© TF1LCI.fr est allé à la rencontre de quelques jeunes réunis samedi au Forum des associations étudiantes. Ils sont tous engagés dans une action parallèlement à leurs études supérieures. Ils font tous partie des futurs diplômés bientôt confrontés à la recherche du premier emploi. Interrogés sur le conflit du CPE, ils livrent des réponses qui dessinent plusieurs jeunesses qui en réalité ne se comprennent pas.
Guillaume, 21 ans, étudiant à l'école vétérinaire d'Alfort
"Un manque d'écoute"
"Je suis peu ce mouvement, à cause d'un emploi du temps chargé. Dans mon école, cela ne bouge pas vraiment. Les gens en parlent même très peu, peut-être parce que nous sommes de futures professions libérales. C'est regrettable, il y a peu de politisation.
Cette crise, c'est un manque d'écoute des gens qui sont au-dessus de nous. Plutôt que de faire une réforme dans l'urgence, il aurait mieux valu prendre une année pour inventer un dispositif qui soit bien accueilli. Dans la méfiance, on ne construit rien. Pour prendre un exemple qui me concerne, la réforme du cursus vétérinaire en cours est particulièrement mal faite. On est passé de cinq à quatre années d'enseignement, ce qui empêche notre diplôme d'être reconnu sur le plan européen. Un comble !
Sans dialogue, le ministère de l'Agriculture a imposé un changement sur lequel il est d'ailleurs en train de revenir discrètement, compte tenu des effets négatifs. Si dans d'autres secteurs, les réformes se passent comme ça, je comprends alors les blocages."
Paul, 22 ans, école de commerce à Clermont-Ferrand
"Les lycéens sont manipulés"
J'en ai marre d'entendre des jeunes qui ne veulent pas se prendre en main. Ils ne souhaitent pas participer à l'effort collectif de la société. Le travail dans la vie, c'est fondamental. Et entendre des lycéens de 15 ou 16 ans qui rejettent cette valeur, ça m'inquiète. Ils sont manipulés, on leur ment. Parce que la France est riche, elle se paie le luxe d'avoir une partie de sa jeunesse qui attend qu'on la prenne par la main. Je ne leur en veux pas mais je crois que nous n'avons pas évolué depuis les années 50. Il fallait alors tout reconstruire, l'emploi était facile. Aujourd'hui, il faut s'adapter. Et que proposent les anti-CPE ? Rien. Pourquoi ne pas l'essayer ce nouveau contrat ? Quand je vais chercher mon premier boulot, mon employeur va me tester et je vais essayer de donner mon maximum. C'est la vie non ? De toutes façons, je ne sais pas si je vais rester en France, c'est mal parti.
Marguerite, 20 ans, Sciences-Po Paris
"Un effet de masse à un instant donné"
"J'ai du mal à comprendre l'ampleur de cette mobilisation pour un simple contrat, tant de choses laissent les gens indifférents... Je crois à un effet de masse à un instant donné. Mais sur le fond, je pense que l'éducation supérieure française n'est plus adaptée au monde du travail. Beaucoup de filières en fac (histoire, psycho, lettres) ne débouchent sur rien, et ça génère un malaise compréhensible.
Et puis les Français sont très attachés à leur modèle social et pas prêts à accepter le changement. Mais pour les étudiants étrangers que je cotoye, américains ou suisses notamment, c'est le CDI qui est un mystère. Sur certains points, la France n'échappera pas à des évolutions.
Je suis de gauche, je milite pour le commerce équitable mais j'aimerais une gauche française qui propose et qui ne se contente pas de critiquer. Peut-être lui manque-t-elle encore des notions comptables de base ? Pour distribuer des richesses, il faut en créer. Quant à la droite, sa répartition du gâteau se fait toujours au détriment des plus pauvres. Il faut avoir le courage de penser une redistribution moderne et juste d'un gâteau moins gros qu'avant. Et c'est la gauche qui devra assumer pragmatiquement ce temps des concessions".
Juliette, 21 ans, licence d'histoire à la Sorbonne
"Contre une vision économique de l'existence"
"Je participe au mouvement depuis le début. Je suis aussi membre d'une association de gauche anti-Sarko. En France, de génération en génération, il y a des gens qui se mobilisent pour faire comprendre aux autres qu'il y a des combats à mener. Ma mère s'est battue pour la légalisation de l'avortement et une sexualité libre, moi je me bats contre une réforme que je trouve inacceptable. Et à ceux qui me reprochent de ne pas proposer d'alternative, ce n'est pas mon rôle : je n'ai que 21 ans et ce n'est pas à moi de trouver des solutions mais aux partis politiques. Si les autres jeunesses du monde ne veulent pas se rebeller contre un système capitaliste injuste, c'est leur problème".
C'est vrai qu'en fac d'histoire, de philo ou lettres, on est plus mobilisés que les autres car on a étudié les grands mouvements sociaux et surtout, on n'a pas une vision économique de l'existence. On essaie d'expliquer notre action à ceux qui sont dans des filières " plus fric " mais ce n'est pas facile.
Nawal, 22 ans, licence de biologie à Paris
"Trop de bruit et d'exagération"
"Dans ce mouvement, il y a beaucoup trop de bruit et d'exagération. Avant de manifester, il faut prouver ce qu'on sait faire et préparer son avenir. Quand on est sérieux et que l'on fait bien son travail, l'employeur ne va pas vous licencier pour le plaisir.
Je comprends les craintes d'une partie de la jeunesse mais ces blocages n'apporteront rien. Dans le reste du monde, les gens travaillent plus que nous. Je crains que la France n'arrive à un stade de déresponsabilisation avancée. Il faudrait revenir à des valeurs comme le travail, le sérieux, le sens des responsabilités."
Elie, 22 ans, Sorbonne
"Les problèmes sont ailleurs"
"Je suis militant de l'UNEF et estime que le CPE ne permettra pas de résoudre les problèmes d'accès à l'emploi des jeunes. Les problèmes sont ailleurs. Il faut réadapter notre système d'enseignement car il y a des filières qui ne mènent nulle part. Il faut aussi réfléchir à la sécurité de l'emploi tout au long de la vie. Aujourd'hui, c'est certain que l'on n'aura pas le même job pendant 25 ans. C'est pour ça qu'il faut aider les salariés à avoir des espaces de formation pendant leur carrière professionnelle".
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