Faut-il pénaliser la négation du génocide arménien ?

le 06 mai 2006 à 16h20 , mis à jour le 06 mai 2006 à 16h48

Une proposition de loi socialiste, qui devrait être discutée à l'Assemblée à partir du 18 mai, vise à punir la négation du génocide arménien des mêmes peines que la négation de la Shoah. Dans un appel commun, nombre d'historiens, dont Marc Ferro ou Jacques Julliard, dénoncent le risque "d'atteinte à la liberté d'expression".

hemicycle

Plusieurs historiens de renom s'en prennent à la proposition de loi récemment déposée par le groupe socialiste qui vise à sanctionner pénalement la négation du génocide arménien. Dans un appel commun, les signataires, qui avaient déjà lancé en décembre une pétition - "Liberté pour l'histoire!" - s'opposant au vote de "lois mémorielles", se déclarent "profondément choqués par la proposition de loi déposée par le groupe socialiste qui devrait venir en discussion devant l'Assemblée nationale le 18 mai". Cette proposition de loi complètera, si elle est adoptée, la loi du 29 janvier 2001 par laquelle l'Etat français reconnaît le génocide arménien de 1915 mais qui ne prévoit pas de sanction en cas de négationnisme.

"Nous avions naguère mis en garde contre le vote et la promulgation de vérités officielles indignes d'un régime démocratique", poursuit le texte. Selon la proposition de loi, la négation du génocide arménien devrait "être punie des mêmes peines que la négation de la Shoah". Le vice-président UMP de l'Assemblée nationale, Eric Raoult, a déposé une proposition de loi similaire. "Pareille disposition, poursuit le texte des historiens, aggraverait les atteintes à la liberté d'expression. Elle prendrait une nouvelle fois les enseignants en otage. C'est affligeant".

Parmi les signataires : Elisabeth Badinter, Mona Ozouf, Pierre Vidal-Naquet...

Les signataires du texte se déclarent d'autant plus choqués qu'ils avaient rencontré, en décembre 2005, des responsables de groupes parlementaires de l'Assemblée nationale "qui leur avaient assuré à demi-mot qu'aucune nouvelle disposition ne viendrait aggraver les lois mémorielles". Outre l'historien Jean-Pierre Azéma, on trouvait parmi les signataires de la pétition "Liberté pour l'histoire", des universitaires comme Elisabeth Badinter, Marc Ferro, Jacques Julliard, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet.

Dans leur pétition "Liberté pour l'histoire!" lancée en décembre, plus de 400 universitaires se déclaraient notamment "émus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé". Ils demandaient en outre l'abrogation d'un certain nombre d'articles de loi "indignes d'un régime démocratique".

En ce qui concerne le génocide arménien, la Turquie rejette catégoriquement la thèse d'un génocide, estimant qu'il s'agissait d'une répression dans un contexte de guerre civile où les Arméniens se sont alliés aux troupes russes qui avaient envahi l'empire ottoman. Ankara évalue à 300.000 le nombre d'Arméniens massacrés et affirme qu'au moins autant de Turcs ont été tués. Les Arméniens affirment pour leur part que le nombre de morts durant des massacres ou des déportations avoisine 1,5 million. Récemment, à Lyon, des inscriptions en français et en turc niant le génocide avaient été découvertes sur des stèles du mémorial qui lui est dédié, quelques jours avant son inauguration.

Photo d'ouverture : l'hémicycle de l'Assemblée nationale - archives

le 06 mai 2006 à 16:20
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