
Elle est en "colère" et elle est venue le dire. Invitée jeudi soir du magazine Questions ouvertes sur France 2, Michèle Alliot-Marie a tenu à clarifier certains points sur l'affaire Clearstream qui agite en ce moment la classe politique, le gouvernement en particulier. "Dans tout ce qu'on lit partout, même quand on connaît un peu le dossier, on finit par s'embrouiller...", a-t-elle justifié, ironique.
Le ministre de la Défense a ainsi estimé avoir été "visée" par l'affaire à travers son conjoint, le député UMP Patrick Ollier, dont le nom a été évoqué dans l'affaire. "Je suis moi-même visée par les opérations de déstabilisation qui touchent un certain nombre de politiques à travers mon conjoint", a-t-elle dit.
"Je suis une cible"
Et elle se dit d'autant plus "en colère" et "choquée" qu'elle a appris la nouvelle par la presse..."maintenant", à l'occasion des révélations sur l'enquête pour dénonciations calomnieuses menée par deux juges d'instruction.
Dans le compte-rendu de la réunion du 9 janvier 2004 au Quai d'Orsay, publié mercredi dans Le Monde, le général Philippe Rondot évoquait dans une note saisie par les juges le nom de Patrick Ollier, à propos duquel la consigne fut donnée à M. Rondot : "Ne rien communiquer au ministère de la Défense".
Selon ce document, toujours cité par quotidien, le conjoint de "MAM" était "suspecté au cours de la réunion d'accointances excessives avec certains pays arabes". Dans l'affaire Clearstream, des personnalités, dont le président de l'UMP Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn, Jean-Pierre Chevènement et Alain Madelin, ont été faussement accusées - par envois anonymes en 2004- de détenir des comptes occultes à l'étranger.
Elle a précisé être "une cible" pour deux raisons principales : "parce qu'elle avait essayé de mettre de l'ordre dans les rapports entre son ministère et les industriels" et "parce que on parle de moi pour un certain nombre de postes", a-t-elle exposé sans citer Matignon.
"Qui est le corbeau ?"
Michèle Alliot-Marie a également affirmé n'avoir été informée qu'au début de l'été 2004 par la presse de la tentative de mise en cause de "politiques" dans l'affaire. Elle a précisé que le général Philippe Rondot, son ancien conseiller, ne lui avait pas parlé de cette seconde liste et qu'elle s'en était tenue à une enquête sur le premier listing, concernant des industriels et membres de son ministère. "Il n'avait pas à m'en parler parce que ce n'était pas dans nos compétences", a-t-elle avancé.
Lors de sa déposition devant les juges le 28 mars, le général Rondot avait déclaré : "Dès le mois de mai 2004, j'ai senti que cette affaire de listings était un montage et je l'ai dit à mon ministre, Mme Alliot-Marie. J'ignore si elle a pris son téléphone pour en informer alors M. Sarkozy. Si elle ne l'a pas fait, je le regrette".
Michèle Alliot-Marie de s'interroger en guise de conclusion à ce coup de colère : "Qui a trafiqué les fichiers ? Qui est le corbeau ? Qui a monté cette affaire ?" Trois questions que devront élucider les juges chargés de l'affaire.
Quand Barre en appelle à Chirac |
Raymond Barre en a appelé jeudi à Jacques Chirac face aux "retombées fâcheuses" de l'affaire Clearstream "pour l'autorité de l'Etat et la crédibilité du pouvoir", en estimant qu'on ne pouvait "pas vivre politiquement" ainsi jusqu'en 2007. Invité de Questions d'info LCP Assemblée/FranceInfo, l'ancien Premier ministre a souhaité que cette affaire "soit rapidement réglée par la justice". Mais au-delà, il a jugé que "l'ébranlement" était "tel que l'on ne (pouvait) pas rester indifférent à cette histoire". "Il appartient au président de la République, a-t-il dit, de régler les situations difficiles", "de faire en sorte que nous sortions de ce climat délétère dans lequel nous nous trouvons". S'agissant de l'attitude du chef du gouvernement, il a observé que Dominique de Villepin "se défendait". "Maintenant, il faut voir les arguments qu'il utilise et la validité de ces arguments", a-t-il ajouté, en précisant que "l'on n'en saurait rien tant que la justice ne se serait pas prononcée". |
(MAM, jeudi soir sur le plateau de France 2/DR)
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