Immigration : "Il faut arrêter l'hypocrisie"

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET, le 01 mai 2006 à 13h59 , mis à jour le 02 mai 2006 à 17h33

Les députés ont entamé mardi l'examen du très polémique projet de loi Sarkozy sur l'immigration et l'intégration. Le rapporteur du texte Thierry Mariani répond aux questions de LCI.fr.

[Expiré] [Expiré] Le député UMP Thierry Mariani © AFP

LCI.fr : Que répondez-vous à la gauche qui qualifie votre texte d'inutile, dangereux, n'ayant qu'une visée électorale ? 

Thierry Mariani, député UMP du Vaucluse, rapporteur du projet de loi "Immigration-Intégration" : Contrairement à la gauche, Nicolas Sarkozy propose une vraie politique en matière d'immigration. Cette politique est complètement nouvelle et se décline en deux volets : la loi de 2003, dont j'étais déjà le rapporteur, et cette deuxième loi, en 2006. La première loi était une loi nécessaire mais classique de maîtrise de l'immigration, car en 1981, quand la gauche est arrivée au pouvoir, elle a considérablement assoupli les mesures pour favoriser l'immigration. Il fallait les restreindre. La loi de 2003 a permis de mettre fin à des détournements de procédure, de créer des nouveaux instruments indispensables comme le passeport biométrique. Et les résultats sont là puisqu'on est passé de 10 000 reconduites à la frontière en 2002 à 20 000 en 2005 et 25 000 prévues en 2006. La loi de 2006 vise, quant à elle, l'intégration.

LCI.fr : Devoir faire une deuxième loi dans la même mandature, n'est-ce pas un aveu d'échec de la première ?

T.M. : Pas du tout. La loi de 2006 a une optique complètement différente de la première. Son titre "immigration-intégration" n'est pas innocent. Ces deux mots sont liés. Il faut arrêter cette hypocrisie qui consistait à dire depuis les années 70' que les immigrés qui étaient sur notre territoire allaient repartir un jour. On sait très bien qu'une grande partie d'entre eux resteront. Et s'ils restent, il faut leur donner toutes les chances de pouvoir s'intégrer. Car réussir leur intégration, c'est réussir celle de leurs enfants et petits-enfants, qui sont Français. L'instrument clé de cette loi est le contrat d'intégration qui est désormais rendu obligatoire. La loi de 2003 l'avait créé, 95% des gens le signaient, mais comme il n'y avait aucun contrôle de son application, moins de 30% suivaient les cours de français jusqu'au bout. En rendant obligatoire ce contrat, on doit prouver que l'on veut s'intégrer.

LCI.fr : quels amendements serez-vous prêts à accepter lors des débats ?

T.M. : On a déjà accepté en commission un certain nombre d'amendements pour répondre aux craintes de certains. Par exemple, le délai du recours prévu en cas d'obligation de quitter le territoire va être allongé de 10 jours à 30 jours.

Un deuxième amendement important, que j'ai déposé moi-même parce que l'on nous a accusé de faire de l'immigration jetable, interdit de retirer une carte de séjour au seul motif qu'un contrat de travail a été rompu. Ainsi, si quelqu'un a une carte de séjour d'un an et qu'il perd son travail au bout de trois mois, il aura neuf mois pour en trouver un autre. Le regroupement familial n'est pas remis en cause non plus : il faudra simplement que le chef de famille ait les moyens, hors prestations sociales, de subvenir aux besoins de la famille.

LCI.fr : Que répondez-vous aux associations de défense des droits de l'homme vous accusent d'aller chasser sur les terres du FN ?

T.M. : Ceux qui nous accusent de chasser sur les terres du FN sont souvent ceux qui ont été très satisfaits pendant 15 ans que le FN fasse des gros scores. Si demain, le FN diminue, tous les démocrates devraient s'en féliciter. Ce n'est pas parce que Jean-Marie Le Pen dira que le soleil est jaune que l'on devra dire qu'il est vert. Il y a des évidences. Quand Nicolas Sarkozy dit que si certains se sentent mal à l'aise en France, ne partagent pas nos valeurs, ils peuvent partir, je ne vois pas ce que cela a de choquant. C'est une phrase de bon sens.

LCI.fr : Laurent Fabius, candidat à l'investiture socialiste pour la présidentielle de 2007, s'est prononcé pour une régularisation de tous les sans-papiers, comme cela se fait en Italie et en Espagne...

T.M. : J'y suis totalement opposé car ceux qui pratiquent ce genre de régularisation massive en disant que c'est la dernière sont condamnés à en faire d'autres. Si le lundi vous réglez le sort de tous les sans-papiers d'un coup, dès le mardi d'autres commencent à arriver. Je crois qu'en matière d'immigration ce qui est très important c'est le message que l'on veut faire passer. Le nôtre avec cette loi est : chacun a sa place en France s'il veut s'intégrer, mais en dehors de cela n'attendez pas de salut de régularisation comme dans d'autres pays.

Vous savez, en 2003, on nous a fait exactement le même procès. On nous disait que porter le délai de maintien en centre de rétention de 12 à 30 jours était une atteinte aux libertés fondamentales, etc... La dernière directive européenne propose de porter cette durée à 6 mois ! Ce ne sera pas retenu par la France, mais cela montre que les décisions prises par Nicolas Sarkozy sont fermes, mais pas excessives.

LCI.fr : Aucune de vos lois sur l'immigration ne règle le problème des enfants de sans-papiers, qui sont scolarisés en France, et qui vont être renvoyés chez eux à la fin de l'année scolaire?

T.M. : Rien n'est dans la loi parce que c'est très clair. Si on a des enfants sans papiers dans les écoles, c'est que leurs parents ont fraudé au regroupement familial. Ils les font venir pour deux mois en vacances, puis ils oublient de les faire repartir. Ce n'est donc pas la faute de l'Etat, mais de leurs parents qui n'étaient pas en mesure de justifier d'un revenu suffisant ou d'un logement décent pour demander le regroupement familial. S'il n'y a pas de conditions décentes, ce n'est pas le meilleur moyen de préparer leur intégration. C'est pourquoi ces enfants ont le droit de finir leur année scolaire, mais après, ils rentreront chez eux.

Photo d'ouverture : Thierry Mariani, applaudi par des militants, le 16 juin 2002 à Valréas, après avoir été réélu député au second tour des élections législatives - AFP / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET le 01 mai 2006 à 13:59
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