
"La gauche doit offrir une alternative". Tel est paradoxalement le titre de la tribune de Lionel Jospin à paraître dans Le Monde daté de samedi. Il n'y est pourtant question, dans sa majeure partie, que du gouvernement et du CPE. Au lendemain de l'intervention télévisée de Ségolène Royal sur TF1 et alors que la présidente de la Région Poitou-Charente fait la une de la presse magazine, l'ancien Premier ministre livre son analyse de la crise du CPE : " un projet mal conçu, mal conduit et qui pourrait être mal conclu".
Mal conçu parce que son "principe est l'arbitraire. Mal conduit, selon Lionel Jospin, parce que "le que le gouvernement s'est enfermé dans un double passage en force". "L'un, social, qui lui a fait exclure, au mépris d'une loi qu'il avait lui-même voulue, toute négociation ou consultation avec les syndicats. L'autre, politique, puisque, après avoir imposé le contrat nouvelles embauches (CNE) par ordonnance, l'exécutif a eu recours au 49-3 pour éteindre les critiques exprimées au Parlement à propos du CPE" ajoute Lionel Jospin.
Quant à la conclusion de la crise, il ne voit qu'une issue : "le pouvoir doit avoir la sagesse d'en finir franchement avec un projet sans avenir. Telle est sa responsabilité". Selon Lionel Jospin, "Comme projet, le CPE est déjà mort. Il l'est, naturellement, s'il est abrogé, comme le réclament les responsables du mouvement et comme le proposent les socialistes. Il le serait aussi, dans les faits, si la droite en altérait la substance en s'obstinant à en préserver le symbole".
Villepin "dessaisi"
Dans la gestion de la crise, Lionel Jospin s'en prend au pouvoir dans son ensemble. A Jacques Chirac qui "ajoute à la confusion", au Premier ministre "qu'on a dessaisi de son projet" et à Nicolas Sarkozy "qui met en scène sa prétendue prise des commandes et la majorité parlementaire qui a pour tâche incertaine de dénaturer le CPE."
L'ancien Premier ministre socialiste en appelle enfin à la gauche, "pas responsable de la politique du pouvoir" mais qui "l'a rendue possible". "Laissera-t-elle la droite se succéder à elle-même avec des conséquences plus dommageables encore pour le pays ? Il est temps d'apporter la réponse", demande Lionel Jospin. Il clôt sa tribune sur un appel au rassemblement : "Car à quoi servirait-il de dénoncer une politique, de soutenir les mouvements qui lui résistent, de réfléchir à des propositions différentes si la gauche ne se rassemblait pas pour offrir une alternative ?". Pas un mot en revanche sur l'identité de l'homme - ou de la femme - qui incarnerait ce rassemblement.
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