L'abbé Dufour (TF1/LCI) © TF1/LCILe vicaire épiscopal de Savoie et curé de Saint-Jean-de-Maurienne, Pierre Dufour, poursuivi pour "viols et agressions sexuelles", a été reconnu coupable et condamné vendredi à quinze ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Chambéry.
Après trois heures de délibéré, les jurés ont suivi exactement le réquisitoire de l'avocat général, Jacqueline Dufournet, qui leur avait demandé d'assortir la peine de prison d'une mesure de sûreté des deux tiers car, chez Pierre Dufour, "le risque de récidive est total et il n'y a aucune possibilité d'amendement", avait-elle affirmé, reprenant les dires des experts. "C'est un immense soulagement de le voir déclaré coupable", a réagi Me Cathy Richard, avocate de deux parties civiles. L'avocat du curé, Me Daniel Cataldi, a déclaré que son client ne ferait pas appel.
"Dégoût, nausée et malaise"
En fin d'après-midi, le prêtre, qui n'avait jusqu'alors pas exprimé de remords, s'était levé et, parlant d'une "évolution" chez lui pendant le procès, avait déclaré d'une voix ferme et posée: "Aujourd'hui, je reconnais en toute conscience le mal que j'ai pu faire".
Pierre Dufour, âgé de 71 ans, comparaissait depuis lundi pour avoir violé ou fait subir des attouchements sexuels pendant des années à au moins une dizaine de jeunes adultes, dont cinq d'entre eux s'étaient portés parties civiles.
"Nous n'oublierons pas ces débats durant lesquels nous avons oscillé entre émotion extrême, colère, indignation, dégoût, nausée et malaise, face à un accusé qui ne sait pas ce que le mot compassion veut dire", a souligné Mme Dufournet.
"Trop, c'est trop"
Egrenant, à partir de 1961, année durant laquelle Pierre Dufour est ordonné prêtre, les noms des enfants victimes d'attouchements du curé et lisant leurs auditions, l'avocat général finissait par lâcher: "Trop, c'est trop". "Depuis qu'il est prêtre, Pierre Dufour n'a pas cessé de tripoter des gamins, puis de s'attaquer à des adultes", assénait Mme Dufournet. Les faits survenus dans les années 1960 étant prescrits, la cour s'était penchée depuis mardi sur ces amours homosexuelles, à partir de 1993.
Pierre Dufour, un curé "qui confond le goupillon et le godemiché" selon Me Michel Jugnet, avocat des parties civiles, savait choisir ses "proies": un SDF, un toxicomane, un séminariste... Le problème de l'argent, indissociable, semblait-il, des "sentiments" que le prêtre disait ressentir envers ces jeunes hommes qu'il hébergeait parfois chez lui, a été largement évoqué dans les plaidoiries.
Pour la défense, cette aide financière qu'apportait parfois Pierre Dufour à ses victimes, avec qui il échangeait des mails ou des coups de téléphone sur le mode de la relation exclusive, pouvait apporter le doute sur le degré de consentement existant chez les victimes. "Le doute doit profiter à l'accusé", a affirmé Me Daniel Cataldi, en demandant aux jurés de prendre en considération l'âge de son client. "S'il leur donnait de l'argent, ce n'était pas pour les aider, c'était pour les salir", a expliqué quant à elle Me Cathy Richard.
(Image LCI : l'abbé Dufour à la sortie du procès)
Retour MYTF1
Chargement en cours...





