Euthanasie : décision en délibéré

le 17 mai 2006 à 15h07 , mis à jour le 18 mai 2006 à 17h29

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux a mis jeudi en délibéré au 13 juin sa décision dans un dossier d'euthanasie mettant en cause un médecin et une infirmière de Dordogne.

TF1/LCI Chantal Chanel Infirmière euthanasie Dordogne

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux a mis jeudi en délibéré au 13 juin prochain sa décision dans un dossier d'euthanasie mettant en cause un médecin et une infirmière de Dordogne. Le ministère public a demandé la confirmation du renvoi du dr Laurence Tramois, 34 ans, et de l'infirmière Chantal Chanel, 39 ans, devant la cour d'assises de la Dordogne pour avoir donné la mort le 25 août 2003 à une femme de 65 ans en phase terminale d'un cancer du pancréas.

Faisant allusion à l'affaire Vincent Humbert, l'avocat général, Marie-Hélène Heyte a estimé "nous sommes radicalement dans un contexte différent", soulignant qu'il n'est pas question pour la cour "de trancher" dans un débat de société". Elle a tenté de démontrer que la décision du dr Tramois, de demander une injection létale de potassium, n'était pas le fruit d'un "consensus familial" mais résultait d'une décision isolée.

La dimension humaine de l'affaire

Les avocats des deux femmes, Benoit Ducos-Ader et Pierre-Olivier Sur, ont demandé le non-lieu dans ce dossier estimant que les deux femmes avaient agi "par état de nécessité". Me Ducos-Ader a ainsi longuement expliqué la dimension "humaine" de l'affaire, rappelant les liens affectifs qui unissaient le dr Tramois à sa patiente Paulette Druais. Il a également décrit les derniers jours d'agonie de cette femme expliquant que "la famille en était au point de ne plus pouvoir entrer dans sa chambre".

De son côté l'avocat de l'infirmière, Me Pierre-Olivier Sur, a indiqué que Paulette Druais était au stade terminal. "Chronologiquement, scientifiquement elle n'en avait plus que pour quelques heures", a-t-il affirmé. L'avocat a également déclaré qu'au départ de cette procédure il y avait "une dénonciation d'une infirmière qui veut faire tomber un médecin". Après une enquête interne, le directeur de l'hôpital de Saint-Astier (Dordogne) a transmis le dossier à la DDAS et au procureur de la République de Périgueux.

Plus de deux cents personnes, dont la famille de Paulette Druais, sont venues à la cour d'appel de Bordeaux pour témoigner de leur soutien arborant un autocollant "non-lieu pour Chantal et Laurence".

"Sauver sa peau"

Le fils de Paulette Druais était assis au premier rang de l'assistance aux cotés du dr Frédéric Chaussoy, le chef de service qui dans l'affaire Vincent Humbert avait bénéficié en février d'un non-lieu après avoir aidé ce jeune homme tétraplégique à mourir en 2003, suite à une première tentative infructueuse de sa mère Marie.

A l'issue de l'audience, les deux femmes ont rejoint Marie Humbert pour un point presse aux côtés du Dr Chaussoy et de Vincent Lena, magistrat et président de l'association Faut qu'on s'active ! qui milite pour "le vote d'une loi Vincent Humbert" pour "l'exception d'euthanasie". Laurence Tramois, enceinte de huit mois, a déclaré s'être sentie "violée" lors de l'audience expliquant que son combat, qui jusque-là se limitait à essayer de "sauver sa peau", consisterait dorénavant à expliquer "les choses que l'on ne dit pas aux familles".

L'infirmière Chantal Chanel a pour sa part déclaré qu'elle n'était pas "une militante" mais qu'elle demandait "un changement de la loi pour qu'on ne soit pas traité comme des criminels". Les deux femmes ont été renvoyées devant la cour d'assises de la Dordogne par une ordonnance de la cour d'appel de Périgueux du 5 janvier dernier. Le crime d'empoissonnement est puni de 30 ans de réclusion criminelle. (D'après AFP)

(L'infirmière Chantal Chanel/DR)

le 17 mai 2006 à 15:07
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

4 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Vastre, le 18/05/2006 à 11h08

    Est-il bien raisonnable de laisser entendre que l'on a la possibilité de supprimer quelqu'un a condition d'affirmer ensuite que le défunt a demandé qu'on mette fin à ses jours. Ne risque-t-on pas de transformer ainsi des meurtres en actes de charité ? Un exemple : le meurtrier de Madisson pourrait affirmer qu'elle l'a supplié de la tuer.

  • DAVID, le 18/05/2006 à 10h04

    Je trouve inadmissible que même en arrivant a la fin de ces jours nous ne puissions pas choisir avec l aide de notre famille de ne pas mourir sans souffrance

  • Riss laurence, le 18/05/2006 à 09h28

    Je suis pour l'euthanasie j'ai ma mère actuellement maladie et proche de la fin de vie et je trouve déplorable de voir souffrir et de voir ce corps qui vous a porté pendant 9 mois se détruire et de laisser ces personnes sans dignité. Voir votre mère qui était une force de la nature, se vider devant vous et vous regarder, elle ne mange que par des pompes : elle a une septicémie aux intestins dûe à des chimio trop importantes et les médecins vous disent qu'elle va bien et parlent de lui redonner une chimio pour la prolonger tout le bas du ventre est envahi par le cancer. Je ne suis pas d'accord : j'aime tellement ma mère que je veux qu'elle parte gentillement : elle est fatiguée : il n'y a plus d'espoir. Il y a qlques mois j'ai dû faire euthanasier un animal de compagnie il souffrait tellement que le vétérinaire me l'a proposé normalement... Par contre, je voulais parler des cliniques et des hopitaux que l'on ferme pour des raisons financières ne pourrait-on pas garder ces structures et faire des lieux pour soins palliatifs et fin de vie. Car s'occuper d'un malade en fin de vie n'est pas à la portée de tous ; il y a du personnel hospitalier qui n'est pas à la hauteur et c'est une vocation et une admirable preuve d'amour.

  • Didi, le 18/05/2006 à 08h27

    C'est honteux de n'avoir toujours pas légalisé l'euthanasie en France. Nous restons un des pays d'Europe qui fait toujours tout en dernier. Il faut qu'il ait des cas d'euthanasie de ce genre pour qu'enfin on prenne conscience qu'il faut légaliser. A quoi ca sert, de faire un procès pour ca (entendre un non lieu au bout du compte), et dans quelques mois recommencer un nouveau procès pour un nouveau cas d'euthanasie (c'est jeter l'argent par les fenêtres). Quand on voit le nombre de suicides en France par an on n'est pas choqué ? On ne fait pas de procès aux personnes qui se suicident, pourtant leur entourage leur en veux. L'euthanasie est un suicide aidé qu'il faut légaliser.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience