
Le procès de la catastrophe aérienne du Mont Sainte-Odile (Bas-Rhin) s'est ouvert mardi après-midi à Colmar, plus de quatorze ans après les faits, pour tenter de faire toute la lumière sur l'accident qui avait 87 morts, ne laissant que 9 survivants.
Le coup d'envoi a été donné peu par le président du tribunal correctionnel de Colmar Pierre Wagner devant une salle de 700 places spécialement aménagée du parc des Expositions à Colmar pour accueillir ce procès hors norme, destiné à juger un contrôleur aérien et cinq anciens cadres de l'Aviation civile, d'Air Inter et d'Airbus Industrie.
350 parties civiles
Cinq d'entre eux étaient présents mardi, l'ex-directeur général adjoint de la compagnie Air Inter Daniel Cauvin n'ayant pas pu se déplacer en raison de problèmes de santé. Debout, les cinq, dont l'ancien directeur technique d'Airbus Industrie Bernard Ziegler, ont écouté l'énoncé de la liste des victimes, des chefs retenus et des noms des 350 parties civiles.
Le procès qui doit durer neuf semaines, devra tenter d'expliquer pourquoi un Airbus A320 de la compagnie Air Inter effectuant une liaison Lyon-Strasbourg s'est écrasé le 20 janvier 1992 sur le Mont Sainte-Odile alors qu'il se préparait à atterrir sur l'aéroport de Strasbourg-Entzheim. Selon l'enquête administrative, l'avion descendait trop vite et s'était écarté de sa trajectoire.
D'emblée, Pierre Wagner a évoqué le délai "sans conteste long, très long, trop long" des 14 ans qu'aura duré l'instruction, l'expliquant, en se gardant de vouloir le justifier, par "l'absence de cause technique évidente" ou de "cause exclusivement humaine" de la catastrophe, et la "multiplicité des expertises" qui se sont succédé.
Réunis juste avant le début du procès, les membres de l'association Echo qui rassemble des rescapés et familles des victimes, ont réclamé une définition claire des responsabilités ayant conduit au drame. "On attend que les responsabilités soient clairement définies. Cela nous aidera à tourner la page", a déclaré Mme Dominique Béguin, secrétaire générale d'Echo, qui a perdu son compagnon dans la catastrophe.
Faire éclore "la vérité"
Lors de leur assemblée générale, les membres de l'association ont observé une minute de silence et ont souhaité dans une prière "que les débats se déroulent dans la dignité et la transparence". Le président d'Echo Alvaro Rendon, qui a perdu son épouse, a pour sa part stigmatisé "l'arrogance des grandes entreprises et de l'Etat". "Je voudrais qu'ils nous regardent les yeux dans les yeux" a déclaré l'homme qui se bat depuis le milieu des années 1990 pour faire éclore "la vérité".
Les six prévenus comparaissent tous pour "homicides et blessures involontaires". Ils encourent une peine maximale de deux ans de prison et 30.000 francs (4.573 euros) d'amende. Il est reproché à trois d'entre eux, deux anciens responsables de l'Aviation civile, l'ex-directeur général Pierre-Henri Gourgeon et l'ex-chef du contrôle technique Claude Frantzen ainsi qu'à M. Cauvin l'absence d'un "avertisseur de proximité du sol" (GPWS) à bord de l'avion accidenté qui aurait permis d'alerter les pilotes à 17 secondes de l'impact.
Le contrôleur aérien alors présent à l'aéroport de Strasbourg-Entzheim, Eric Lammari, a été mis en examen pour avoir mal guidé l'avion lors de son atterrissage. M. Ziegler comparait notamment pour une mauvaise ergonomie du poste de pilotage qui aurait conduit les pilotes à confondre l'angle de descente avec la vitesse de descente.
L'ancien directeur d'exploitation d'Air Inter Jacques Rantet doit répondre de la composition de l'équipage, constitué d'un pilote et d'un co-pilote qui n'avaient que très peu d'expérience sur l'A320, un appareil novateur lancé quatre ans avant le drame.
Photo d'ouverture : les familles avant l'ouverture du procès mardi à Colmar. TF1/LCI
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