© INACe sont des notes explosives. Des notes qui, selon Le Monde, constituent "une pièce à charge contre les plus hauts responsables du pouvoir exécutif". Dans son édition datée de vendredi, le quotidien publie de nouvelles notes accumulées par le général Philippe Rondot, acteur clé dans l'affaire Clearstream. Il s'agit de notes manuscrites écrites entre la fin 2003 et la mi-2005, et qui ont été saisies par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, chargés de l'enquête, selon le quotidien.
Plusieurs d'entre elles font état "d'instructions" du président Jacques Chirac dans cette affaire et montrent l'insistance de Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, à rechercher une implication dans le scandale de son rival, Nicolas Sarkozy, y compris lorsque les services de renseignements ont blanchi le ministre. Le Monde cite notamment la note suivante : "D de V (Dominique de Villepin) estime que malgré les vérifications négatives, 'il y a quelque chose, car tout ce beau monde s'agite et s'inquiète'. N. Sarkozy ?"
"Si nous apparaissons, le PR et moi, nous sautons"
"Protéger le président", ou "risque : que le PR (président de la République) soit atteint", écrit dans plusieurs notes le général Rondot, conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales du ministre de la Défense entre 1997 et 2005. Chargé par Dominique de Villepin de vérifier l'existence de comptes à l'étranger, l'agent des services secrets rapporte par écrit le 19 juillet 2004 ce propos attribué à l'actuel Premier ministre : "Si nous apparaissons, le PR et moi, nous sautons".
Le quotidien du soir se demande également pourquoi la ministre de la Défense a été tenue à l'écart de cette affaire. Si l'on se fie aux notes, Michèle Alliot-Marie apparaît plutôt courroucée. "MAM a très mal pris la décision du PR que je traite en direct cette opération sans lui en rendre compte", écrit le général qui n'en poursuit pas moins sa mission.
Violation du secret de l'instruction
Au fil du temps, ses écrits font apparaître des doutes de plus en plus précis, notamment sur le rôle de Jean-Louis Gergorin. Mais, remarque Le Monde, "nul n'intervint pour interrompre ce processus dévastateur". L'agent finira par dénoncer une "manipulation" à la ministre de la Défense, à partir du mois d'octobre 2004. Le général Rondot doit être réinterrogé par les juges les 18 et 22 mai.
L'avocat du général Philippe Rondot, Me Eric Morain, s'est indigné de cette publication. Selon lui, les notes sont placées "sous scellés fermés". "Je m'indigne que de telles pièces puissent être publiées en violation du secret de l'instruction après la publication de certains procès-verbaux", a-t-il déclaré à la presse. En outre, Me Morain a assuré que la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie avait refusé de lui accorder "une protection juridique, c'est-à-dire le paiement des frais de défense, au motif qu'il n'est pas mis en examen". "Le général Rondot se réserve le droit de déposer plainte et demande instamment au garde des Sceaux de diligenter une enquête aux fins d'établir les conditions dans lesquelles de telles pièces ont pu sortir du bureau des juges et se retrouver publiées dans la presse", a-t-il dit. D'après AFP.
L'Elysée dément, Matignon reste silencieux |
L'entourage de Jacques Chirac a une nouvelle fois démenti jeudi que le chef de l'Etat ait demandé la moindre enquête visant des personnalités politiques après la publication des notes du général Rondot. Interrogé, l'entourage rappelle son communiqué du 28 avril "dans lequel il a été dit clairement que le président de la République dément catégoriquement avoir demandé la moindre enquête visant les personnalités politiques dont le nom a pu être mentionné". Matignon s'est refusé jeudi à commenter ces nouvelles révélations. Et de renvoyer aux déclarations de Dominique de Villepin qui a appelé le jour même la presse à faire preuve de "professionnalisme" face aux "propos rapportés, notes, écrits divers mis bout à bout sans précaution". |
(Philippe Rondot/archives/INA)
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