Clearstream : François Bayrou au 20 heures de TF1Retrouvez l'intégralité de l'interview de François Bayrou au 20 heures
Dominique de Villepin va affronter mardi à l'Assemblée nationale, sur fond d'affaire Clearstream, une nouvelle motion de censure socialiste - la troisième déposée contre le gouvernement depuis l'arrivée de l'actuel Premier ministre à Matignon. Illustrant le profond malaise généré à droite par cette crise, François Bayrou a appelé dimanche soir, sur le plateau du 20 heures de TF1, le groupe UDF à voter cette motion.
"J'ai décidé de voter la motion de censure", a-t-il déclaré, "parce qu'il y a une question qui se pose à tous ceux qui nous écoutent et qui est celle-ci : est-ce que ça peut durer encore un an comme ça ? Ce qui ne peut pas durer, c'est, au sein du gouvernement, ce noeud de haine que l'on voit entre les principaux responsables de l'Etat et la mise au service de cette haine de ce que l'Etat a de plus sensible, les services secrets. Les Français qui entendent ça, ils disent : bien entendu, ça ne peut pas durer. La question c'est, qui peut l'arrêter ? Qui peut faire que cette déliquescence, cet effondrement de l'Etat cesse? Dans la République française, il y a deux autorités qui peuvent faire que cela cesse. La première, c'est le président de la République, et la deuxième, c'est l'Assemblée nationale. Ce sont donc les députés qui peuvent, en leur âme et conscience, interrompre cette déliquescence".
L'appel sera-t-il entendu au sein de l'UDF ?
Il s'agit là d'une décision historique sans précédent qui consacre la fracture au sein de la droite et illustre la profondeur de la crise politique. Même si la censure n'a de toute façon aucune chance de passer, l'UMP détenant la majorité absolue avec 354 élus et 10 apparentés sur un total de 577 députés. Et même si - le président de l'UDF l'a reconnu - tous les membres de son groupe ne seront pas forcément sensibles à son appel. "C'est difficile, vous le savez bien, a-t-il admis. Il y a le poids de l'histoire. Je souhaite que le groupe UDF le fasse. En tout cas, ses membres ont montré leur solidarité au cours des derniers jours."
Cet appel à voter la censure place-t-il désormais l'UDF parmi l'opposition ? "C'est un acte d'opposant au déclin de la France", a seulement concédé François Bayrou. Citant le cas des Français vivant à l'étranger, il a évoqué leur "honte" de cette affaire exposée dans les médias internationaux. "Cette honte, nous ne voulons pas qu'elle devienne une habitude. Nous voulons mettre fin à cette déchéance. Il y a un moyen simple, c'est que chacun prenne ses responsabilités, et que tout le monde mardi vote" la motion de censure.
Lundi matin sur France Inter, le président du groupe PS Jean-Marc Ayrault a jugé logique la décision de François Bayrou. "C'est une clarification qui me paraissait nécessaire puisque ça fait déjà un bon moment que l'UDF critique très fortement les moeurs politiques de ce gouvernement, qui font du tort à la France", a-t-il déclaré.
Avant cet appel du président de l'UDF, François Hollande avait déjà engagé tous les députés, au-delà des groupes ayant soutenu la motion de censure, à la voter, assurant que "tous ceux qui voteront serviront les intérêts du pays". Co-signée par le PRG, la motion de censure sera défendue mardi par le premier secrétaire du PS et soutenue par les communistes et les Verts - ainsi que par les élus UDF qui auront suivi l'appel de François Bayrou. "Notre pays traverse l'une des plus graves crises politiques de la Ve République", déclarent les députés socialistes dans le texte de la motion. "Le divorce entre le pouvoir et les Français est consommé avec l'implication de l'exécutif dans la ténébreuse affaire Clearstream. Comment une telle équipe peut-elle continuer à travailler pour le pays dans ce climat délétère, alors que les causes de ce délabrement se situent en son sein même ?"
Hervé Morin votera la censure... pas François Sauvadet Le président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, Hervé Morin, a indiqué lundi que, comme François Bayrou, il voterait mardi la motion de censure déposée par les députés socialistes. "Globalement, j'ai le sentiment qu'une bonne partie du groupe (ndlr, 30 députés) votera la censure", a déclaré Hervé Morin dans un entretien au Parisien/Aujourd'hui en France. Selon le chef de file des députés UDF, il ne s'agit pas de voter "pour ou contre le PS ou l'UMP", mais "contre des comportements politiques inacceptables". Les députés UDF "ne sont pas avec les socialistes ou les communistes", ils sont "dans l'opposition à une politique qui, depuis quatre ans, conduit à l'affaiblissement de la France". La moitié des députés UDF (15) pourraient voter cette motion de censure.
En revanche, le porte-parole de l'UDF François Sauvadet a indiqué qu'il ne voterait pas la motion de censure "avec ceux que je tiens pour co-responsables de la situation de la France".
Photo d'ouverture : François Bayrou au 20 heures de TF1 - archives
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