
LCI.fr : Quelles conclusions tirez-vous du bulletin de l'Observatoire national de la délinquance sur les étrangers mis en cause pour des crimes et délits ?
Alain Bauer : Sur ce sujet, les chiffres montrent un contraste entre les idées reçues et la réalité. Certes, les étrangers sont plus représentés dans la criminalité nationale que leur part dans la population mais cette différence et les préjugés s'expliquent par des éléments qui biaisent les résultats :
- il y a un délit qu'ils sont les seuls à pouvoir commettre, c'est celui de l'atteinte à la police des étrangers. Ce n'est pas un crime en tant que tel même si c'est illégal d'être présent sans papiers sur le sol français.
- l'essentiel de leur criminalité est une " criminalité de subsistance ": vols à l'étalage, vols à la tire, etc..
- plus les actes de violence sont graves, moins les étrangers en sont responsables.
On constate donc que la criminalité des étrangers en France est une petite et une moyenne criminalité. Cette criminalité est due essentiellement à leur présence illégale et donc difficile dans l'hexagone. Plus le crime est grave et violent et moins les étrangers sont en cause. C'est l'inverse de ce que l'on imagine dans nos fantasmes collectifs.
LCI.fr : Quelle est l'évolution de la part des étrangers impliqués dans les atteintes aux biens et aux personnes depuis quelques années ?
A.B : Depuis quatre ans, elle est dans une phase de baisse relativement prononcée alors qu'au niveau national, les faits de délinquance augmentent pour les nationaux. On est dans une phase extrêmement contradictoire. On aurait pu imaginer que les faits délictueux augmenteraient de la même manière pour les uns et pour les autres. Or c'est l'inverse qui se produit.
LCI.fr : Comment expliquez-vous cette diminution ?
A.B : On peut émettre plusieurs hypothèses. Tout d'abord, cette baisse est due à l'action très déterminée de la police contre l'immigration illégale. Elle a entraîné de facto une baisse de la criminalité de cette population. Par ailleurs, il y a peut-être eu l'effet durant ces dernières années de certains dispositifs d'intégration, avec la régularisation d'un certain nombre d'étrangers en situation irrégulière. C'est le résultat d'une politique à la fois souple et répressive. Troisième élément, une action plus efficace de la police a dissuadé certains étrangers de commettre des délits, par peur d'être expulsé.
LCI.fr : Vous voyez donc dans ces résultats encourageants un certain succès de l'intégration ?
A.B : Je n'émets là qu'une hypothèse. En réalité, l'outil qui permettra d'affiner ces analyses ne verra le jour que l'année prochaine. Il permettra d'identifier enfin les actes, les lieux des délits et les statuts des victimes. Actuellement, l'on n'a que les auteurs et le lieu où le crime a été enregistré par la police.
Ce nouvel outil s'inscrit dans une démarche qui consiste à savoir ce qui s'est passé, où le fait délictueux s'est passé, qui a été l'auteur et qui a été la victime. On connaîtra aussi le domicile de l'auteur du délit par rapport au lieu de commission du délit. Cela permettra notamment de visualiser de manière géographique ou dynamique la réalité des flux criminels. D'où viennent les auteurs des délits dans les centres urbains ? Quels sont les liens en le centre et la périphérie ? L'outil permettra également de mesurer la violence entre étrangers (phénomène de rackets, etc..). Cela permettra de relativiser l'idée selon laquelle les étrangers s'en prennent aux Français comme des "barbares".
LCI.fr : La régularisation massive des immigrés clandestins peut-elle faire baisser la criminalité des étrangers ?
A.B : En tout cas, cela aurait une influence automatique sur les statistiques : les infractions à la police des étrangers (76 900 faits constatés en 2005 et 83 000 infractions aux conditions générales d'entrée et de séjour des étrangers) seraient par définition en nette diminution.
Mais au-delà de cette question, le débat est moins sur la régularisation des étrangers que sur le modèle d'intégration à choisir. Or, l'on voit peu de différences entre le concept d'immigration choisie défendue par le gouvernement et celui des quotas défendu par le principal parti d'opposition (ndlr : le PS).
En réalité, ce n'est pas l'intégration qui ne marche pas en France mais bien une population particulière qui pose problème : les jeunes mâles sans emploi, quelque soit leur origine ethnique, cultuelle ou autres. Sans surprise, ces derniers sont généralement plus expressifs et violentsd que les vieilles dames. Ce qu'on écrivait il y a 100 ans sur les jeunes Irlandais à New-York, il y a 50 ans sur les Polonais du nord de la France ou il y a 40 ans sur les Espagnols et les Portugais du sud-ouest s'applique aujourd'hui aux jeunes Maghrébins.
Il n'y a pas de difficulté particulière avec cette population. C'est simplement un problème démographique (surreprésentation des jeunes hommes) et un problème technique (difficulté à trouver un emploi ou avoir des loisirs). La difficulté n'est pas ethnographique mais démographique, comme lors de toutes les grandes vagues d'immigration dans l'histoire.
| Violences et vols en 2005 : 86% de Français et 14% d'étrangers |
En 2005, 86% des personnes mises en cause pour des violences aux personnes et atteintes aux biens étaient des Français et 14% des étrangers, selon la dernière étude de l'Observatoire national de la délinquance (OND). La part des étrangers impliqués apparaît globalement stable depuis dix ans.Sur un ensemble de 515.213 personnes mises en cause en 2005 pour crimes et délits d'atteintes aux biens et/ou aux personnes, 71.625 étaient de nationalité étrangère, soit 13,90%, précise l'OND. En 1996, sur 423.567 personnes mises en cause pour les mêmes faits, 57.352 étaient des ressortissants étrangers, soit 13,54%. L'an dernier, la part des étrangers impliqués a été de 14,22% en matière d'atteintes aux personnes et de 13,71% pour atteintes aux biens. L'Observatoire décline la part des étrangers impliqués, catégorie de faits par catégorie. Ainsi, en matière d'atteintes aux personnes (hors vols avec violences, comptabilisés dans l'agrégat des atteintes aux biens), c'est dans le domaine des violences gratuites que les étrangers sont le plus impliqués : 14,68%, tandis qu'ils ne représentent que 11,74% des mis en cause pour violences sexuelles |
Photo (LCI) : Alain Bauer
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