Les remous de l'affaire Clearstream

le 28 avril 2006 à 20h33 , mis à jour le 28 avril 2006 à 22h50

Jean-Marc Ayrault réclame une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Clearstream. L'affaire fait aussi des vagues chez les magistrats, avec des échanges de propos acides entre le Premier président de la cour d'appel de Paris et le parquet de Paris à propos des magistrats instructeurs chargés du dossier.

[Expiré] [Expiré] Le siège de Clearstream au Luxembourg © AFP / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale Jean-Marc Ayrault a demandé vendredi à l'Assemblée nationale de constituer une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Clearstream. Pour lui, il s'agit désormais d'une "affaire d'Etat. Les suspicions et les règlements de compte auxquelles elle donne lieu au sein des plus hautes instances de l'Etat sont la confirmation de la crise de régime qui affecte nos institutions". Et s'il "appartient à la justice de découvrir les auteurs et les causes de ce qui apparaît de plus en plus comme une vaste opération de manipulation", le président du groupe socialiste à l'Assemblée juge qu'il "revient au Parlement de faire toute la lumière sur le fonctionnement de l'appareil de l'Etat dans cette affaire et d'établir d'éventuelles responsabilités politiques".

Plus tôt, Julien Dray, porte-parole du PS, avait employé presque les même termes en estimant que l'enquête judiciaire sur l'affaire Clearstream prenait "la dimension d'une affaire d'Etat". Sur LCI, le Premier secrétaire du PS, François Hollande, a dénoncé un parti "qui transporte ses conflits au sein même de l'Etat et de ses services". Henri Emmanuelli, membre de la Commission des Finances, a estimé que "la situation ne peut rester en l'état" et que "le crédit de la France est gravement atteint". Et pour le député PS de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg, "l'équipe de l'UMP n'a aucune légitimité pour rester au pouvoir", même s'il a refusé de se prononcer sur l'opportunité d'élections anticipées. "La Vème République pourrit par la tête", a-t-il ajouté.

"Laisser les juges travailler dans la sérénité"

Pour sa part, la Ligue communiste révolutionnaire a appelé vendredi à "un changement de régime" et au départ des "gouvernants discrédités" après les nouvelles révélations sur l'affaire. "La Ve République est née d'un coup d'Etat, elle se disloque à présent dans un climat de scandales de corruption et de coups tordus en série", a affirmé le parti d'Olivier Besancenot dans un communiqué. Mais "rien n'est prouvé, et une enquête est en cours", a mis en garde Philippe Douste-Blazy interrogé à plusieurs reprises sur cette affaire lors de l'émission "Franc Parler" d'I-TELE, France Inter, Le Point. "Ce n'est pas parce qu'il y a une enquête, qu'il y a des menteurs, des coupables et une crise de l'Etat".

Largement commentée dans la sphère politique, l'affaire suscite aussi des remous... au sein des magistrats. Le Premier président de la cour d'appel de Paris Renaud Chazal de Mauriac a ainsi estimé vendredi impératif "de laisser les juges travailler dans la sérénité", regrettant "l'attaque publique" visant les juges d'instruction de l'affaire Clearstream de la part du parquet de Paris. En réponse, le procureur de la République Jean-Claude Marin s'est étonné vendredi après-midi dans un communiqué "de se voir imputer une 'attaque publique' des magistrats instructeurs chargés de l'affaire Clearstream, à propos d'un courrier interne qui n'a fait l'objet d'aucune publicité de sa part" et dont "il a déploré la médiatisation".

Dans un courrier adressé le 6 avril au président du tribunal de grande instance de Paris Jean-Claude Magendie et au procureur général Yves Bot, Jean-Claude Marin s'était plaint de l'attitude des juges Henri Pons et Jean-Marie d'Huy qui instruisent le dossier du "corbeau" de Clearstream. Dans ce courrier rendu public par Le Figaro, le procureur estimait que les conditions dans lesquelles se sont déroulées certaines perquisitions ces dernières semaines témoignaient "d'un mépris ou d'un manque de considération du ministère public".

Photo d'ouverture : le siège de Clearstream au Luxembourg - AFP / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

le 28 avril 2006 à 20:33
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