
La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux a mis jeudi en délibéré au 13 juin prochain sa décision dans un dossier d'euthanasie mettant en cause un médecin et une infirmière de Dordogne. Le ministère public a demandé la confirmation du renvoi du dr Laurence Tramois, 34 ans, et de l'infirmière Chantal Chanel, 39 ans, devant la cour d'assises de la Dordogne pour avoir donné la mort le 25 août 2003 à une femme de 65 ans en phase terminale d'un cancer du pancréas.
Faisant allusion à l'affaire Vincent Humbert, l'avocat général, Marie-Hélène Heyte a estimé "nous sommes radicalement dans un contexte différent", soulignant qu'il n'est pas question pour la cour "de trancher" dans un débat de société". Elle a tenté de démontrer que la décision du dr Tramois, de demander une injection létale de potassium, n'était pas le fruit d'un "consensus familial" mais résultait d'une décision isolée.
La dimension humaine de l'affaire
Les avocats des deux femmes, Benoit Ducos-Ader et Pierre-Olivier Sur, ont demandé le non-lieu dans ce dossier estimant que les deux femmes avaient agi "par état de nécessité". Me Ducos-Ader a ainsi longuement expliqué la dimension "humaine" de l'affaire, rappelant les liens affectifs qui unissaient le dr Tramois à sa patiente Paulette Druais. Il a également décrit les derniers jours d'agonie de cette femme expliquant que "la famille en était au point de ne plus pouvoir entrer dans sa chambre".
De son côté l'avocat de l'infirmière, Me Pierre-Olivier Sur, a indiqué que Paulette Druais était au stade terminal. "Chronologiquement, scientifiquement elle n'en avait plus que pour quelques heures", a-t-il affirmé. L'avocat a également déclaré qu'au départ de cette procédure il y avait "une dénonciation d'une infirmière qui veut faire tomber un médecin". Après une enquête interne, le directeur de l'hôpital de Saint-Astier (Dordogne) a transmis le dossier à la DDAS et au procureur de la République de Périgueux.
Plus de deux cents personnes, dont la famille de Paulette Druais, sont venues à la cour d'appel de Bordeaux pour témoigner de leur soutien arborant un autocollant "non-lieu pour Chantal et Laurence".
"Sauver sa peau"
Le fils de Paulette Druais était assis au premier rang de l'assistance aux cotés du dr Frédéric Chaussoy, le chef de service qui dans l'affaire Vincent Humbert avait bénéficié en février d'un non-lieu après avoir aidé ce jeune homme tétraplégique à mourir en 2003, suite à une première tentative infructueuse de sa mère Marie.
A l'issue de l'audience, les deux femmes ont rejoint Marie Humbert pour un point presse aux côtés du Dr Chaussoy et de Vincent Lena, magistrat et président de l'association Faut qu'on s'active ! qui milite pour "le vote d'une loi Vincent Humbert" pour "l'exception d'euthanasie". Laurence Tramois, enceinte de huit mois, a déclaré s'être sentie "violée" lors de l'audience expliquant que son combat, qui jusque-là se limitait à essayer de "sauver sa peau", consisterait dorénavant à expliquer "les choses que l'on ne dit pas aux familles".
L'infirmière Chantal Chanel a pour sa part déclaré qu'elle n'était pas "une militante" mais qu'elle demandait "un changement de la loi pour qu'on ne soit pas traité comme des criminels". Les deux femmes ont été renvoyées devant la cour d'assises de la Dordogne par une ordonnance de la cour d'appel de Périgueux du 5 janvier dernier. Le crime d'empoissonnement est puni de 30 ans de réclusion criminelle. (D'après AFP)
(L'infirmière Chantal Chanel/DR)
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