Clearstream : Michèle Alliot-Marie lors des questions au gouvernementUne nouvelle fois, l'affaire Clearstream a largement pesé, mardi à l'Assemblée, sur la séance des questions au gouvernement. Principale visée par les questions du groupe socialiste : Michèle Alliot-Marie. A deux reprises et dans les mêmes termes, la ministre de la Défense a été appelée à fournir des explications sur le rôle de son ministère dans ce dossier.
Par le député du Tarn Paul Quilès tout d'abord. "Je voudrais savoir si votre conseiller (ndlr : le général Rondot) a entrepris des actions visant des personnalités politiques sans vous en avertir, et si c'est le cas, à la demande de qui ? Comment la DGSE, qui est sous votre autorité, a-t-il pu être impliquée dans cette affaire ? Un service important de l'Etat a-t-il été mis au service d'une ambition personnelle et carriériste ?" (...) Dernière question : "Pourquoi la commission consultative du secret-défense n'a-t-elle pas été saisie de la demande du juge chargé de l'affaire, de levée du secret défense sur les listings informatiques saisis au siège d'EADS ?"
A cette première volée de questions la ministre de la Défense n' a pas répondu, laissant son collègue de la Justice Pascal Clément s'en charger, sous un tollé de protestations des parlementaires socialistes. "Imaginez une seconde qu'un membre du gouvernement réponde aux questions que vous posez... Qu'est-ce qu'il resterait du secret instruction ?
"Le général Rondot a reçu des instructions. Bien entendu, de moi"
Mais quelques minutes plus tard, Eric Besson, renonçant à poser sa propre question, reprenait mot pour mot celles posées par Paul Quilès, lançant à Michèle Alliot-Marie : "nous ne comprenons pas votre silence !". La ministre s'est alors levée : "Il n'y a aucune raison pour que je ne réponde pas dans le domaine de mes compétences et en respectant le secret de l'instruction", a-t-elle lancé. Le ton est sec, les traits du visage tendus. "Nous sommes tenus par des textes et je tiens, comme ministre, et comme juriste, à ce que les règles de fonctionnement de l'Etat soient respectées", enchaîne-t-elle.
"C'est ce qui vous expliquera que, lorsque nous avons été saisis d'un listing comprenant le nom de personnes du ministère de la Défense, sur proposition du général Rondot, une enquête a été menée. Bien entendu strictement dans le domaine de notre compétence, qui est celui soit des actions menées à l'extérieur du territoire national, soit des personnels du ministère de la Défense. Le général Rondot a reçu des instructions en ce sens. Bien entendu, des instructions de moi."
"Préoccupations de carrière" de certains
Concernant la commission consultative du secret-défense (CCSDN) : "si elle n'a pas été saisie d'un certain nombre de demandes, c'est uniquement parce que, à ce jour, les demandes précises ne m'ont pas été transmises (par les juges, ndlr) ainsi que le prévoit la procédure", a expliqué Michèle Alliot-Marie sous les applaudissements nourris des parlementaires UMP.
Enfin, sans citer de noms, la ministre de la Défense a dénoncé les "ambitions personnelles" et les "préoccupations de carrière" de certains dans l'affaire Clearstream.
Déclassification de documents : explications Le secrétaire général de la CCSDN, Joël Tixier, a indiqué mardi que la commission n'avait pas encore étudié le dossier car elle n'avait reçu, à ce jour, "aucune saisine de l'autorité compétente administrative". Les juges ont adressé au ministre de la Défense une demande aux fins de déclassification des informations contenues dans le disque dur saisi au siège d'EADS. Par courrier en date du 3 août, Michèle Alliot-Marie a demandé aux juges de préciser les pièces contenues dans ce disque. "En effet, le ministre de la Défense n'est habilité à déclassifier que les documents relevant du secret de la Défense nationale, et classifiés par ses services, à l'exclusion de tout autre", a fait valoir le ministère. Michèle Alliot-Marie ne peut donc demander de lever le secret défense pour l'ensemble des documents. Il appartient aux juges de saisir les ministères compétents en fonction des documents répertoriés (Défense, Intérieur, Industrie...), a expliqué Joël Tixier.
Photo : Michèle Alliot-Marie lors des questions au gouvernement - DR
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