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"L'Eglise ne veut pas prendre le risque de créer de réactions fanatiques"

Edité par
le 15 mai 2006 à 16h00
Temps de lecture
4min
Frédéric Lenoir Monde des Religions DR

Crédits : DR question d'actu LCI

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SociétéPourquoi le livre de Dan Brown, qui met à mal l'institution éclésiale, rencontre-t-il un tel succès ? D'où vient cette crise de confiance dans les autorités religieuses ? Pourquoi l'Eglise réagit-elle plutôt modérément ? Les réponses sur LCI.Fr de Frédéric Lenoir, directeur du Monde des Religions et co-auteur de "Code da Vinci : l'enquête".

Frédéric Lenoir est philosophe et directeur du Monde des Religions. Il est co-auteur, avec Marie-France Etchegoin de "Code da Vinci : l'enquête", chez Robert Laffont, vendu à 200 000 exemplaires, auxquels il faut ajouter 100 000 exemplaires au format Poche.  

LCI.fr : Comment expliquer un tel engouement pour ce roman historico-ésotérique ?
Frédéric Lenoir : Je pense que c'est parce que le livre de Dan Brown touche à l'origine du christianisme, et que ce sujet intéresse énormément de gens dans les sociétés occidentales. En effet, nos sociétés sont de plus en plus sécularisées, la religion a de moins en moins d'importance sur la place publique, les gens désertent les Eglises, on ne croit plus à son discours, ni à celui du Vatican... Il y a une sorte de crise de confiance dans les autorités religieuses et même plus généralement dans les institutions quelles qu'elles soient.

En même temps, une majorité de ces gens reste attachée à la culture chrétienne, aux valeurs du christianisme. Ainsi, même s'ils ne sont pas pratiquants, ils s'intéressent à tout ce qui parle de Jésus.

LCI.fr : A quoi est due, selon vous, cette crise de confiance ? 
F.L. : D'abord cette crise ne date pas d'aujourd'hui, mais de l'époque des Lumières. Voltaire fut le premier à dire que les Evangiles étaient merveilleux mais que l'Eglise était l'infâme. Mais ce qui se passe, c'est que plus l'histoire avance, plus l'Eglise est déphasée par rapport aux évolutions de la société, sur des questions comme la sexualité ou la place de la femme. Ce décalage la rend encore plus inaudible. Elle n'apparaît plus crédible. Je mets toutefois un bémol : on assiste depuis une dizaine d'années à un regain d'intérêt pour l'Eglise grâce à Jean Paul II qui fut un pape exceptionnel. Il a réussi à re-fidéliser un certain nombre de chrétiens partis en déshérence.

LCI.fr : La sortie en salle de "La dernière tentation du Christ", en 1988, avait suscité une réaction de l'Eglise beaucoup plus vive qu'aujourd'hui avec le "Da Vinci Code". Pourquoi ?
F.L. : L'église catholique a vécu un petit traumatisme avec le film de Scorsese, dans lequel on voyait une scène ou Jésus faisait l'amour à Marie-Madeleine. Elle avait alors réagi très violement, disant que ce film était scandaleux, qu'il heurtait la foi des fidèles, etc... Mais cette réaction de violence avait entraîné des dérapages fanatiques encore plus violents. Une bombe avait été placée dans un cinéma. Je crois que l'Eglise ne veut pas prendre le risque de créer de telles réactions aujourd'hui. Son ton est donc plus modéré.

En même temps, je constate que le ton n'est pas le même d'un pays à l'autre. J'ai été notamment frappé de voir qu'en Asie, où il y a des minorités chrétiennes fortes, la critique est beaucoup plus virulente qu'en France où les évêques sont très prudents dans leurs déclarations. Si l'Eglise reste convaincue de détenir la vérité, elle accepte désormais le dialogue à un niveau local. C'est l'acceptation du pluralisme. De nombreuses conférences sont organisées en ce moment sur le thème du Da Vinci Code dans les paroisses, les diocèses... A Caen, les séminaristes ont même fait un DVD pour répondre à toutes les questions suscitées par le livre.

Le Vatican, lui, considère détenir la vérité. Et il y a quelques voix, dont celle du secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi Mgr Angelo Amato, qui ont appelé à boycotter le film. Donc le Vatican est quand même l'endroit, dans l'Eglise, où l'on a le plus fortement appelé à ne pas aller voir le film....

LCI.fr : Le Da Vinci Code décrit l'Opus Dei comme une secte tueuse. Cette organisation a toujours eu une réputation un peu sulfureuse. Qu'en est-il exactement ?
F.L. : Il n'y a jamais eu de criminels au sein de l'Opus Dei. Mais ce qui est vrai, c'est qu'il s'agit d'un groupe puissant, qui a une grosse influence sur le Vatican. Jean Paul II en a d'ailleurs fait une prélature personnelle. C'est aussi une organisation très traditionnelle dans son interprétation des écritures. Ses membres, au nombre de 80 000, pensent que pour accéder à la sainteté personnelle il faut se fouetter, souffrir... C'est très janséniste comme vision de la théologie chrétienne mais ce n'est pas une secte pour autant. C'est un courant traditionaliste chrétien que je trouve très critiquable dans ses pratiques mais qui a le droit d'exister et qui n'est en rien dangereux pour la société.

Photo : Frédéric Lenoir (DR)

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