
"Je reconnais les faits, je demande pardon", a répété mardi Hamadi Debche, un Marocain de 21 ans, au premier jour de son procès devant la cour d'assises du Vaucluse pour l'assassinat du jeune Romain à Avignon en juillet 2004, tout en éludant les questions. Issu d'une famille de paysans miséreux, il ignore avec précision sa date de naissance, dit être né en 1985 mais pense avoir 19 ans. Jamais déclaré à l'état-civil, il faudra attendre 2005 pour que les autorités marocaines lui établissent un acte de naissance au nom de "Hamadi Ed-Debch", se substituant à son nom d'usage.
L'air juvénile malgré un regard souvent dur voire arrogant, le jeune clandestin a appris un peu le français depuis son incarcération mais communique par le biais d'un interprète. Fruste mais visiblement intelligent, il écoute impassible l'ordonnance de renvoi. Assis en face de lui, les parents de la victime ne peuvent contenir leur émotion lorsque la greffière relate comment il a tué leur fils de 14 ans de deux coups de hachette dans le crâne, sur l'île de la Barthelasse, face aux remparts d'Avignon. C'était le 17 juillet 2004, dans l'après-midi. A leurs côtés se tient Marion, la petite amie de Romain, aujourd'hui âgée de 15 ans. Elle était avec lui quand il s'est écroulé et a été poursuivie par l'accusé qui l'a contrainte, sous la menace de son arme, à démarrer la moto de la victime puis l'a abandonnée en état de choc.
Les parents de Romain incapables de témoigner
La présidente de la cour, Catherine Gay-Julien, demande à Hamadi Debche s'il est capable d'expliquer ce qu'est un assassinat : "Je ne sais pas l'expliquer", répond l'accusé, la tête penchée comme un enfant réprimandé. La présidente insiste: "Je ne sais pas, je n'ai jamais été scolarisé". "Quelqu'un qui commet un meurtre, qu'est ce qu'il fait?", tente alors Mme Gay-Julien. "C'est quelque chose de pas bien, tout le monde le voit mal..." répond Hamadi Debche, sans parvenir à dire ce qu'est cette "chose". Il assure toutefois comprendre qu'il est "accusé d'un assassinat, d'un crime". Des faits passibles de la réclusion à perpétuité et qu'il a une nouvelle fois reconnus. "Je suis triste et plein de regret vis-à-vis de la famille et de la jeune fille. Je ne peux que demander pardon, je regrette ce que j'ai fait", dira-t-il plus tard, sans jamais pouvoir s'expliquer sur son acte.
Lors de l'instruction il avait évoqué un comportement insultant de Romain à qui il avait demandé une cigarette, l'effet de l'alcool ou simplement "le destin". Les seules marques d'émotion apparaîtront sur son visage lorsque des photos de Romain seront montrées à la cour. Les parents de Marion viennent alors témoigner à la barre, tandis que leur fille éclate en sanglots et doit quitter la salle. "Marion porte la gourmette de Romain depuis un an et demi, elle a dans sa chambre toutes ses photos au mur", raconte son père. "C'est une adolescente brutalement projetée dans ce monde d'adultes", explique sa mère. Vêtus de noir, les parents de Romain ne se sentent pas capables de témoigner. Une de ses tantes vient alors évoquer le souvenir d'une "famille unie qui se retrouvait toutes les semaines autour de la table." "On ne sait plus s'asseoir autour de cette table et je mets une assiette en trop tous les dimanches", lâche-t-elle, en pleurs. Prévu pour s'achever vendredi, le procès doit se poursuivre mercredi avec le témoignage de Marion.
(Photo : archives)
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