Propos d'une jeunesse étudiante fracturée

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 03 avril 2006 à 09h50 , mis à jour le 03 avril 2006 à 11h26

Des fac de lettres en pointe contre le CPE, des écoles de commerce qui passent à côté du mouvement, des étudiants aux doutes très divers... La crise actuelle met en évidence les inégalités de perspective des 18-25 ans.

manifestation lycéens jeunes © TF1

LCI.fr est allé à la rencontre de quelques jeunes réunis samedi au Forum des associations étudiantes. Ils sont tous engagés dans une action parallèlement à leurs études supérieures. Ils font tous partie des futurs diplômés bientôt confrontés à la recherche du premier emploi. Interrogés sur le conflit du CPE, ils livrent des réponses qui dessinent plusieurs jeunesses qui en réalité ne se comprennent pas.


Guillaume, 21 ans, étudiant à l'école vétérinaire d'Alfort

"Un manque d'écoute"

"Je suis peu ce mouvement, à cause d'un emploi du temps chargé. Dans mon école, cela ne bouge pas vraiment. Les gens en parlent même très peu, peut-être parce que nous sommes de futures professions libérales. C'est regrettable, il y a peu de politisation.

Cette crise, c'est un manque d'écoute des gens qui sont au-dessus de nous. Plutôt que de faire une réforme dans l'urgence, il aurait mieux valu prendre une année pour inventer un dispositif qui soit bien accueilli. Dans la méfiance, on ne construit rien. Pour prendre un exemple qui me concerne, la réforme du cursus vétérinaire en cours est particulièrement mal faite. On est passé de cinq à quatre années d'enseignement, ce qui empêche notre diplôme d'être reconnu sur le plan européen. Un comble !

Sans dialogue, le ministère de l'Agriculture a imposé un changement sur lequel il est d'ailleurs en train de revenir discrètement, compte tenu des effets négatifs. Si dans d'autres secteurs, les réformes se passent comme ça, je comprends alors les blocages."

Paul, 22 ans, école de commerce à Clermont-Ferrand

"Les lycéens sont manipulés"

J'en ai marre d'entendre des jeunes qui ne veulent pas se prendre en main. Ils ne souhaitent pas participer à l'effort collectif de la société. Le travail dans la vie, c'est fondamental. Et entendre des lycéens de 15 ou 16 ans qui rejettent cette valeur, ça m'inquiète. Ils sont manipulés, on leur ment. Parce que la France est riche, elle se paie le luxe d'avoir une partie de sa jeunesse qui attend qu'on la prenne par la main. Je ne leur en veux pas mais je crois que nous n'avons pas évolué depuis les années 50. Il fallait alors tout reconstruire, l'emploi était facile. Aujourd'hui, il faut s'adapter. Et que proposent les anti-CPE ? Rien. Pourquoi ne pas l'essayer ce nouveau contrat ? Quand je vais chercher mon premier boulot, mon employeur va me tester et je vais essayer de donner mon maximum. C'est la vie non ? De toutes façons, je ne sais pas si je vais rester en France, c'est mal parti.

Marguerite, 20 ans, Sciences-Po Paris

"Un effet de masse à un instant donné"

"J'ai du mal à comprendre l'ampleur de cette mobilisation pour un simple contrat, tant de choses laissent les gens indifférents... Je crois à un effet de masse à un instant donné. Mais sur le fond, je pense que l'éducation supérieure française n'est plus adaptée au monde du travail. Beaucoup de filières en fac (histoire, psycho, lettres) ne débouchent sur rien, et ça génère un malaise compréhensible.

Et puis les Français sont très attachés à leur modèle social et pas prêts à accepter le changement. Mais pour les étudiants étrangers que je cotoye, américains ou suisses notamment, c'est le CDI qui est un mystère. Sur certains points, la France n'échappera pas à des évolutions.

Je suis de gauche, je milite pour le commerce équitable mais j'aimerais une gauche française qui propose et qui ne se contente pas de critiquer. Peut-être lui manque-t-elle encore des notions comptables de base ? Pour distribuer des richesses, il faut en créer. Quant à la droite, sa répartition du gâteau se fait toujours au détriment des plus pauvres. Il faut avoir le courage de penser une redistribution moderne et juste d'un gâteau moins gros qu'avant. Et c'est la gauche qui devra assumer pragmatiquement ce temps des concessions".

Juliette, 21 ans, licence d'histoire à la Sorbonne

"Contre une vision économique de l'existence"

"Je participe au mouvement depuis le début. Je suis aussi membre d'une association de gauche anti-Sarko. En France, de génération en génération, il y a des gens qui se mobilisent pour faire comprendre aux autres qu'il y a des combats à mener. Ma mère s'est battue pour la légalisation de l'avortement et une sexualité libre, moi je me bats contre une réforme que je trouve inacceptable. Et à ceux qui me reprochent de ne pas proposer d'alternative, ce n'est pas mon rôle : je n'ai que 21 ans et ce n'est pas à moi de trouver des solutions mais aux partis politiques. Si les autres jeunesses du monde ne veulent pas se rebeller contre un système capitaliste injuste, c'est leur problème".

C'est vrai qu'en fac d'histoire, de philo ou lettres, on est plus mobilisés que les autres car on a étudié les grands mouvements sociaux et surtout, on n'a pas une vision économique de l'existence. On essaie d'expliquer notre action à ceux qui sont dans des filières " plus fric " mais ce n'est pas facile.

Nawal, 22 ans, licence de biologie à Paris

"Trop de bruit et d'exagération"

"Dans ce mouvement, il y a beaucoup trop de bruit et d'exagération. Avant de manifester, il faut prouver ce qu'on sait faire et préparer son avenir. Quand on est sérieux et que l'on fait bien son travail, l'employeur ne va pas vous licencier pour le plaisir.

Je comprends les craintes d'une partie de la jeunesse mais ces blocages n'apporteront rien. Dans le reste du monde, les gens travaillent plus que nous. Je crains que la France n'arrive à un stade de déresponsabilisation avancée. Il faudrait revenir à des valeurs comme le travail, le sérieux, le sens des responsabilités."

Elie, 22 ans, Sorbonne

"Les problèmes sont ailleurs"

"Je suis militant de l'UNEF et estime que le CPE ne permettra pas de résoudre les problèmes d'accès à l'emploi des jeunes. Les problèmes sont ailleurs. Il faut réadapter notre système d'enseignement car il y a des filières qui ne mènent nulle part. Il faut aussi réfléchir à la sécurité de l'emploi tout au long de la vie. Aujourd'hui, c'est certain que l'on n'aura pas le même job pendant 25 ans. C'est pour ça qu'il faut aider les salariés à avoir des espaces de formation pendant leur carrière professionnelle".

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 03 avril 2006 à 09:50
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33 Commentaires

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  • Rémy, le 03/04/2006 à 17h49

    Je dirais que les gens qui font histoire/lettre/psycho sont plus motivés à aller dans la rue, car ils ont choisi d'avoir un diplôme avec peu de débouché, plutôt que de dire "on a étudié les grands mouvements sociaux".

  • Carole, le 03/04/2006 à 17h43

    Je ne comprends pas comment un contrat tel que le CPE a pu et déchaine encore les foules. La manipulation des syndicats auprès des jeunes est flagrante et les media ont contribué à ce phénomène en forçant le trait. Le CPE n'est pas mauvais en soi et le gouvernement a le mérite de proposer un projet au moins. Ce que les manifestants ont gagné, c'est de retourner au point de départ. La France s'enfonce au niveau économique. Et nous, les jeunes, nous devrions etre ouverts à de tels projets. Le monde du travail en France est précaire, il ne faut pas se leurrer cependant, cela me fait peur quand je vois des gens qui ne sont pas prets à évoluer et à faire des efforts pour trouver un emploi

  • Juan, le 03/04/2006 à 17h03

    A Pépégégé de Reims : en Fac de Lettres et autant de fautes dans votre contribution ! J'ose espérer que l'enseignement de la Médecine, par exemple, est de meilleure qualité sinon c'est la catastrophe généralisée.

  • Précision, le 03/04/2006 à 16h50

    Petite précision utile pour Christophe de Stockholm: Le niveau des impôts (pour les gens qui en payent) est sensiblement le même en France qu'en Suède mais il y a une différence de taille entre ces deux pays, c'est que la qualité des services publics suédois a au moins le mérite d'être au niveau du prix que les suédois y consacrent. Il faut savoir qu'en Suède, il n'y a pas de statut de fonctionnaire (les services publics sont assurés par délégation à des entités privées); par conséquent les effectifs sont ajustés en permanence en fonction des besoins et il n'y a donc pas le gaspillage ahurissant d'argent public que l'on a en France. Il y a en Suède des syndicats qui s'avèrent donc sensiblement moins irresponsables et moins corporatistes que les syndicats français. En France, on paye énormément d'impôts (comme en Suède) mais pour des services publics inefficaces, sclérosés et non réformables à cause des revendications catégorielles des syndicats; il s'agit là d'une différence de taille...

