Les enquêteurs au travail en Guyane sur le lieu de la découverte des 14 corpsAu lendemain de la découverte des corps de quatorze personnes d'une même famille, dont douze enfants, dans l'ouest de la Guyane, l'enquête s'orientait samedi vers une intoxication au monoxyde de carbone, sans exclure formellement d'autres hypothèses. Plusieurs indices relevés par les enquêteurs accréditent une intoxication par ce gaz toxique et inodore, a indiqué la gendarmerie. Selon l'officier de communication de la gendarmerie de Guyane, le commandant Michel Pons, les gendarmes sur place ont été pris de nausées et de vomissements en progressant dans certaines pièces. En outre, deux jeunes enfants présentaient des saignements de nez, un symptôme caractéristique en cas d'inhalation de ce gaz.
Les quatorze corps ont été découverts vendredi par un voisin dans une maison de Loka, un lieu-dit de la commune de Papaïchton, dans l'ouest de la Guyane. Un groupe électrogène pourrait être à l'origine de l'intoxication. "Il semble que le groupe électrogène ait tourné toute la nuit et il n'y avait plus d'essence à l'intérieur", a expliqué un habitant de Maripa-Soula, ville située à une heure et demie de pirogue de Loka, qui s'est rendu sur les lieux du drame avant la gendarmerie. Il a également affirmé avoir vu le corps du père allongé au pied de son lit. Selon lui, deux enfants gisaient également à la porte, ayant apparemment tenté de sortir de la case.
Léon Bertrand attendu pour assister à l'inhumation des premières victimes
Une équipe de pompiers spécialistes des gaz toxiques devait être acheminée en hélicoptère sur les lieux, a indiqué la gendarmerie. Toutefois, selon le commandant Pons, d'autres hypothèses n'étaient pas écartées, comme une possible intoxication alimentaire. Les enquêteurs ont été en effet troublés par la présence d'une lampe-tempête qui serait restée allumée toute la nuit dans l'habitation, alors qu'elle aurait dû s'éteindre sous l'effet du gaz.
L'une des familles comprenait le père, Antoine Naïsso, 36 ans, un employé communal qui tenait une petite épicerie, et ses dix enfants. L'autre famille comprenait la mère, Suelen Anabi, et ses deux enfants. Suelen Anabi était la belle-soeur d'Antoine Naïsso. Selon un voisin, "il semblerait que les deux familles se soient réunies la veille pour un repas commun" en l'absence de la mère des dix enfants, Baka Acodio, qui venait d'accoucher à Cayenne. Deux des douze enfants étaient âgés de 14 et 16 ans. Le plus jeune des enfants d'Antoine Naïsso avait un an et demi. Trois des quatorze corps - deux des enfants et la femme - devaient être transportés samedi en hélicoptère à Cayenne pour une autopsie, a annoncé le commandant Pons, qui a souligné l'absence totale de traces de violences sur les corps et dans la maison. Les autres corps ont été remis à la famille.
Une cérémonie funéraire a débuté à Loka, dans la tradition des Bonis (descendants d'esclaves africains ayant fui le Surinam voisin au XVIIIè siècle), l'ethnie majoritaire dans cette région du fleuve Maroni. Léon Bertrand, ministre délégué au Tourisme et élu de Guyane, devait assister à Papaïchton à "l'inhumation des premières victimes", a annoncé son ministère. François Baroin, en déplacement en Guyane pour assister en compagnie de Nicolas Sarkozy, aux obsèques d'un gardien de la paix tué par balle lundi, s'est rendu vendredi sur place, où il a pris contact avec les différentes autorités. Le président Jacques Chirac a demandé "à être informé régulièrement des avancées de l'enquête", a indiqué l'Elysée.
Photo d'ouverture : les enquêteurs au travail en Guyane sur le lieu de la découverte des 14 corps - DR
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