
Le "royalisme" est mort, vive le "ségolisme". Ségolène Royal choisit ce terme pour définir sa méthode. Nul programme dans cet entretien au quotidien économique mais déjà quelques pistes pour définir un " bon deal ", une " nouvelle donne " attendue, selon elle, par le pays.
Alors que ses adversaires de droite et de gauche lui reprochent son absence de fond, la députée des Deux-Sèvres n'a pas l'intention de "brandir aujourd'hui son propre catalogue ". "L'essentiel, pour elle, c'est la méthode". Et sa méthode, c'est "le diagnostic partagé avec les Français", la décision politique puis l'action. "Voyez le contre-exemple du CPE !", dit-elle en fustigeant l'action d'une droite qui selon elle, symbolise "l'autoritarisme, l'injustice et le désordre". A cela Ségolène Royal veut opposer "un ordre qui procède de la justice et une autorité fondée sur des valeurs partageables ". Si elle juge "de sinistre mémoire" l'association des valeurs " travail, famille, patrie ", elle entend bien " revaloriser le travail ", défendre " les familles dans leur diversité " et rappeler " ce qui nous fait tenir debout dans une même nation."
Assouplir les 35 heures
Pour reconstruire un "ordre juste", la socialiste préférée des Français veut rompre le "déséquilibre ravageur" entre "le capital et le travail". "Tant que nous n'aurons pas réussi à mettre en place les nouvelles sécurités adaptées aux missions de notre monde, la peur et la méfiance l'emporteront", explique-t-elle. "Le vieux compromis fordien est mort mais aucun 'bon deal', aucune 'nouvelle donne' ne l'a encore remplacé". Ce slogan rappelera le " new deal " proposé par le candidat Roosevelt aux Américains pour lutter contre la crise économique de 1929.
Pour Ségolène Royal, les nouvelles sécurités "doivent conjuguer deux formes d'efficacité : économique et sociale". Elle n'exclut donc pas une discussion sur le contrat de travail à condition que le CDI "reste la base, car une société qui se précarise dans ses principes fondamentaux va à la dérive". De même, la députée socialiste accepterait de nouveaux assouplissements sur les 35 heures. "Peut-être faut-il aller au-delà pour que ceux qui veulent travailler puissent le faire". Néanmoins, elle juge "scandaleux les chantages à l'emploi auxquels des entreprises se livrent pour remettre en cause des accords de RTT". "Le vrai sujet serait de pouvoir moduler le temps de travail selon les étapes de la vie".
Adhésion obligatoire à un syndicat
Par ailleurs, Ségolène Royal l'affirme : il y a un problème de coût du travail en France "mais pas à cause des salaires, à cause des charges". Elle propose donc de transférer les cotisations maladie et famille sur la fiscalité. Toutefois, selon elle, il faut augmenter le SMIC car "il y a de plus en plus de travailleurs pauvres et de familles surendettées". Mais elle répète que personne "ne doit être payé à ne rien faire", une façon de rappeler que le travail est "facteur premier d'intégration sociale."
Dans une société française dont les crises "expriment toutes une forme de révolte", comment faire accepter à l'opinion une "nouvelle donne" ? Ségolène Royal avance là un diagnostic connu et une proposition concrète : "cela suppose une plus grande représentativité des organisations syndicales". Pour cela, "il faudra créer en France un syndicalisme de masse, pourquoi pas par une adhésion obligatoire au syndicat de son choix."
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