© INTERNE"Je trouve inadmissible qu'à 19 km de la tour de contrôle (de l'aéroport de Strasbourg), on mette quatre heures et demie à nous trouver. Il me paraît aberrant que ces civils et des journalistes localisent l'épave de l'avion avant les secours." Nicolas Skourias est l'un des neuf survivants de la catastrophe aérienne de Mont Saint-Odile qui a fait 87 morts le 20 janvier 1992, en Alsace.
Crash du Mont Sainte-Odile : "20 ans après, rien n'a changé"
INTERVIEW - Il y a 20 ans, jour pour jour, 87 personnes périssaient dans le crash du Mont Saint-Odile. Les recours judiciaires sont désormais épuisés. Le président de l'association des familles de victimes regrette qu'aucune leçon n'ait été tirée, notamment concernant le traitement à leur égard.
Publié le 20/01/2012
Invité à s'exprimer vendredi lors du procès de six responsables présumés du crash, Nicolas Skourias et les autres rescapés ont mis en cause la lenteur des secours, en racontant leurs traumatismes devant le tribunal correctionnel de Colmar.
Des "zones d'ombres"
"Le ciel est devenu un véritable cauchemar", a expliqué Laurence Bonnetaud, grièvement blessée et qui a dû subir "des mois de rééducation." Evacuée à dos d'homme, après avoir attendu les secours, sans couverture par moins 10 degrés, Laurence Bonnetaud a raconté avoir "ensuite attendu deux heures dans une camionnette non équipée: Je ne peux pas admettre que ce soit normal au XXe siècle".
"Sept ans de thérapie, dix ans de béquilles: toutes les souffrances quotidiennes, je veux qu'elles soient justifiées", a dit Claude Cohana, qui bien que grièvement blessée, a lutté avec succès pendant cinq heures contre le froid pour garder en vie sa fille de 13 mois.
Pierre Lota, qui, très légèrement blessé, avait emmené par la main le petit Romain, 8 ans, hors de l'épave, se souvient avoir "entendu des cris 'à l'aide'. Je pense que cela a duré longtemps et que si les secours étaient arrivés plus tôt, il y aurait eu des vies sauvées".
Cette question fait partie des "zones d'ombres" que 14 ans d'instruction n'auront pas permis d'éclairer, déplore Jean-Noël Chatre, qui a passé plusieurs heures, les chevilles fracturées, à proximité de l'épave. "J'aurais voulu savoir qui était cet homme qui s'est démené comme un beau diable pour essayer pendant deux heures de se dégager d'un tronc, s'il était possible de le sauver". "J'ai la conviction qu'une partie de la vérité va nous échapper", conclut-il, tandis que Laurence Bonnetaud confie avoir "des doutes sur la façon dont l'instruction a été menée".
Procédure pour faute contre l'Etat
"Parmi les prévenus, il manque certaines personnes : celles qui ont organisé les secours", assène Nicolas Skourias. Seul un contrôleur aérien et cinq anciens cadres de l'Aviation civile, d'Air Inter et d'Airbus Industrie comparaissent à Colmar. Ils encourent deux ans de prison et 4.573 euros d'amende pour "homicides et blessures involontaires".
Danièle Stadler, forte d'une expertise qui a conclu que son mari Lucien aurait pu être sauvé s'il avait reçu des soins appropriés dans les deux heures ayant suivi l'accident, a d'ailleurs entrepris de son côté une procédure pour faute contre l'Etat, a indiqué vendredi son avocat Me Claude Behr.
Les rescapés ont également brocardé le "manque de considération d'Air Inter ou d'Air France" à leur égard, à l'instar de Laurence Bonnetaud qui n'a pas même bénéficié du "moindre geste commercial" de ces compagnies à la suite du crash. Dans la "grande famille de l'aéronautique, nous sommes le secret que cette famille voudrait oublier", a-t-elle estimé, précisant qu'elle n'était pas répertoriée en tant que rescapée de catastrophe aérienne dans les fichiers d'Air France. "J'espère, ajoute-t-elle en référence à l'issue du procès, que la montagne n'accouchera pas d'une souris. Ce serait l'affront le plus indélébile fait aux victimes et aux familles". (D'après AFP)
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