  • Leo, le 03/04/2006 à 16h48

    Bonjour à tous, Voilà mon problème : j'ai envie de monter une boite, j'ai plein d'idées, ça va être GENIAL ! Mais, je ne suis pas sûr du lendemain, donc, je ne trouve personne..... Qui a envie de bosser avec moi ? De tenter le coup ? D'apprendre, de partager ? Si ça marche , imaginez un peu !!! MAIS POUR CELA IL FAUT EN VOULOIR ! Merci de me répondre !

  • Terry, le 03/04/2006 à 16h44

    Je trouve les propos de Juliette des plus affligeants. "Et à ceux qui me reprochent de ne pas proposer d'alternative, ce n'est pas mon rôle : je n'ai que 21 ans et ce n'est pas à moi de trouver des solutions mais aux partis politiques." Visiblement en fac d'histoire on n'apprend pas aux etudiants a penser par eux memes. Elle prefere sans doute suivre aveuglement le mouvement de gauche dont elle fait partie. Elle parle des fillieres "fric", et on comprend alors que ce sont les memes qui refusent d'apporter des ingredients au gateau, qui denigrent ceux qui cuisent le gateau, qui reclament une plus grande part du gateau, et qui prennent de haut ceux qui ont une vision realiste de la cuisine economique !

  • Alain, le 03/04/2006 à 16h14

    Je suis contente pour que ns laissions un espace sur ce forum et, uniquement pour nos jeunes. Je dis simplement à nos jeunes, du travail il y en à, le problème est uniquement les actionnaires des entreprises, ils tirent sur tous les budgets, y compris les investissements ‘’ils sont malins’’ ils ferment tous les budgets, (ils veulent plus d’argent pour eux) Alors quant il s’agit d’embaucher.. Vous les jeunes ne perdez pas confiance et, ne regardez pas le problème CPE, avec vos idées pour ou contre ; Regarder les structures des l’entreprises car l’arbre cache souvent la forêt ; et, les Actionnaires des entreprises sont très souvent les responsables et , de la sorte vous pourrez vous rendre compte comment fonctionne les entreprises. Et le (les) gouvernement(s) le savent bien..mais là il ne disent rien.. (ils sont identiques) Merci de me publier. AB

  • Mat, le 03/04/2006 à 16h09

    Très bon article ... pour une fois ;) ... je suis quand même heureux de voir que tous les étudiants ne passent pas leurs temps à crier des slogans bidons dans les rues et à bloquer les Honnêtes Travailleurs (vous savez ceux qui ramènent de la richesse dans ce pays en crise). Allez bonne journée de TRAVAIL à tous. Enfin pour ceux qui le veulent bien sur.

  • Facs, le 03/04/2006 à 15h55

    Bien sûr qu'il y a un décalage et même une rupture entre les universités, les Facs et les écoles de commerce. Les premières servent de refuge aux "idéologues" et "nostalgiques" complètement dépassés par les enjeux économiques et sociaux du Monde actuel, les secondes de tremplin vers le monde économique et les entreprises. Il est temps de libérer les facs du joug des syndicats et les ouvrir plus au monde de l'entreprise... les gouvernements portent une lourde responsabilité dans le financement des universités...qui est réduit à sa plus simple expression. Quand on regarde ce qui se passe outre manche et outre atlantique, ca fait pâlir...

  • Domagalski, le 03/04/2006 à 15h38

    Ca suffit maintenant de voir des jeunes de 22 ans avec du lait au bout de leur nez se permettent de bloquer l'economie, d'empecher les autres de suivre des etudes et de travailler et surtout ca suffit de les laisser s'exprimer sur l'avenir d'un pays devant des hommes politiques , des professionnels de l'economie et autres alors qu' leur age on n'a certainement pas ni la maturité, ni le recul necessaire pour discuter autour d'une table qui plus es avec des ministres sur l'avenir de la France !!! Excusez du peu ! Qu'ils retournent a l'ecole et qu'ils laissent ravailler les grandes personnes....

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