
"Protéger D de V". Traduire : protéger Dominique de Villepin. La mention apparaîtrait à plusieurs reprises dans les fiches du général Rondot, l'un des personnages clés de l'affaire Clearstream. C'est ce qu'affirme Le Monde dans son édition du 23 mai. Selon le quotidien du soir, Philippe Rondot, qui avait été chargé par le Premier ministre, du temps où il était au Quai d'Orsay d'une enquête confidentielle sur les listings de Clearstream, n'a pas livré le 28 mars lors de sa première audition devant les juges le nom de Jean-Louis Gergorin, auteur des courriers anonymes et proche de Dominique de Villepin, pour "protéger" le Premier ministre.
Dans une note du 7 octobre 2005, le général Rondot écrit : "une épée de Damoclès sur D de V", alors qu'il vient de rencontrer le général Jean-Louis Georgelin, chef d'état-major particulier de Jacques Chirac. Toujours selon le journal, le nom de M. Gergorin, ex-dirigeant d'EADS qui a reconnu être l'expéditeur de deux lettres anonymes au juge Renaud van Ruymbeke, et celui d'Imad Lahoud, informaticien également chez EADS, "relevaient du secret de Polichinelle" jusqu'à l'Elysée "huit mois" avant l'identification de M. Gergorin par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons.
"Agir avec prudence, dans un cadre secret"
Le général Rondot, chargé le 9 janvier 2004 par Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères de "vérifications" sur des listings de comptes Clearstream, où se retrouvera le nom de Nicolas Sarkozy, conclut le 19 octobre suivant à "une manipulation". Après avoir établi que les listings confiés par M. Gergorin étaient falsifiés, le général Rondot note le 24 octobre 2004 à l'issue d'une discussion avec M. de Villepin : "D de V me demande de voir JLG pour mise en garde".
Le 26 octobre 2004, le général écrit après une entrevue avec Philippe Marland, directeur de cabinet de la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie : "enjeu JLG et IL (Imad Lahoud, ndlr) : le risque est que ceux-là essayent de mettre en cause D de V." Le 24 novembre 2004, M. Rondot attribue ce commentaire à Dominique de Villepin : "l'affaire, selon lui, va se dégonfler. Les juges (...) devraient "ne pas aller plus loin". Par ailleurs, dans une lettre du général Rondot à Dominique de Villepin du 12 janvier 2004 citée par Le Monde, le militaire fait explicitement référence aux "propos du président" Jacques Chirac rapportés lors de la fameuse réunion du 9 janvier par son ministre des affaires étrangères d'alors.
"Il convient bien d'agir, "avec prudence, dans un cadre secret, en tenant compte d'éventuelles manipulations politiques", selon les propos du président, tels que tu les as rapportés", écrit le militaire. Jacques Chirac a démenti avoir donné une quelconque instruction dans cette affaire. M. de Villepin a expliqué avoir demandé au général Rondot d'opérer des "vérifications" sur les comptes mais sans jamais viser directement Nicolas Sarkozy. Le général, qui a été conduit de force lundi matin devant MM. d'Huy et Pons, a refusé de répondre à leurs questions, selon son avocat Me Eric Morain, comme il l'avait annoncé dans la presse.
Retour MYTF1
Chargement en cours...



