
Protection des mineurs contre défense de la liberté d'expression : tels sont les termes dans lesquels se sont affrontés lundi devant le tribunal de Melun le député Daniel Mach et le rappeur Monsieur R., dont la chanson "FranSSe", fait, selon l'élu, outrage aux bonnes moeurs.
Richard Makela, alias Monsieur R., comparaissait pour "diffusion de message violent, pornographique ou contraire à la dignité, accessible à un mineur", à la suite d'une citation directe du député UMP des Pyrénées-Orientales. Le jugement a été mis en délibéré au 26 juin. Le parquet n'a pas prononcé de réquisition, s'en rapportant à la décision du tribunal.
"La France est une garce"
Le texte de la chanson incriminée, issue de l'album "Politikment Incorrekt", sorti à l'été 2005, dit notamment : "La France est une garce, n'oublie pas de la baiser jusqu'à l'épuiser, comme une salope faut la traiter, mec". Et, plus loin : "Je pisse sur Napoléon et le général de Gaulle". Le clip l'illustrant montre des femmes poitrines nues dans des attitudes lascives, et des images mettant en cause la politique française dans les ex-colonies et dans les banlieues.
Me Corine Sarfati, avocate de M. Mach, s'est défendue de vouloir faire "le procès du rap et des rappeurs", avançant ne vouloir que protéger les mineurs, destinataires privilégiés, selon elle, de la chanson du rappeur. "Quand on veut combattre les inégalités sociales, une colonisation mal digérée, il faut se lever pour le dire. En quoi la diffusion des idées de M. Makela nécessite-t-elle trois minutes d'images de femmes nues se livrant à des scènes à caractère sexuel ?", s'est-elle interrogée.
Des métaphores
"En tant qu'artiste, j'utilise des métaphores", s'est défendu le rappeur belge, domicilié à Combs-la-Ville (Seine-et-Marne). "Quand Brassens dit, 'J'aime les gendarmes sous forme de macchabée', ça n'en fait pas un tueur de gendarmes", a-t-il poursuivi, avant de conclure : "J'espère que la liberté d'expression vaincra et que les artistes se sentiront libres d'écrire leurs textes, parfois violents c'est vrai, mais la vie des cités est violente".
Selon son avocat, Me Dominique Tricaud, "Monsieur R. nous dit que 'la France est une mère indigne qui a laissé ses enfants sur le trottoir', et c'est tout naturellement que ces propos sont illustrés par des images de femmes indignes". Me Tricaud, qui a défendu une dizaine de rappeurs dans des affaires similaires, a estimé que "toutes les chansons engagées depuis 150 ans utilisent les mêmes métaphores, mais on l'accepte de moins en moins. Aujourd'hui des gens comme M. Mach, dont on pensait qu'ils seraient à nos côtés pour défendre la liberté d'expression, sont du côté des censeurs". Il a rappelé que le député avait signé une proposition de loi déposée en avril dernier visant à sanctionner pénalement les textes incitant à la haine "anti-blanc".
(Photo : Richard Maleka à son arrivée au tribunal de Melun lundi/TF1/LCI)
Retour MYTF1
Chargement en cours...



