10 mai 2006 : mis en cause par plusieurs médias dans l'affaire Clearstream, Jean-Louis Gergorin demande à être déchargé de ses fonctions au sein d'EADS pour "se consacrer à sa défense".L'homme attend d'être interrogé par les juges. En attendant, Jean-Louis Gergorin, celui désigné comme le "corbeau" de l'affaire Clearstream, a choisi de livrer au Parisien "sa" version d'une histoire encore floue. L'ancien diplomate reconverti dans l'industrie refuse d'être considéré comme "un délateur anonyme de mauvaise foi".
Une synthèse mais pas anonyme. Lui, assure-t-il, a rencontré le juge Van Ruymbeke à visage découvert. Au moins à trois reprises avant le 30 avril 2004. L'ex vice-président dit avoir "décliné la proposition de déposer formellement" mais, prétend-il, "il fut convenu qu'une synthèse de mes informations devrait lui être communiquée". Ce qui fut fait le 4 mai. Pour les courriers suivants, en particulier celui du 13 juin, il "réserve ses informations et analyses aux juges". Van Ruymbeke a démenti tout échange de courrier anonyme.
Gergorin assure aussi avoir informé de cette visite chez le magistrat le général Rondot, chargé d'enquêter sur l'affaire. Ce qui, selon le Parisien, laisse entendre que "Michèle Alliot-Marie et vraisemblablement Dominique de Villepin auraient donc su, depuis juin 2004, qui était le premier corbeau".
La mort de Lagardère. Dans l'interview qu'il accorde au Parisien, Jean-Louis Gergorin explique que ses doutes naissent à la mort "suspecte" de Jean-Luc Lagardère, le patron de Matra-Hachette, en mars 2003. En enquêtant sur des mouvements financiers "suspects", il aurait rencontré sa première "source" - "une ou plusieurs personnes" - qui lui soumet successivement deux listes de noms et de comptes liés à Clearstream. Selon le Parisien, cette "source" est "vraisemblablement" l'informaticien Imad Lahoud. La première liste implique "une majorité d'étrangers et quelques personnalités non politiques notamment industrielles françaises".
Une liste sans Sarkozy. La seconde liste "de 70 comptes", reçue en 2003, est "un cocktail bizarre dans lequel apparaissent des noms de fonctionnaires mais aussi trois hommes politiques : Jean-Pierre Chevènement, Dominique Strauss-Khan et Alain Madelin", poursuit-il, tout en précisant : "Nicolas Sarkozy n'y figure pas"."Je prends l'initiative d'avertir les autorités... C'est explosif". Gergorin explique s'être rendu spontanément le 1er janvier 2004, chez Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères. Il estime que l'enquête confiée sur ce sujet en novembre précédent au général Rondot "ne va pas assez vite". Villepin aurait donné l'ordre à l'agent secret d'activer les choses. En vain, selon Gergorin.
Une liste avec Sarkozy. Ce ne serait qu'en avril 2004, que "la source produit un annuaire complet de Clearstream avec 33.000 noms. C'est là qu'apparaissent les fameux comptes Nagy et Bocsa (le nom complet du ministre de l'Intérieur étant Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa, ndrl)", explique l'industriel, précisant que cette liste a été remise à Rondot. C'est alors qu'il aurait pris la décision d'aller voir le juge Van Ruymbeke pour lui parler des deux premières listes... Et celle avec les comptes Nagy et Bocsa ? Jean-Louis Gergorin réserve sa réponse pour les juges. "A l'époque, pour dire la vérité, tout cela me paraissait hypersérieux", concède-t-il avant de conclure, plus loin : "Je persiste à être convaincu qu'au moins la base initiale de mes informations a une forte probabilité de fiabilité".
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