
Mardi soir, les forces de l'ordre veillaient à Montfermeil, pour éviter tout risque de nouveaux heurts. Plus tôt dans la soirée, le commissariat de Gagny avait reçu la visite de Nicolas Sarkozy, venu à la rencontre des policiers qui étaient intervenus lors des affrontements de la nuit précédente, qui avaient vu une centaine de jeunes cagoulés faire face aux forces de l'ordre. Sept policiers avaient été légèrement blessés et il avait fallu près de quatre heures pour que le calme revienne à Montfermeil.
Les incidents avaient éclaté lundi soir dans le quartier des Bosquets suite à l'interpellation d'un jeune lundi après-midi, selon la police. Selon l'entourage du maire Xavier Lemoine (UMP), ce jeune serait l'auteur présumé de l'agression d'un chauffeur de bus, il y a quinze jours, à Montfermeil, dont le maire avait été témoin. Le récit du maire, qui s'était interposé, a permis, selon la même source, l'identification de l'agresseur présumé. "Son interpellation a mal tourné lundi après-midi, les esprits se sont échauffés", a commenté cette source pour expliquer les incidents qui ont visé ensuite le maire.
Une mère de famille se "rebelle"
Plusieurs autres sources, situent l'origine de cette soirée d'émeutes dans l'interpellation lundi d'une mère de famille, lors d'une perquisition menée par la police. Les policiers venaient perquisitionner son domicile, quartier des Bosquets, dans le cadre d'une enquête sur un vol avec effraction pour lequel l'un de ses enfants avait été placé en garde à vue avec deux autres mineurs, selon une source judiciaire. Lorsque les policiers se sont présentés, en amenant son fils pour cette perquisition, la mère de famille s'est "rebellée", selon la préfecture, et a été conduite au commissariat de Gagny où elle a été mise en garde à vue dans l'après-midi. En repartant avec la mère et son fils, les policiers ont été pris à partie par des personnes attirées par l'agitation et ont alors tiré des flash-balls, selon la source judiciaire.
Trois majeurs ont été interpellés et placés en garde à vue pour ces faits "d'attroupements". "Les conditions d'interpellation "très musclées" de la maman ont provoqué l'exaspération des jeunes", expliquaient, mardi, dans un communiqué les élus de gauche de Montfermeil, qui insistaient sur "la tension perceptible dans la ville depuis un mois" en raison, selon eux, des arrêtés anti-bandes pris en avril par le maire, puis annulés par la justice administrative. Selon des témoignages recueillis par plusieurs élus, la mère de famille a reçu des gaz lacrymogènes. Elle a été remise en liberté mardi en fin de matinée, selon une source judiciaire.
"La vie de ma famille est menacée"
Les affrontements ont démarré lundi à 22H30 devant le domicile du maire, à une cinquantaine de mètres de la cité des Bosquets. Des jeunes auraient commencé à secouer la grille d'entrée et à caillasser la maison où se trouvait l'épouse de Xavier Lemoine et ses enfants, selon la même source. Le maire était à l'hôtel de ville. "Les violences de ce soir ont montré que la vie de ma famille, ma femme et mes sept enfants, est menacée", a déclaré Xavier Lemoine, auteur le 7 avril dernier d'un arrêté anti-bandes accueilli comme une provocation par les jeunes de la ville, suspendu depuis par la justice administrative. Selon l'entourage de Xavier Lemoine, ces incidents n'ont "absolument rien à voir" avec cet arrêté. Suite à cet arrêté et des menaces reçues, le maire avait bénéficié un temps d'une protection policière. Deux de ses filles avaient été prises à parti fin avril par des jeunes.
Bâtons et battes de base-ball
"Les incidents sont restés localisés aux quartiers des Bosquets à Montfermeil et du Chêne Pointu à Clichy", soulignait-on à la préfecture. Ces deux villes avaient été le berceau des émeutes urbaines de novembre 2005, déclenchées par la mort de deux jeunes électrocutés dans un transformateur EDF. Selon la préfecture, sept policiers parmi les 250 policiers déployés (dont 150 CRS) ont été légèrement blessés par des jets de projectiles lancés par "une centaine" de jeunes cagoulés, armés de bâtons et battes de base-ball, selon la police. Trois jeunes ont été interpellés, selon un bilan définitif de la police qui ne signalait pas de blessés parmi les jeunes et répertoriait quatre véhicules et de "nombreux" containers poubelles brûlés, ainsi que des dégâts sur la mairie.
Les vitres de l'entrée de la mairie ont été brisées et deux coktails-molotov lancés contre des fenêtres. A quelques centaines de mètre, un bâtiment technique de la ville a été partiellement incendié. Vers 5H00, plusieurs rues de la cité des Bosquets étaient jonchées de bris de verre et quelques tas de débris fumaient encore.
Mardi matin, le député UMP de Seine-St-Denis Eric Raoult a qualifié d' "inadmissibles et d'inexcusables" ces violences, appelant les responsables de gauche à "cesser de chauffer les jeunes".
Image LCI. Les vitres brisées à l'entrée de la mairie.
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