de l'État" (1984), "Le Terrorisme contre la démocratie" (1987) ou "Le Regain démocratique" (1992). On lui doit la théorisation du "droit d'ingérence" en 1979.
Jacques Chirac a salué dimanche en Jean-François revel "un gardien exigeant et vigilant de la démocratie". Dominique de Villepin a rendu hommage à la mémoire de "ce grand philosophe et écrivain, qui, à travers plus de 50 ans de journalisme et près de 30 livres, a marqué notre paysage intellectuel de son originalité, de son courage intellectuel, de son éclectisme et de son humour". Renaud Donnedieu de Vabres a salué pour sa part "une figure emblématique et indépendante de la pensée moderne".
Photo d'ouverture : L'académicien Jean-François Revel, photographié le 4 décembre 2003 dans la bibliothèque de l'Institut de France à Paris - AFP / JEAN-PIERRE MULLER
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