© INTERNETrois policiers ont témoigné mercredi devant le tribunal correctionnel de Bobigny contre leurs anciens collègues du commissariat de Saint-Denis pour dénoncer des pratiques de rackets et des contrôles qui auraient progressivement dégénéré en abus sexuels courant 2003. Cinq gardiens de la paix âgés de 26 à 29 ans sont jugés jusqu'à jeudi pour "agressions sexuelles" et "vols" sur une dizaine de prostituées d'origine asiatique et d'Europe de l'Est. Ils sont également accusés, ainsi qu'un sixième policier, d'avoir dépouillé régulièrement des vendeurs à la sauvette.
"Le jeu, si je peux m'exprimer ainsi, était de prendre en flagrant délit les ébats amoureux et de les faire sortir (la prostituée et le client, ndlr). On faisait croire au client qu'il serait inscrit au fichier des pervers. Puis, on contrôlait la prostituée", a expliqué à la barre Fabien Picaud, gardien de la paix encore en poste à Saint-Denis, cité comme simple témoin. Les contrôles se déroulaient au "king", le parking de la Porte de la Chapelle, très fréquenté à l'époque par les prostituées, mais situé hors de leur compétence territoriale. Ce qui était un jeu au début a rapidement "dégénéré", selon Pascal Hourez, l'un des deux gardiens de la paix à l'origine de l'enquête de l'IGS (la police des police) qui a abouti à la suspension et à la mise en examen des six policiers en juin 2004.
"La prostituée ne voulait pas mais il l'a emmenée"
D'une voix faible, les mains crispées, Pascal Hourez a raconté les pratiques "contraires au code de la déontologie" dont il dit avoir été témoin : "Il y a eu des palpations sur les parties sexuelles d'une prostituée et puis un jour Courant (Sébastien Courant, ndlr) a dit à une prostituée: ou tu m'accordes tes faveurs ou je t'emmène au commissariat. La prostituée ne voulait pas mais il l'a emmenée dans la cage d'escalier".
Lors de l'instruction, Sébastien Courant, qui comparaît détenu, a avoué des relations sexuelles "consenties" avec une prostituée, comme son collègue David Berouty, également incarcéré depuis juin 2004. Son nom a été fréquemment cité mercredi par Pascal Hourez, comme par Nicolas Zaborowski, l'autre principal accusateur. "Il ne parlait que de ça, ne voulait aller que là", assure Zaborowski pour qui les visites au king se sont "intensifiées" quand Courant était chef de bord. "On y allait plusieurs fois lors de la même journée. Parfois, on y passait sept des huit heures de la vacation", poursuit-il. "Courant s'isolait avec une prostituée, puis revenait en sueur", se souvient Zaborowski, qui garde en mémoire "des bruits significatifs" et la vision d'une fellation.
Devant une présidente interloquée, le gardien de la paix a ensuite expliqué comment, de retour au commissariat, ils inscrivaient sur la main courante des déplacements fictifs pour justifier le temps passé en patrouille. Les témoignages des deux policiers ayant alerté l'IGS, ponctués d'innombrables "je ne sais plus", n'ont cependant pas toujours appuyé l'accusation, tant ils furent parfois flous et laborieux, notamment s'agissant des trois autres policiers soupçonnés d'agressions sexuelles, qu'ils ont toujours niées.
Tribunal de Bobigny. DR.
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