
Pour la première fois en 158 ans, la France a commémoré par des manifestations dans tout le pays l'abolition de l'esclavage, "une tragédie" qui fit des millions de victimes et était restée une des zones d'ombre de l'histoire de France.
Cérémonies officielles, sensibilisation dans les écoles, marche-souvenir, dépôt de fleurs: cette première journée de commémoration doit aider à "combler une ignorance mutuelle" sur un système qui dura quatre siècles, selon l'écrivain martiniquais Edouard Glissant. A la veille de l'abolition de l'esclavage, le 27 avril 1848, la France comptait quelque 250.000 esclaves en Guadeloupe, Martinique, la Réunion et Guyane.
"La diversité française"
"Mémoire et justice devaient être rendues à ces millions de victimes anonymes de l'esclavage", a lancé Jacques Chirac, lors d'une cérémonie dans le jardin du Luxembourg, à Paris, à deux pas du Panthéon où repose Victor Schoelcher, principal artisan des décrets abolitionnistes.
Au-delà de cette double exigence, le chef de l'Etat a déclaré que cette première journée de commémoration devait célébrer "la diversité française" et renforcer "notre cohésion nationale". Celle-ci a été mise à mal il y a six mois lors des émeutes dans les banlieues, qui ont imposé la "question noire" dans le débat public et mis en lumière le sentiment de discrimination dont de nombreux Antillais s'estiment encore victimes. Celui-ci fut avivé par la polémique sur le rôle positif de la colonisation qui provoqua la colère dans les départements d'outremer. C'est à la suite de ces crises que Jacques Chirac a décidé le 30 janvier d'instituer une journée de commémoration de l'esclavage le 10 mai, date de la loi dite "Taubira" reconnaissant la traite et l'esclavage comme un crime contre l'Humanité.
Le chef de l'Etat a inauguré une oeuvre composée d'arches de bambous de l'artiste guadeloupéenne Léa de Saint-Julien, intitulée "la forêt des Mânes", qui sera exposée du 10 mai au 14 juillet avant de laisser place à une future stèle commémorative. Le Premier ministre Dominique de Villepin, plusieurs ministres, et les présidents de l'Assemblée Jean-Louis Debré et du Sénat Christian Poncelet étaient présents.
"Regarder ce passé sans concessions"
Des personnalités de la communauté noire ont également assisté à la cérémonie, comme l'international de football Lilian Thuram, membre du Haut conseil à l'intégration ou le rappeur Stomy Bugsy. L'humoriste controversé Dieudonné, qui n'était pas invité, s'est également glissé dans l'assistance. La députée de Guyane Christiane Taubira, très entourée, signait de nombreux autographes et accordait interview sur interview.
"Regarder tout notre passé en face est une des clefs de notre cohésion nationale", a déclaré M. Chirac. "C'est une force supplémentaire pour notre avenir car c'est la marque de notre capacité à avancer, ensemble". "Nous devons regarder ce passé sans concessions mais aussi sans rougir car la République est née avec le combat contre l'esclavage. 1794, 1848: la République, c'est l'abolition", a-t-il ajouté.
Des manifestations ont aussi eu lieu dans plusieurs villes, comme à Bordeaux qui prospéra grâce à la traite négrière. Les élus ont jeté des fleurs blanches dans la Garonne en mémoire des victimes de la traite, après avoir dévoilé une plaque commémorative sur les quais. A Montpellier, entre 200 et 300 personnes ont participé à une "marche souvenir", à l'appel d'associations africaines, caribéennes ou antillaises. Les manifestants portaient des fleurs de coton "pour rappeler le travail des esclaves dans les plantations".
(Le président Chirac mercredi au Luxembourg/TF1/LCI)
Retour MYTF1
Chargement en cours...



